Sans les mots, reste la force du dessin

©Michiels Burniat

Avec Loup Michiels, Mathieu Burniat se fait plaisir dans une BD muette mais que l'on aime lire. Elle a reçu le prix Victor Rossel de la BD.

Ce n’est pas parce qu’une BD est muette, qu’il n’y a rien à lire. Dans le registre de la BD jeunesse, le magnifique Petit Poilu permet aux petits lecteurs de s’ouvrir un imaginaire en parcourant seuls ces aventures. Mathieu Burniat applique la même technique dans un ouvrage plus adulte, mais non moins intéressant. À tel point que son "Trap" s’est vu décerner le prix Victor Rossel du meilleur album de l’année en début de semaine.

L’idée n’est pas neuve pour lui. Elle date de 2012, d’une discussion avec Loup Michiels où il était question d’un trappeur qui assimile les qualités des animaux en revêtant leur peau. L’idée lui est restée dans un coin de la tête. Après plusieurs ouvrages plutôt didactiques et pointus (sur la physique quantique ou le travail de la mémoire notamment…), Burniat voulait s’offrir une récréation. Et ressort son histoire de trappeur de ses cartons.

"Trap"

Note : 4/5

Burniat et Michiels, Dargaud, 180 p., 13 EUR.

Un homme des bois et son chien, face à la nature. Il est trappeur et chasse les peaux pour les vendre. Et quand le besoin s’en fait sentir, il se glisse dans la peau de ses victimes pour profiter de leurs facultés, la vitesse du jaguar, l’agilité du bouquetin dans la montagne… Ses chasses le mèneront sur la piste d’un monstre qui a décimé une tribu d’Indiens.

Le récit n’a d’autre prétention que celle de distraire son auteur et son lecteur, comme un conte mêlant le fantastique et le merveilleux, l’aventure et le mystère. Mais il y a la manière. Comme un défi, Burniat s’impose de réaliser une BD muette. "C’est une contrainte. Mais finalement ce ne fut pas tellement difficile parce que l’histoire se tenait. Cela prouve que le dessin peut se révéler d’une force extraordinaire quel que soit le thème abordé: les sciences, l’émotion ou l’aventure."

De la à dire que la BD muette est un langage universel, Burniat s’interroge. "Ce n’est pas qu’une succession de dessins. Il faut prendre le temps de les lire et de les décoder. Maintenant, sera-ce aussi lisible pour un Coréen que pour un francophone, c’est une bonne question…" Burniat mélange les codes et s’inspire d’ailleurs de différentes origines. Il y a des influences du manga très assumées dans les bagarres notamment, mais aussi de la nouvelle BD française (avec un dessinateur comme Bouzard) ou encore le dessin animé dans la succession des cases très nerveuse.

"Le principe, et je l’assume, était de m’éclater totalement, de me laisser aller à toutes mes envies et de laisser libre cours à toutes mes influences aussi. Avec Loup Michiels, nous nous sommes offert une récréation totale. Et ça fait du bien", jubile-t-il. Burniat s’est aussi fait plaisir en mettant en scène un univers très organique, végétal. "Je voulais des décors très ronds, très verts, franchement dégoulinant. Les environnements urbains j’en ai un peu soupé…"

Enfin, on ne peut pas parler de Trap sans évoquer la mise en couleurs de Loup Michiels. Le peintre déploie une palette de couleurs qui n’a rien de réaliste. Ce n’est pas le but et c’est, là aussi, très assumé. Les monstres sont rouges ou roses. "Le principe n’était pas de rendre la réalité, mais de donner des codes au lecteur. Les monstres sont des monstres, quelle que soit leur couleur de poils… L’important était qu’ils tranchent sur les décors. Le plus méchant est évidemment rouge, comme le sang." Michiels joue aussi sur les tonalités des séquences pour imposer la tension. Et c’est très efficace.

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