"Schnock", le mook qui se retourne sur ce qui était bien

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La nostalgie se porte bien. Merci. En témoigne le succès public du mook "Schnock" qui ravive les souvenirs de ces années 70 et 80. Du ringard pour certains, moments savoureux pour d'autres. Mais une recette qui fonctionne. Dans son numéro 15, le mook consacre son dossier principal au cinéma de Claude Lelouch.

Pour son numéro estival, "Schnock (n°15)", le mook (contraction de magazine et de book) des 27 à 87 ans, invite à redécouvrir l'oeuvre de Claude Lelouch et plus spécialement son film culte : "L’aventure, c’est l’aventure." Un classique du cinéma français, vu et revu, qui procure au spectateur toujours le même plaisir. Savoureux comme un bon vin laissé en cave et ouvert entre amis.
Une comédie au casting étonnant, négocié avec soin par Lelouch. Force est de constater que la rencontre avec Lino Ventura pour lui proposer un rôle de chef de bande très con vaut son pesant d'or. Dans ce film, cinq acteurs, des cadors, sont réunis pour une comédie politique déjantée : Lino Ventura, Jacques Brel, Charles Denner, Charles Gérard et Aldo Maccione. Sans oublier un générique psychédélique marqué par le 38.982e coucher de soleil de l’histoire du cinéma et la présence en star invitée de Johnny Hallyday, parfait, dont la chanson du film a participé au succès enregistré.
L’histoire de ce film en quelques mots? Celle de cinq criminels de droit commun qui ont décidé de faire du fric, beaucoup de fric grâce à la politique. Pas dans un parti. Non, au-dessus des partis. Avec l’exploitation des contradictions des différents courants de pensée. Des minables devenus les spécialistes de la clarté dans la confusion. Des mecs de droite qui s’offrent les idéaux de gauche pour se faire un maximum de pognon. Bien entendu, toute ressemblance avec des personnages existants ne serait que pure coïncidence.

Pour Lelouch, il s’agissait de tourner d’un film sur la connerie. "Il y a tellement de cons sur Terre qu’on leur doit bien un hommage." Un film comique, mais d’un humour grinçant, qui laisse des scènes d’anthologie. Comme la rencontre entre Aldo et Lino, la scène de la classe à l’italienne sur la plage, le kidnapping de l’ambassadeur suisse etc. Un film où l’improvisation a joué le sixième rôle majeur. Comme en témoigne Charles Gérard, le dernier survivant du casting, avec Aldo.
Un tournage sur lequel Jacques Brel avait rencontré sa dernière compagne, Maddly Bamy, invitée dans "Schnock" pour un entretien qui ne manque pas de sel. Tout comme le portrait de cette figure marquante du petit écran dans les années 80 : Alice Saprich. "Elle qui a joué Beckett et Bernanos au théâtre, et cataloguée comme grosse bouffonne pour pitreries à trois balles. " Heureusement, le mook lui rend un hommage bien plus sérieux que les méchantes blagues de Philippe Bouvard et Thierry Le Luron.
Parmi les autres sujets de ce numéro, il y a ce jour où le comédien belge Jean-Claude Drouot est devenu à jamais Thierry La Fronde. Et cette question existentielle : que reste-t-il de la Dolce Vita? Soyons fous, avec le top 15 des aérosols et autres sprays. De Flytox à Baygon, en passant par Jex Four ou Pliz, avec cette scène inoubliable de Marie-Pierre Casey en patineuse sur table. Dans ce numéro de "Schnock" sont présents également l’histoire de Chouchou, la mascotte de "Salut les copains", Maurice Renoma, créateur de mode adopté par la jet-set et les rockeurs (De Bowie à Gainsbourg en passant par John Lennon) ou la légende vivante du Québec, Robert Charlebois. Comme d’habitude, la rubrique "Bien entendu, c’est on" réserve son lot de sorties médiatiques plutôt croustillantes. Comme celle de Fabrice Luchini : "c’est étonnant de faire un 20 heures sur Arte, tu as l’impression d’être en Albanie sous l’époque stalinienne."

Laissons le mot de la fin à Claude Lelouch. Avec une citation à méditer, aujourd'hui plus que jamais, qui débute "L’Aventure c’est l’aventure" : "Jouissez de la vie ; il est beaucoup plus tard que vous ne le pensez." Et vive la Suisse libre!
Si vous aimez succomber à la nostalgie, vous serez servis. Elle constitue le core business de ce mook qui enregistre un succès public mérité et qui fleure bon la liberté de ces années insouciantes, pas encore enfermées dans le politiquement correct.

Philippe Degouy

"Schnock n°15. L’aventure c’est l’aventure." La Tengo Editions, 178 pages, 14,5 euros
Couverture : La Tengo Édition

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