Sétif, l'autre 8 mai 1945

La répression des manifestations indépendantistes s’est soldée par un massacre sans précédent (au moins 20.000 morts) dans l’histoire de France contemporaine. L’historien Jean-Louis Planche explique comment la France coloniale a pu en arriver à de telles extrémités.

Le 8 mai 1945, lors des festivités entourant la capitulation allemande, deux manifestations qui se voulaient pacifiques à Sétif et à Guelma, dans le département de Constantine en Algérie française, ont dégénéré, entraînant la mort de 102 résidents européens. En réponse, les autorités locales ont déclenché le plus grand massacre de l'histoire de la France contemporaine, en temps de paix. Au moins 20 000 et peut-être 30 000 Algériens ont ainsi été tués par les Européens au cours d’opérations de répression menées par l’armée, mais surtout par des milices de colons.

Grâce au dépouillement des archives des ministères de l'Intérieur, de la Guerre et de Matignon, à de multiples entretiens avec des témoins et acteurs de l’époque, l’historien Jean-Louis Planche reconstitue le processus de cette "grande peur" qui s’est emparée des colons européens dans le département d'Algérie pourtant le moins politisé.

Au printemps 1945, l'ambiance était en effet tendue parmi la population européenne où circulaient des bruits alarmistes prédisant un soulèvement musulman. A cela s’ajoute que le régime pétainiste avait en effet renforcé entre octobre 1940 et novembre 1941 les partisans d'un ordre colonial brutal, sous les ordres du général Weygand. L’épuration politique en Algérie après le débarquement allié de novembre 1942 avait été totalement manquée.

Jean-Louis Planche explique comment on est passé d'une psychose de complot à une peur de l'insurrection générale, puis à une répression aveugle. Les automitrailleuses font leur apparition dans les villages et tirent à distance sur les populations, tandis que l’aviation bombarde et rase des localités entières. De nombreux corps ne peuvent être enterrés ; ils sont jetés dans les puits, dans les gorges de Kherrata en Kabylie. Des miliciens utilisent les fours à chaux pour faire disparaître des cadavres. L’armée organise ensuite des cérémonies de soumission où tous les hommes doivent se prosterner devant le drapeau français.

Résultat : deux mois tragiques pour le Constantinois et une chape de plomb qui, 65 ans après, continue de peser sur les relations franco-algériennes et de hanter la mémoire collective en France. Il faut attendre le 27 février 2005 pour que, lors d'une visite à Sétif, l’ambassadeur de France à Alger, Hubert Colin de Verdière, qualifie les "massacres du 8 mai 1945" de "tragédie inexcusable".

Jean-Paul Bombaerts

"Sétif 1945, chronique d’un massacre annoncé", Jean-Louis Planche, éditions Perrin, 22,90 euros

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