BD | La bulle du vendredi: Supergroom, un Spirou très second degré

Couverture du nouveau "Spirou" de Yoann et Vehlmann: "Supergroom - Justicier malgré lui" ©Dupuis

Vehlmann et Yoann revisitent une nouvelle fois le personnage titre de Dupuis dans un exercice d’autodérision désopilant.

Depuis qu’il a repris la série "Spirou", il y a dix ans et cinq albums, le duo Vehlmann et Yoann a déjà secoué le personnage. Sur le ton d’abord, volontiers corrosif et plein d’autodérision mais aussi sur le plan graphique, avec un trait et une mise en couleurs de Yoann plus touffus que ses prédécesseurs. Mais même avec cette cure de rajeunissement, le héros peine aujourd’hui à toucher le public le plus jeune, qui est et doit rester sa première cible. D’autant que les nombreuses appropriations du personnage par d’autres auteurs pour des one-shots ou des mini-séries entrainent une certaine confusion. Les magnifiques interprétations que font de "Spirou" des gens comme Yann ou Émile Bravo tirent le groom vers le haut mais aussi vers un public plus adulte.

Couverture du nouveau "Spirou" de Yoann et Vehlmann: "Supergroom - Justicier malgré lui" ©Dupuis

Partant de ce constat en forme de frustration pour lui, Vehlmann voulait frapper un grand coup, dont il a le secret. "C’est ce qui me manque le plus avec 'Spirou'", affirme le scénariste en titre. "Pourtant, je vois avec la série 'Seuls' qu’il y a bien moyen d’attirer encore les jeunes à la BD, avec des sujets graves comme avec de l’humour."

Une histoire courte parue dans le Journal de Spirou donne le ton de cette nouvelle excroissance en forme de mise en abîme. Spirou revient d’un xième voyage en Palombie, fatigué de courir le monde alors qu’il se fait le chantre de l’écologie, déçu de voir que son nom est oublié des adultes et inconnu des enfants qui lui préfèrent les superhéros des comics ou des mangas. En clair, il aspire à la retraite à chez son vieux pote Pacôme de Champignac. Et c’est justement, le vieux sorcier aux champignons qui va jouer pour lui le rôle de Q. Et concocter la panoplie qui fera de Spirou un Supergroom, un superhéros bien de chez nous qui sauvera la veuve et l’orphelin dans le ciel de Bruxelles. Mais Supergroom reste Spirou, un brin gaffeur et ses bonnes volontés se termineront en catastrophe. Remisés la cape et le costume moulant, jusqu’à ce qu’un usurpateur les ressorte du placard…

"Supergroom, c’est effectivement la tentative pour retrouver les enfants."
Fabien Vehlmann
Scénariste de bande dessinée

Entre comics et BD franco-belge

"Supergroom, c’est effectivement la tentative pour retrouver les enfants", confie Vehlmann. "Avec un style et un ton plus spontané. L’histoire courte nous a montré que cela marche." Vehlmann et Yoann prennent le meilleur des deux mondes, du comics et de la BD franco-belge. Le côté grandiloquent du premier, l’humour et surtout l’autodérision du second.

Bande dessinée

♥ ♥ ♥ ♥

"Supergroom, Justicier malgré lui", Tome 1

de Vehlmann et Yoann, Dupuis
88 p., 13,95 €

 

Mais ce Supergroom ne se veut pas qu’une parodie cynique. Il adapte l’univers dans un humour très second degré. Plus encore que dans la série mère, Spirou assume son rôle de "héros-salarié" de Dupuis, dont le job est de vivre des aventures et d’animer le journal qui porte son nom. "Masqué, notre Spirou-Supergroom est beaucoup plus libre que le classique. Il est franchement gaffeur, un peu dépassé. On veut aller plus loin que la série mère et se permettre d’autres choses." Et cela fonctionne plutôt pas mal, si l’on n’a pas peur de voir ce monstre sacré de la BD belge se prendre quelques claques… "Il faut accepter l’idée que ce n’est pas tout à fait Spirou", avoue Vehlmann comme pour se dédouaner.

Sur le plan graphique, le "Spirou" de Yoann se détache de ses prédécesseurs par son trait et une mise en couleurs plus touffus. ©Dupuis

Issu d’une histoire courte, Supergroom en garde une part de la forme. Découpé en chapitres presque autonomes, l’album se défait du format classique des 46 planches pour atteindre les 80 pages, soit huit chapitres feuilletonnant. "C’est un rythme que l’on veut conserver pour la suite, avec des fils rouges que l’on retrouvera d’un épisode à l’autre." Une autre manière d’attirer un public plus jeune et aussi plus zappeur.

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