Sur les traces du "Troisième Homme"

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La ville de Vienne, actrice envoûtante et oppressante, n'apparaît ici qu'en décor. Les auteurs se concentrent sur les relations très ambiguës entre les personnages principaux.

"Le Troisième Homme", le film de Carol Reed avec l’énorme Orson Wells notamment, "palmedorisé" à Cannes en 1949, est aussi un formidable scénario de Graham Green. Énigmatique, cynique, plein de faux-semblant, le récit est à l’image de son auteur. Un peu espion, franchement porté sur la boisson, désabusé, sarcastique, l’auteur anglais entretenait une sorte de flou et d’ambiguïté autour de sa personnalité. Catholique, marié, il entretenait pourtant une maîtresse, alors qu’il s’interdisait de divorcer sous prétexte de sa religion…

Jean-Luc Fromental admire l’écrivain et éprouve une fascination certaine pour l’homme. Il fallait donc, un jour ou l’autre, que le personnage soit au cœur d’un scénario. "Depuis le temps que je voulais travailler avec Miles Hyman, ce personnage se prêtait particulièrement à son style un peu vintage!"

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Durant l’hiver 48, Green se rend à Vienne pour effectuer des repérages pour le "Troisième Homme", s’imprégner de la ville encore divisée entre les quatre puissances de l’Après-Guerre, toujours meurtrie par la guerre et déjà le théâtre de la Guerre froide, dont les acteurs se mettent en place… "Il y a des failles dans le compte rendu qu’on a de cette visite, précise Fromental. Quasiment une semaine, durant laquelle on ne sait pas ce qu’il a fait, ni où il est passé. Compte tenu de son passé d’espion sulfureux et de ses relations avec Harold Philby, qui se révélera une taupe du NKVD au MI6, cela ouvre l’imagination", poursuit Fromental.

Fromental et Hyman retracent donc le parcours et les rencontres de Green à Vienne durant ses repérages. Deux récits se croisent sans cesse. La réalité d’une part, ou en tout cas ce qu’elle a dû être. Green se nourrit des personnages, des ambiances et des événements pour en faire l’ossature du "Troisième Homme". Mais en filigrane, c’est surtout le Graham Green espion qui apparaît dans ce séjour qui, après Vienne, passe mystérieusement par Prague, en plein basculement dans le bloc communiste. "Green et Philby ont été très proches durant leur carrière commune au contre-espionnage anglais durant la guerre. Ils partageaient la même vision du monde cynique et sarcastique. Il est fort probable que Green ait très vite deviné la trahison de Philby. Mais il n’en a jamais rien dit", estime Fromental.

Dans ce double jeu, Miles Hyman s’amuse visiblement à remettre les pions à leur place initiale. "Nous avons cherché à comprendre quels auraient pu être les déclencheurs de l’inspiration de Green au fil de ses rencontres et des événements qu’il a pu vivre, précise le dessinateur franco-américain. Je me suis replongé dans le film, parfois image par image, mais sans reproduire le film lui-même."

La ville de Vienne, actrice envoûtante et oppressante dans le "Troisième Homme", n’apparaît ici qu’en décor. Hyman et Fromental se concentrent sur les relations très ambiguës entre les personnages principaux, Green et son guide, la troublante Élizabeth Montaigu, la narratrice de ce récit, mais aussi le grand absent, Harold Philby.

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La réalité et la fiction ne cessent de se croiser dans ce scénario bien ficelé. Les références au "Troisième Homme" et à l’histoire, les prémices de la Guerre froide, sont évidemment légion. Et l’ensemble s’articule admirablement sous le dessin et les couleurs magnifiques de Hyman.

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