nécrologie

PORTRAIT: Tom Wolfe (1931-2018)

©AFP

Auteur notamment du "Bûcher des vanités" et figure du "nouveau journalisme", l'écrivain américain Tom Wolfe est mort ce mardi à New York, où il avait été transporté pour une infection. Il était agé de 87 ans.

Connu pour son look de dandy au chic démodé, Tom Wolfe est l'auteur de plus d'une dizaine d'essais et de romans dont 'L'Etoffe des héros' ou 'Le Bûcher des vanités', deux manuscrits portés au cinéma. Il est mort ce lundi dans un hôpital de Manhattan où il avait été transporté pour une infection.

Le père du 'Nouveau journalisme'

Son dernier livre, 'The Kingdom of Speech' est paru en 2016. L'occasion pour ce 'raconteur d'histoires' de se pencher sur les origines de son principal outil de travail: la langue. Sa plume, très souvent trempée dans l'humour corrosif, n'hésitait pas à franchir la frontière entre littérature et journalisme. C'est d'ailleurs Tom Wolfe qui a utilisé pour la première fois le terme de 'Nouveau journalisme' dans une anthologie consacrée aux écrits de grands noms du genre comme Truman Capote, Norman Mailer ou encore Hunter S. Thompson. Le 'Nouveau journalisme' d'alors faisait le pari de rapprocher les récits journalistiques de la littérature.

Avec Wolfe, le reportage devient un roman, "The Kandy-Kolored Tangerine-Flake Streamline Baby": les personnages sont mis en scène, les points de vues multipliés, des bouts de dialogues sont intercalés entre les descriptions, onomatopées et points d'exclamation se bousculent.

Une méticuleuse recherche documentaire

Pour Rolling Stone ou le New York Herald Tribune, Tom Wolfe rédige des chroniques décapantes sur la culture pop américaine, traitant de sujets apparemment hors de toute actualité: le marché de l'art, les courses de stock-car, le LSD... Pourtant, sans prétendre à la moindre objectivité, il "sent", avant beaucoup d'autres, les grandes tendances sociologiques encore souterraines dans le pays, comme la vague hippie ou l'individualisme naissant des années 80. Au delà du style, son travail repose sur une méticuleuse recherche documentaire, des heures d'interviews et des mois d'enquêtes. Pour "L'étoffe des héros" (1979), son essai sur les pionniers de la conquête spatiale, il passe ainsi neuf ans à sillonner les Etat-Unis.

Quand, à 57 ans, il décide de se mettre à la fiction, il conserve intactes ses méthodes d'investigation. Son premier roman "Le Bûcher des vanités" (1987) est un portrait hyperréaliste et cinglant de la ville de New York des années 80, dominée par la sphère financière. L'ouvrage est un best-seller mondial. Les seuls droits d'adaptation au cinéma lui rapportent 5 millions de dollars.

Tensions raciales dans le vieux Sud ("Un homme, un vrai", 1988), vacuité du système universitaire ("Moi, Charlotte Simmons" 2004), immigration ("Bloody Miami", 2012)... le contempteur des moeurs américaines a fait feu de tout bois, quitte à plonger dans la caricature. Son style échevelé lui a d'ailleurs valu des critiques acerbes de ses contemporains, notamment Norman Mailer et John Updike qui qualifiait "Un homme, un vrai" de "divertissement".

Lui, n'a eu de cesse de proclamer son admiration envers le roman réaliste français, en particulier Zola pour son "approche journalistique du sujet et son intégrité".

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