Transmettre la Shoah à l'école

Comment la rencontre entre un ancien déporté, Paul Sobol, et un professeur du secondaire, Eric Lauwers, a permis de développer un nouvel outil pédagogique à l’intention des jeunes générations.

A l’heure où les survivants de la Shoah se font de moins en moins nombreux se pose la question de la transmission aux générations suivantes de la mémoire de l’épisode le plus noir du 20e siècle. L’apport de l’enseignement sur ce plan peut s’avérer utile voire indispensable. Un exemple nous est fourni avec la collaboration entre Paul Sobol, un ancien déporté belge, et Eric Lauwers, professeur d’histoire en secondaire.

"Au printemps 2008, j’ai rencontré Paul Sobol dans le cadre d’un voyage d’études organisé par la Fondation Auschwitz pour les enseignants", explique Eric Lauwers. "Très vite, j’ai perçu la véracité de son témoignage et son ardeur à le transmettre. Depuis lors, une complicité amicale est née entre nous deux. Paul est venu témoigner à deux reprises dans mon école devant plus de 200 rhétoriciens qui ont été, pour la plupart, marqués par son message."

Déporté par le dernier convoi

Né en 1926 d’une famille ouvrière d’origine juive polonaise, Paul Sobol a passé son enfance à Bruxelles. Le 13 juin 1944, peu après le débarquement allié en Normandie, sa famille est dénoncée et arrêtée par la Gestapo. Complètement indifférent par rapport à sa judéité, Paul est déporté le 31 juillet 1944 par le tout dernier convoi en partance de Malines vers Auschwitz-Birkenau où il parvient à s'organiser pour survivre.

En 1945, les Allemands évacuent les camps de Pologne vers l'Allemagne et contraignent les déportés à une "marche de la mort". Les survivants sont ensuite parqués dans des wagons bondés, en partance pour Dachau. Profitant d'un bombardement allié, Paul prend la fuite. Il trouve refuge dans un village libéré par les Américains le 1er mai 1945.

Revenu des camps avec sa sœur et laissant derrière lui ses parents et son frère, il a réussi l'exploit de conserver, tout au long de son calvaire, la photo d'une jeune fille qui deviendra son épouse après la guerre. Cette photo lui donnera la force de tenir et de survivre.

C’est ensuite un autre défi qui attend Paul Sobol : il doit se reconstruire seul. Son passage dans les camps de la mort, il ne peut pas en parler, car personne à l’époque ne s’y intéresse vraiment. "Je me suis tu pendant quarante ans", lance-t-il. Il entame ensuite une carrière dans la publicité. En 1947, il se marie et prend – sur insistance de ses beaux-parents - la religion catholique de sa femme.

Aujourd’hui, à 84 ans, Paul Sobol continue à témoigner dans les écoles – à raison de 50 fois par an - pour qu’un nouvel Auschwitz n’arrive plus jamais. Il se déclare lui-même "étonné par l’intérêt des jeunes" pour son histoire. Entre Sobol, excellent narrateur, et son auditoire, le courant passe tout de suite.

Un outil pour les enseignants

Le témoignage de Paul Sobol, publié chez Racine, est complété par une centaine de notices historiques, qui s’adressent à tout lecteur. Les informations contenues dans chaque notice s’appuient essentiellement sur des ouvrages de référence proposés en bibliographie. Des sites internet de qualité sont également mentionnés.

Quelques pistes pédagogiques sont inscrites au bas de chaque notice. Elles sont destinées à donner des idées aux professeurs du secondaire, toutes disciplines confondues. "L’objectif n’est pas de faire de nos jeunes des spécialistes de ce conflit majeur, mais de donner des pistes qui pourront les aider à comprendre comment une idéologie criminelle a pu s’emparer d’un peuple à la culture prestigieuse, au plus grand mépris de la dignité humaine", explique Eric Lauwers.

Plus que jamais, l’enjeu est de taille.

Jean-Paul Bombaerts

"Je me souviens d’Auschwitz", Paul Sobol, éditions Racine, 224 pages, 19,95 euros

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