Une baleine, une bibliothèque, un monde à imaginer

"La baleine bibliothèque" est le fruit de la rencontre improbable entre Zidrou et Judith Vanistendael autour d'un conte inclassable et merveilleux.

Dès les premières lignes de ce texte, on est surpris par la musicalité des mots. On y entre comme dans un chant, et on se surprend à le prononcer à voix haute pour mieux apprécier les sonorités. Pour le vivre pleinement aussi comme un enfant qui écoute la voix de son ainé qui lui raconte une histoire.

Et d'histoires, de lecture et de conte, il en est évidemment question dans cette fable merveilleuse. C'est d'ailleurs ce qui a poussé Judith Vanistendael à travailler avec Zidrou. On le sait, le scénariste de "Ducobu" est capable de tout, formidable raconteur d'histoire de l'humour potache à la sensibilité la plus touchante. "Je cherchais un raconteur d'histoires différentes des miennes", confie l'autrice bruxelloise néerlandophone. "J'apprécie son travail, ce qui a été publié en français, mais aussi et surtout peut-être ses livres en néerlandais", renchérit Zidrou.

Le tandem avait donc plus d'un atome crochu et se retrouve autour d'un conte écrit il y a des années par Zidrou pour David Merveille qui en fit un joli livre pour enfant. "Mais j'avais été terriblement frustré parce que pour des raisons éditoriales, il avait fallu édulcorer pas mal de choses importantes dans l'histoire", confie le scénariste.

Un facteur amoureux et une baleine philosophe

Un conte, une fable. Celle d'un facteur, qui dans sa petite barque parcourt les mers pour distribuer le courrier à un gardien de phare, un naufragé, un marin... En "chemin", il rencontre une baleine vieille de cent mille ans dont le corps énorme renferme une bibliothèque entière, des livres dont les poissons se gavent. Entre le facteur amoureux et la baleine philosophe se tissent des liens d'amitié sincère et respectueuse. Par malheur, le facteur manquera leur dernier rendez-vous, il avait mieux à faire, sa femme, son amour, son port, accouchait par césarienne. Au même moment, la baleine périssait sous le harpon et, éventrée, son précieux trésor était jeté à la mer.

"La baleine rassemble pour moi la moitié de la connaissance du monde, celle des fonds marins et des océans. En devenant bibliothèque, elle constitue un monde en soi."
Judith Vanistendael
Dessintarice

Une histoire pour enfant? Non, pas seulement. Un conte, une fable, on l'a dit. Donc intemporel et que chacun peut lire à sa manière avec la même magie et le même bonheur que lorsque l'on se (re)plonge dans "Le Petit Prince" de Saint-Exupéry. Avec ce touchant poème, Zidrou montre encore qu'il est capable de tout mais surtout que l'imaginaire est fait pour la BD et que la BD est le média par excellence pour l'imaginaire le plus débridé.

Même s'il se défend de sens caché et d'interprétation et se retranche derrière une écriture instinctive, le scénariste confie tout de même son attachement à la baleine, "la féminité incarnée, d'une beauté et d'une grâce fascinante". Judith y ajoute sa part d'interprétation. "La baleine rassemble pour moi la moitié de la connaissance du monde, celle des fonds marins et des océans. En devenant bibliothèque, elle constitue un monde en soi." Partant, cette Baleine bibliothèque représente le savoir et la connaissance face à l'obscurantisme des chasseurs...

Le très joli coup de pinceau de Judith Vanistendael magnifie par ailleurs le texte avec des doubles pages somptueuses. Et sous son trait, même une césarienne devient un concentré d'émotion.

Conte

"La baleine bibliothèque"

Judith Vanistendael et Zidrou, Le Lombard,

80 p. 14,75 €.

Note de L'Echo: 5/5

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