Une histoire de familles, l'histoire d'un pays

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Le récit croise sans cesse les péripéties des trois principaux personnages. Le périple des acteurs est jalonné de morts, de douleurs, de privations, de bonheur aussi. 4/5

A travers trois familles sur trois générations, c’est l’histoire du Laos des années 30 à nos jours que balaient Jean-Luc Cornette et Vanyda. Une histoire douloureuse faite de guerres, de dictature, de brimades… Trois familles au parcours divers, éclatées par les événements qui les ballottent à travers les années.

Vanyda est d’origine laotienne, cette histoire c’est celle de ses proches, racontée et mise en scène par Jean-Luc Cornette, voyageur éternel et amoureux de l’Asie du Sud-Est. "On l’a conçue ensemble évidemment. Mais la gestation a été particulièrement longue…" reconnaît Cornette. Plus de 6 ans de voyages, de discussions et de rencontre avant d’aboutir à un récit dense et riche qui reflète la réalité sans la trahir.

"Pour Vanyda, ce livre est aussi une libération par rapport à un passé qu’elle n’a pas connu, mais qui la hante et qu’elle ne maîtrise pas. Mais il fallait bien ces 6 ans pour produire l’album, pour accepter la démarche", commente Cornette.

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Le délai a aussi été nécesaire pour recueillir et recouper les informations sur cette longue saga. Le destin de deux familles laotiennes et une provenant de la minorité Hmong se croisent de génération en génération.

A la chute de la royauté au Laos, après la défaite française, Soulivanh (le père de Vanyda) choisit de rester sous les drapeaux en France, déchiré à l’idée de savoir son père dans les geôles communistes. Boun prend défend la cause de la dictature. Ly Xia, le Hmong tente la fuite et se réfugie en Thaïlande. A travers ces trois personnages principaux, on revit 80 ans de l’histoire méconnue du Laos.

Cornette et Vanyda se sont basés sur la documentation historique, mais surtout sur des témoignages directs: ceux des parents de Vanyda et au gré des rencontres faites au Laos. "C’était difficile de faire parler les gens. Ceux qui vivent là-bas ont encore peur du pouvoir; ceux qui vivent ici ne veulent plus en parler… Toutes les anecdotes qu’on raconte ont été vécues par l’une ou l’autre de ces personnes que nous avons rencontrées. Autant d’histoires que nous avons rassemblées dans ces trois familles. Avec la difficulté de ne pas permettre l’identification des gens que nous avons rencontrés et qui sont toujours au Laos. Le pays reste une dictature."

Le récit est souvent poignant. Le périple de ses acteurs est jalonné de morts, de douleurs, de privations, de bonheur aussi, qui est d’autant plus éclatant. Mais si les destins des protagonistes s’opposent (Soulivanh et Boun étaient amis avant de devenir ennemis), Cornette et Vanyda se gardent de juger leurs choix.

"Nous nous sommes focalisés sur les portraits de ces familles, sur leur parcours, sans prendre parti et en essayant de faire abstraction de l’histoire du pays, les dominations française et américaine, le communisme… Certains témoignages étaient très violents à entendre, mais ils font partie de l’histoire de ce pays. Chacun a fait ce qu’il pouvait dans de telles circonstances et ce qu’il croyait bon."

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Le récit est dense. Il croise sans cesse les péripéties des trois principaux personnages au fil du temps. Ces ruptures rythment la lecture, même si elles la rendent parfois un peu ardue. Mais elles montrent aussi l’évolution des personnages et la manière dont ils abordent leur propre histoire.

"Un million d’éléphants", Jean-Luc Cornette et Vanyda, Futuropolis, 160 p., 23 EUR

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