Vendanges littéraires aux Treilles de Provence

Le rêve d’Anne Schlumberger: un mas ouvert à une petite communauté où les sciences et les arts feraient bon ménage; une terre pour l’esprit. ©Dominique Laugé

Parmi toutes les résidences d’écrivains, cette fondation attire l’attention. Par son luxe discret: maison indépendante, piscine, repas, et plusieurs dizaines d’hectares privés où flâner. Mais c’est surtout par son histoire, fruit du mécénat de la famille Schlumberger.

En 1960, Anne Schlumberger hérite d’une vieille tante 50 hectares dans l’arrière-pays varois. À l’époque, la région n’a pas encore connu Bardot, et la folie du sud de la France n’est pas à son pinacle. Ces 50 hectares, beaucoup n’y aurait vu que de la caillasse, de la pinède, au mieux de la terre à vigne. Anne Schlumberger y devine beaucoup plus. Un grand mas au milieu du domaine, quelques cabanons: elle se met, comme tous les entrepreneurs, à rêver. Le rêve d’une petite communauté où les sciences et les arts feraient bon ménage, bref, une terre pour l’esprit.

"La discrétion protestante, à l’européenne, le bon goût, à la française, la tradition libérale, à l’américaine."
Régis Debray
Écrivain, philosophe et haut fonctionnaire français, citation à propos d’Anne Schlumberger.

Il faut préciser qu’Anne Schlumberger figure parmi les héritiers d’une entreprise florissante. Pas ici d’industrie lourde, mais toute une série de brevets scientifiques qu’on a su faire fructifier. Son père et son oncle, professeurs et hommes de science, ont su développer les techniques de résistivité qui permettent notamment de déceler les zones pétrolifères. À leurs heures, ils étaient aussi respectivement musicien et écrivain. Ce mélange entre goût de l’entreprise, arts, et sciences, Anne Schlumberger l’avait dans le sang.

Série | Les tours d’ivoire
Ces résidences d’écrivains qui font rêver…

Où vont nos auteurs préférés pour se retirer du monde? Histoire de nous concocter de nouveaux chefs-d’œuvre… ou d’échapper à l’agitation, voire au syndrome de la page blanche? De la cabane monacale perdue dans les alpages à la luxueuse villa provençale avec piscine, faites votre choix…

Avec son mari, elle développe les lieux, invite des artistes, restaure les bâtiments, agrandit la surface au sol avec la complicité des locaux, qui ont compris que ce n’était pas là de la promotion immobilière, mais un vrai amour des lieux. À son décès, en 1993, c’est la Fondation qui prend le relais, et qui gérera également la collection d’œuvres d’art (800 pièces, dont Dubuffet, Giacometti, Picasso, Max Ernst). Aujourd’hui, l’endroit est inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, et les lieux sont devenus un incontournable dans le monde des idées et de la connaissance – les luxueuses conditions d’écriture dans la "Petite Maison" ne formant que la pointe de l’iceberg.

La "Grande Maison"

Chaque année la "Grande Maison" accueille en effet dans les meilleures conditions possibles de calme, de concentration et d’inspiration, des dizaines de colloques universitaires (les séminaires de 6 jours). Sans oublier l’accueil des lauréats des différents prix (Prix Patrimoine), ou les chercheurs souhaitant consulter le fonds du Centre André Gide-Jean Schlumberger.

Et l’écriture dans tout cela? Les résidences prennent la forme d’un prix, attribué chaque année à trois happy few seulement. Entre mars et novembre, un mois ou deux, avec les repas, le ménage, l’accès au domaine et à la bibliothèque, assortis à 2.650 euros par mois pour ajouter encore à la tranquillité d’esprit. Mais que demande le peuple (des écrivains)?

Pour les Belges
Écrire devant le lac de Côme

La Fédération Wallonie Bruxelles propose pas moins de quatre destinations à ses auteurs: Berlin, Montréal, Rome, et Avignon. La durée est d’un mois, sauf à Montréal où elle dure deux mois. Un montant de 1.500 euros mensuel est prévu (frais de déplacement, frais locaux…). Mais une autre destination moins connue a de quoi séduire: l’île de Comacina (lac de Côme). Ce lieu paradisiaque de 400 mètres sur 150, proche du rivage, a été offert en 1919 au Roi Albert pour cause de comportement héroïque de la Belgique pendant la guerre. Grand prince, le roi l’a rétrocédée l’année suivante. Mais trois petites maisons abritent aujourd’hui d’heureux résidents pour des séjours de 3 semaines. Une offre ouverte pas seulement aux écrivains, mais à tout artiste en quête d’inspiration.

www.promotiondeslettres.cfwb.be


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