Vie majuscule

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Roman | "Vie de David Hockney" Catherine Cusset, Gallimard, 192 p., 18,50 euros. Note: 4/5

"Ce livre est un roman", précise d’emblée l’auteure dans son introduction. "Tous les faits sont vrais. J’ai inventé les sentiments, les pensées, les dialogues. Il s’agit plus d’intuition et de déduction que d’invention à proprement parler."

Nous voici prévenus: "Vie de David Hockney" oscille entre la biographie et la fiction, s’appuyant sur la véracité des événements pour mieux fabuler sur les sentiments du peintre anglais vivant le plus célèbre, un an après sa grande rétrospective au Tate et à Beaubourg. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’il a été proposé à Cusset d’écrire un essai sur l’artiste (qu’elle n’a jamais rencontré). Ses recherches la conduisent rapidement à considérer Hockney comme un personnage de roman, allant même jusqu’à le percevoir comme le double solaire de Thomas, sombre figure centrale de son précédent roman, paru en 2016, finaliste du Prix Goncourt et lauréat de plusieurs listes Goncourt, dont le choix de la Belgique.

"Là où Thomas avait échoué à trouver sa place dans la société, David a magnifiquement réussi. ‘Vie de David Hockney’ est, en quelque sorte, le miroir inversé de l’autre qu’on adorait. Écrire cette histoire lumineuse, après celle, si douloureuse, de Thomas, avait quelque chose de thérapeutique", raconte-t-elle. En moins de 200 pages, Cusset parvient avec beaucoup d’émotion à révéler l’essentiel du temps qui passe et la vie qui s’écoule dans les doutes et le bonheur de la création.

Son livre n’est pas le compte rendu "people" des rencontres et des voyages de Hockney, de l’Angleterre à la Californie, en passant par Paris et New York – quelle vie! –. Il arrive surtout à pénétrer l’intimité du jeune artiste débarqué de son Yorkshire natal à Londres, à la fin des années 1950, explorant sa découverte de la peinture abstraite et de l’homosexualité, puis glissant tout naturellement vers les prémices du succès, les premières échappées américaines et la célébration du désir à travers les rectangles bleus vifs des piscines californiennes.

En cinq chapitres, Catherine Cusset réussit à glisser des années "California Dreamin’" à la période sida, du plaisir brut aux amis prématurément décédés, tout en célébrant le tour de force de David Hockney qui, face à l’adversité et aux désillusions, ne s’est jamais départi de son optimisme et de sa soif de liberté. La joie de vivre, la joie de peindre, encore et toujours, jusqu’à revenir aux sources du Yorkshire pour célébrer la nature comme si, la vieillesse aidant, il "se sentait plus vivant que jamais". Une ode à la création et à l’amitié, tout simplement.

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