Yann ne respecte rien. Tant mieux!

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Yann s’est approprié Le Marsupilami, (Kid) Lucky Luke, Gasto (o) n, il scénarise deux spin-offs de Thorgal, il a fait parler sa zwanze dans sa trilogie Spirou et Fantasio avec Schwartz… Aucun héros de la BD classique belge ne semble lui résister. Il manquait toutefois au scénariste, marseillais d’origine, un pied en Flandre pour pouvoir prétendre à une naturalisation cent fois méritée. C’est chose faite! Il signe une adaptation très personnelle de Bob et Bobette, les deux héros créés par Willy Vandersteen, véritables icônes de la BD flamande.

Dire que Yann connaît Bob et Bobette est encore peu. Enfant, il en collectionnait les albums et a même, chose rare, une édition parue en "marseillais", où le lambic devenait du pastaga et où la Canebière avait curieusement des maisons à fronton crénelé. "Comme Spirou, Gil Jourdan ou les Schtroumpfs, j’ai ingéré Bob et Bobette parmi d’autres classiques. Ce sont des héros populaires qui appartiennent autant au lecteur qu’aux auteurs. Ce n’est sans doute pas pour rien qu’Hergé trouvait Bob et Bobette trop populaires", lâche Yann.

Comme il peut le faire, et comme il l’a fait d’ailleurs avec les Innommables, Bob Marone ou les Libellules, Yann se lâche en effet! "Mais on peut casser les codes d’un genre sans le tourner en dérision. La parodie gratuite n’a aucun sens. J’essaye de retrouver la folie de Vandersteen. Elle ne se fabrique pas, elle se vit."

Et comme Vandersteen, qui ne s’encombrait pas toujours de logique dans ses récits, Yann n’hésite pas à faire des raccourcis, prenant le lecteur à témoin. "Je ne vous explique pas le mécanisme du saut dans l’espace-temps, ça mangerait du papier inutilement!" Son récit, joyeusement louftingue, fourmille de références à la série elle-même: Sidonie boursicote des actions Standaard, la chambre de Bobette est encombrée de produits dérivés de la série et râle contre Bob qui passe son temps devant des jeux vidéo alors que bon sang, "à deux, on est plus bankables!"

"Pour retrouver la magie et le rêve de la série dans les années 50, il fallait montrer que le quotidien des héros n’est pas drôle du tout. Ils s’emmerdent, vivent de leurs souvenirs, la poupée Fanfreluche tombe en morceaux… Ce présent morose permet de faire passer les aventures les plus dingues", explique encore Yann.

Au dessin, Gerben Valkema n’a rien à prouver, puisqu’il a déjà travaillé sur la série mère au sein du Studio Vandersteen. D’un style plus proche de l’école de Marcinelle que de la ligne claire de Vandersteen, Valkema donne énormément de vitalité et de mouvement aux personnages. "Je trouve ce style plus intéressant. Franquin a toujours été beaucoup plus puissant et plus expressif."

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