Insurrection mécanique à la Patinoire royale

Réalisé en époxy, "Electric eclipse" (2014) est équipé de deux moteurs robotiques coordonnés et d'un système de production sonore. ©Martine Feipel et Jean Bechameil

À Ixelles, les deux artistes luxembourgeois, déjà bien connus à la Patinoire royale, détournent la robotique industrielle et poussent les robots à créer de la beauté. Révolutionnaire!

Galeries

"Automatic revolution"

Note : 4/5

Par Martine Feipel et Jean Bechameil.

Jusqu’au 28/3 à la Patinoire royale (Ixelles-Bruxelles >GOOGLE MAP)

Le duo luxembourgeois Martine Feipel et Jean Bechameil, qui représenta le grand-duché de Luxembourg, en 2011, à la Biennale de Venise, a de l’ironie dans le regard et de la suite dans les idées. En 2014, une précédente exposition s’intitulait "Un monde parfait", en ce même espace majestueux de La Patinoire royale où Valérie Bach et Constantin Chariot enchaînent les expositions audacieuses.

Constantin Chariot, directeur de la galerie: "Nous avons conçu cette exposition avant que ne se développe un climat insurrectionnel en France, qui n’est pas sans retombées en Belgique. Nous avons eu une prescience diffuse de notre futur immédiat, qui nous fait froid dans le dos. Nous, galeristes, qui sommes le cadre dans lequel s’inscrivent les artistes et leurs travaux, nous nous sommes sentis préfigurateurs d’un avenir digne d’Orwell. La question centrale de cette exposition est celle-ci: cent ans après la révolution bolchevique, dans notre société marchande et matérielle, où tout est chosifié, que reste-t-il des idéaux révolutionnaires? La pulsion collective a cédé le pas à la révolution individuelle du well-being. Les gilets jaunes portent un costume qui, en apparence, les relie, mais qui recouvre une disparité de désespérance et d’aigreur, sans projet commun."

Automatic Revolution - Martine Feipel & Jean Bechameil

Le contrôle du contrôle

Quel est le programme de notre duo avec cette "Révolution Automatique"? "Prendre le contrôle du contrôle!" En contre-haut de la Grande nef, une console vitrée recèle une table de commande telle qu’il en existe dans l’industrie lourde. Ce cerveau est un système d’automation qui pilote toute l’exposition. Machineries, cloche de tocsin, discours de Lénine, clameurs de Mai 68 suivent une partition cyclique de vingt minutes.

"Avec cette exposition, nous nous sommes sentis préfigurateurs d’un avenir digne d’Orwell."
Constantin Chariot
Directeur de la galerie

Buste au cœur électrique d’un leader bolchevique dont il ne reste que les jambes, un Lénine sans visage évoque le fameux "couteau sans lame, auquel ne manque que le manche" du philosophe Christoph Lichtenberg. Une machine inutile, inspirée d’un dessin de Theo van Doesburg, à la géométrie impeccable, au cubo-futurisme coloré et aux parties mobiles parfaitement ajustées et mues sans fin par des moteurs à énergie froide, incarne la maîtrise technique et la beauté machinique, signes d’une interconnexion absolue que rien ni personne ne peut maîtriser ni posséder.

Le but de Feipel et Bechameil? S’approprier le robot pour qu’il cesse de produire de la matière et génère de la beauté. Un jeu jubilatoire.

>Jusqu’au 28/3 à la Patinoire royale (Ixelles-Bruxelles >GOOGLE MAP)

©Martine Feipel et Jean Bechameil / Patinoire Royale

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