L'objet d'art sous toutes les coutures

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Collectible, Affordable, Tefaf. Trois foires autour de l’objet d’art s’ouvrent à Bruxelles et Maastricht.

Trois foires autour de l’objet d’art ouvrent leur édition 2019. Foires de l’objet et foires de l’art, elles marient, chacune à leur manière, ces deux dimensions esthétiques. La plus jeune, Collectible, création de deux jeunes femmes, Liv Vaisberg et Clélie Debehault, en 2018, veut faire accéder le design contemporain au rang d’objet de collection. Plus mûre, l’Affordable Art Fair, née en 2009 dans sa version bruxelloise, prend le contre-pied de l’art spéculatif: ici, tout est abordable. Enfin, l’aînée, la Tefaf, l’une des premières foires au monde, et sans doute la première en antiquités, s’élargit à l’art contemporain.

1/ Collectible

Du 14 au 17/3, Espace Vanderborght

C’est la plus jeune (2018) et "the place-to-be". Pour le duo de Collectible (littéralement "de collection"), Clélie Debehault, Belge parisienne, et Liv Vaisberg, Française anversoise, définir l’objet d’art est un art en soi. Elles veulent attirer les collectionneurs d’art vers l’objet de design. Dès lors, jonglant avec les définitions, Collectible ouvre une nouvelle section où des galeries présentent des objets d’artistes. Ce qui les distingue, c’est d’abord la fonctionnalité: une œuvre fonctionnelle entrera dans la catégorie du design.

"Le design n’est pas que de l’art décoratif: le récit est important."
Liv Vaisberg
Codirectrice de Collectible

Les deux créatrices de Collectible veulent aussi "revaloriser l’objet aux yeux du collectionneur de design ‘historique’ pour l’amener aux pièces contemporaines". Elles s’inscrivent dans un mouvement qui voit l’apparition d’objets où le choix du matériau a du sens: ce sont des matières durables ou des déchets recyclés qui éveillent une envie nouvelle chez les collectionneurs.

À la London Design Week, à la Dutch Design Week d’Eindhoven, le duo a constaté cette tendance chez de jeunes designers, qui réemploient le jeans, le plastique, le cuir. La fonctionnalité cesse de dévaloriser. Ainsi, nous apprend Liv Vaisberg, "un artiste a présenté une œuvre à la fonctionnalité apparente, qui n’était qu’un jeu". Elles mettent l’accent sur "la démarche intellectuelle et spirituelle du designer", voisine de celle de l’artiste: "Le design n’est pas que de l’art décoratif: le récit est important." Ce que raconte une pièce contribue à son unicité qui, à son tour, attire le regard, crée de la rareté, et de la valeur.

2/ Affordable Art Fair

Du 15 au 17/3, Tour & Taxis

Les mots sont nos amis, si nous écoutons ce qu’ils nous disent. "Affordable", ou abordable en français, définit parfaitement la seconde de ces trois foires de printemps, l’Affordable Art Fair, qui se veut abordable, aux deux sens du terme: financièrement et humainement. Le concept est né en 1999 à Londres, dans Battersea. En vingt ans, il s’est démultiplié dans dix villes (Londres, New York, Amsterdam, Hong Kong, Hambourg, Singapour, Milan, Stockholm, Melbourne et… Bruxelles). Géraldine Hubot dirige l’édition bruxelloise depuis 2016, qu’elle avait rejointe dès 2013. "Les autres foires que je sillonne toute l’année sont souvent intimidantes." L’atmosphère est plus codée, sans doute plus guindée. Ici, rien de tel: "Nous voulons croître en restant à taille humaine." C’est le caractère des Affordable Art Fair, mais Bruxelles est plus ouverte internationalement.

En Belgique, petit pays, on ne saurait se limiter à la dimension locale, plus prononcée dans de plus grands pays, où le vivier de proximité est important. En revanche, étant aussi l’un des pays les plus denses en collectionneurs, les galeries du monde entier sentent qu’elles se doivent d’y être. "Ce ne sont pas les mêmes d’année en année, mais 60% nous sont fidèles." Elle est secondée dans le choix des candidats par une galerie, un collectionneur et un historien d’art. "La liste d’attente s’allonge, un luxe dont nous avons conscience."

En 2019, 96 galeries sont retenues, dont une vingtaine belges. Parmi les étrangères, outre l’Angleterre ou les Pays-Bas, les asiatiques (une dizaine) s’affichent à la hausse. Abordable, Affordable accueille des visiteurs variés qui passent en moyenne 2h30 sur les 5.000 m2 du site, qui leur propose des visites guidées, des conférences ou des workshops, par exemple sur le rôle et le travail de la couleur. Les galeries sont invitées à se montrer pédagogues. Les pièces présentées vont de 75 à 7.500 euros, 2.000 œuvres s’y sont vendues en 2018, et les acheteurs dépensent en moyenne 1.200 euros. Un impératif: le prix doit être affiché, délicate attention qui met à l’aise l’amateur, en soulageant sa possible timidité.

3/ Tefaf

Du 16 au 24/3, Maastricht

C’est l’aînée (1988), qui a entamé sa mutation en 2016, en déclinant une version new-yorkaise. Comme sa petite sœur bruxelloise, la Brafa, elle accueille l’art contemporain. Sur les 40 nouvelles galeries annoncées cette année à Maastricht, 14 entrent dans la nouvelle section Modern (54 stands sur 264), au risque, en sortant de son pré carré des maîtres anciens, d’entrer dans un champ ouvert bien plus concurrentiel. Mais que faire quand les acheteurs d’ancien se raréfient?

L’autre signe important, depuis que l’ouverture de la boîte de Pandore des restitutions, c’est la tenue apparente du marché des arts "premiers". Ainsi, l’une des pièces les plus coûteuses de cette édition est une figure d’un Asiè Usu, esprit de la nature baoulé (Côte d’Ivoire), vendue 1 million par le galeriste parisien Bernard Dulon. Pour tous les goûts et… toutes les bourses.

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