Les surprenantes images de Marie-Jo Lafontaine

©Marie-Jo Lafontaine

S’essayant continuellement à de nouvelles disciplines, l’artiste revient aujourd’hui à la peinture dans un foisonnement de couleurs.

Pour qui ne l’a pas vue depuis quelque temps, Marie-Jo Lafontaine a changé de look. Les cheveux noirs courts ont laissé place à une longue chevelure d’un blanc assumé et rayonnant. Mais son regard a gardé une douceur et une lumière qui charment au premier coup d’œil.

Cette native d’Anvers installée à Bruxelles, a démarré sa carrière artistique alors qu’elle étudiait encore à La Cambre, en décrochant, en 1977, le "Prix de la Jeune Peinture Belge" pour ses "environnements" de textiles monochromes. "C’était quelque chose d’important, dit-elle, et une surprise parce que j’étais en décalage avec ce qui se faisait à la Jeune Peinture." Depuis, elle accumule les distinctions et présente ses œuvres dans les plus prestigieuses institutions culturelles de la planète: au Guggenheim à New York, à la Tate Modern à Londres, au Centre Georges Pompidou Paris, à la Documenta de Kassel. Aujourd’hui, elle présente "BE-SIDE-ME MMXV" dans la jeune Quai4 Galerie, installée en bord de Meuse, en septembre de l’année dernière.

Nouvelle étape

"Le dessin a d’autres énergies que la photo ou la vidéo."

Entre une photographie d’un corps nu et pendu de la série "Troubled Waters", un monochrome gris ou une photo carrée aux couleurs vives de la série "Experience Paradise", Marie-Jo Lafontaine expose des créations toutes récentes. "J’ai commencé ces images cet été, au moment où l’on parlait de la crise des migrants, explique l’artiste. Mon travail est toujours relié au monde, à ce qui se passe autour de moi. Les artistes sont le reflet de la société. Je vois, dans ces lignes verticales et horizontales, les chemins, l’enfermement, cette masse de personnes qui circule vers autre chose, pleine d’espoirs."

©Marie-Jo Lafontaine

Pour cette nouvelle étape dans son travail, Marie-Jo Lafontaine a choisi un médium assez éloigné de la photo et la vidéo, qui ont fait sa réputation, même si elle a toujours aimé tâter de disciplines différentes comme le textile, la peinture, la sculpture. Coutumière d’impressionnantes installations vidéo monumentales, elle revient à des dimensions plus modestes et à la peinture et plus précisément à l’aquarelle en couches superposées sur du papier. Le foisonnement des couleurs qu’elle utilise éloigne également ces œuvres des nombreux monochromes réalisés par l’artiste. "J’avais envie de reprendre le dessin. Le dessin a d’autres énergies que la photo ou la vidéo, commente-t-elle. Il est rapide et définitif, il y a de l’énergie et de la liberté dans le dessin. Le monochrome est plus lourd comme chemin. Ici je commence petit, j’essaie, puis cela progresse. Je jette, je garde et je jette. C’est bien de pouvoir jeter, cela ouvre le territoire vers autre chose."

©Marie-Jo Lafontaine

Sur les couches superposées, l’artiste a appliqué un vernis pour les protéger. Mais le vernis agit également comme un révélateur de lumière et de contenu en même temps. "C’est comme si une énergie nouvelle arrive dans l’image, comme par magie, les couleurs se révèlent." Marie-Jo Lafontaine, contrairement à d’autres artistes contemporains qui ont créé de véritables studios de production, préfère travailler seule, confiant certaines tâches, comme l’encadrement à des extérieurs. "Je ne suis pas capable de travailler avec des gens autour de moi, ajoute-t-elle. J’aime dessiner, chercher. C’est un travail qui prend beaucoup de temps, c’est pour cela que je voulais montrer le côté construction des œuvres."

Marie-Jo Lafontaine,

du 13 novembre 2015 au 30 janvier 2016 à la Quai4 Galerie,

Quai Churchill 4 à 4020 Liège

www.quai4.be, 0476/91.28.01.

Ces nouvelles œuvres sont surprenantes au regard du parcours de Marie-Jo Lafontaine, mais également par la douceur mêlée de force qui se dégage de ces associations de couleurs. Lumière et pénombre se côtoient, se cherchent, dans les couches de couleurs superposées, dans la brillance des vernis, dans les tons assemblés ou opposés sur deux supports qu’elle associe en une seule et même image. Une image empreinte de douceur, en dépit du tumulte sous-jacent qui l’anime. A l’image de cette grande dame, qui sous des airs calmes et posés, cache un bouillonnement créatif impressionnant.

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