Alerte à l'enfance

©G. Küng

Tous les deux ans, le Young Belgian Art Prize (anciennement Prix de la jeune peinture belge) récompense des jeunes artistes belges de toutes les disciplines de l’art contemporain. Chaque semaine, "L’Echo" présente l’un des 10 nominés de 2015.

Pour cette édition du Young Belgian Art Prize, G. (pour Georgia) Küng a décidé de concevoir tout spécialement pour l’occasion une salle de jeu d’enfants qui vous ouvre les bras dès les premiers pas dans l’exposition. Partant du principe que le musée a pour vocation d’enseigner tout en restant relativement ludique, la jeune artiste américaine s’est littéralement prise au jeu du détournement de cette pièce, la salle de jeu donc, si emblématiques de nos sociétés occidentales.

Jeux déformés

Maniant volontiers l’humour et l’ironie dans l’ensemble de son travail, G. Küng présente à Bozar une version "distordue" de certains objets dévolus habituellement aux plus jeunes d’entre nous. Ainsi, ces trois chaises aux dimensions disproportionnées. L’une d’elles, tel un trône, domine les deux autres, identiques, clairement destinées à des enfants quand la première semble être le symbole de domination de l’adulte.

L’enfance n’a rien d’une douce et innocente étape vue à travers le regard de G. Küng.

Meubles a priori inoffensifs, de simples sièges, ils offrent cependant ici des "visages" quelque peu menaçants malgré leurs "smileys" accueillants. Sourires trompeurs? "Assieds-toi, sois sage, on surveille tes agissements". Sous leurs airs affables, ne ressentirait-on pas cependant une sorte de menace sous-jacente? Une certaine violence de la surveillance parentale, puis sociétale? Un sourire si tu te conformes…

©G. Küng

Derrière, au centre de la salle, un tapis aux motifs divers et colorés. Semblable à ces tapis de sol pour nourrissons aux innombrables activités et censés leur ouvrir les voies des perceptions sensorielles. Dénommée "Crinkle Blanket", cette œuvre en tissu a été "fourrée" de sachets de chips en cellophane. Tâtez là, elle vous rappellera effectivement le son caractéristique de la couverture à stimuli de bébé, mais également le bruit du froissement d’un billet de banque dont l’œuvre imite d’ailleurs la forme. "Mes objets-jouets ont été adaptés à la taille adulte, voire davantage, et chargés de thèmes et d’angoisses propres aux adultes. Ces objets détournés semblent inoffensifs, mais visent à alerter", explique G. Küng.

En deux mots

Originaire de New York où elle est née en 1982, G. Küng vit à Bruxelles depuis sa résidence au Wiels en 2013. Cette artiste qui présente le plus souvent des installations tirées de matériaux les plus divers est diplômée de la Cooper Union for the Advancement of Science and Art (NY) et de la Glasgow School of Art. Elle est représentée par la Galerie Antoine Levi à Paris.

 

Que dire de cette petite main de poupée, isolée de tout corps, minuscule sur ce grand socle immaculé? Elle a elle aussi quelque chose de terrifiant, de triste également. Petite menotte perdue… symbole de la poupée ou d’un vrai bébé? "C’est une œuvre très personnelle, très émotionnelle", se contente d’expliquer l’artiste.

©G. Küng

Plus loin, un "trop" grand verre d’eau aplati dont l’intérieur est formé de plusieurs couches, "comme celles de croissance que l’on voit sur les troncs d’arbre, commente G. Küng. C’est une sorte de puzzle. J’ai joué sur l’abstraction de ces formes en plexiglas qui n’en font pas un objet doux du tout." Assemblage en puzzle, croissance, dureté… L’enfance n’a rien d’une douce et innocente étape vue à travers le regard de G. Küng. L’artiste prend pour fondement de ce travail les termes du philosophe Walter Benjamin: "Même lorsqu’ils ne sont pas une simple imitation des jeux pour adultes, les jouets sont des lieux de conflit, moins de la part de l’enfant envers l’adulte que de l’adulte envers l’enfant."

Mélanie Noiret

Vous pouvez voter pour un des dix nominés au YBAP sur le site: youngbelgianartprize.com.

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