chronique

Brafa 2017, l'éclectisme revisité

Du 21 au 29 janvier, le premier salon généraliste d’art et d’antiquités de l’année aura lieu à Bruxelles. Rencontre en avant-première avec son président, Harold t’Kint de Roodenbeke.

La Brafa est sans conteste un salon bien portant. L’échec commercial de la dernière Biennale des Antiquaires en octobre à Paris, sans doute en partie à mettre sur le compte des températures tropicales qui régnaient au Grand-Palais, mais également sur la propension qu’ont certains marchands à demander des prix surfaits, montre bien que, chaque année, il faut revoir sa copie…

"Le monde économique en est souvent la preuve, toute entreprise qui ne remet pas continuellement son modèle en cause, qui ne le réadapte pas, est vouée au déclin, rappelle Harold t’Kint de Roodenbeke, président de la Brafa. Les concurrents, dans tous les domaines, sont toujours à l’affût et prêts à ravir des parts de marché. Le domaine de l’art n’échappe pas à cette logique, la Brafa, née en 1956 à l’initiative d’une poignée d’antiquaires doit sans cesse faire évoluer son concept."

©Kristof Vadino

Et où en est-on de cette évolution?
Alors que nous en sommes à plus de 60 éditions de la "foire", le monde s’est brusquement accéléré et il est interpellant de rappeler qu’il y a à peine 20 ans, le téléphone mobile et internet étaient des inventions nouvelles dont on ne mesurait pas encore l’impact. Aujourd’hui, malheur à l’immobilisme, tous les acteurs du marché, clients et marchands sont interconnectés, les images circulent sans cesse, toujours plus vite.

Dans cette perspective, le professionnalisme, même en matière d’art, se doit de prendre le pas sur le galeriste de nos parents et grands-parents. Bien sûr, l’œil et l’intuition restent des valeurs sûres, le "know-how" du métier, une "expertise" qui s’apprendra sur le terrain plutôt qu’à l’école. Au-delà de ces qualités indispensables, le métier de galeriste, au même titre que tous les métiers du monde de l’art, s’est spécialisé et perfectionné.

La Brafa, anciennement "foire des antiquaires de Belgique" a souvent été épinglée pour son professionnalisme et son expérience dans le domaine. Si l’on s’en tient aux informations communiquées, la Biennale a sensiblement vu sa fréquentation diminuer, le défi était de taille, après les événements de Paris et la situation économique particulièrement complexe en France. Le Grand-Palais reste un lieu magique, mais que je n’échangerai pas contre Tours et Taxis. Également remis en valeur, notre chef-d’œuvre industriel a de nombreux avantages, enviés par les autres manifestations européennes: le charme de l’ancien, allié à un aspect redoutablement pratique: parking, quais de chargement, lumière naturelle, surface d’exposition de plain-pied, le tout dans un écrin au cœur de la capitale de l’Europe. Notre objectif reste, une fois de plus, de surprendre le visiteur dans un décor totalement revisité.

Allez-vous conservé la taille "record" de l’an passé?
Si l’agrandissement réalisé l’année dernière au départ d’un nouveau hall sera similaire, le décor de l’ensemble, à la sortie des fêtes et au cœur de l’hiver, sera pétillant et coloré. Et ce grâce à notre hôte d’honneur, le célèbre pionnier du cinétisme, Julio Leparc, dont diverses œuvres monumentales égaieront le parcours du visiteur.

©Frank Michta / BRAFA

Depuis plusieurs années, vous avez introduit l’art contemporain dans la foire. Cette année encore, vous avez renforcé cette section. N’est-ce pas en contradiction avec un salon d’antiquités?
Avec le recul, il y a quelques années à peine, cette section était totalement inexistante dans notre manifestation. Même si quelques galeries montraient quelques œuvres plus contemporaines, nous n’avions pas d’ensemble solide. L’idée de la Brafa étant de balayer l’art, de l’Antiquité à nos jours, l’art contemporain s’est imposé de lui-même. Non seulement la demande émanait des visiteurs eux-mêmes, puisque toutes les générations se retrouvent sur la foire, mais les galeries elles-mêmes ont compris l’intérêt de la confrontation des époques. Le mélange, le contraste sont des valeurs essentielles de notre concept et témoignent magnifiquement de notre éclectisme. Par ailleurs, nous n’avons pas non plus vocation à concurrencer les manifestations dédiées à l’art contemporain et qui se doivent de montrer une grande diversité tout en favorisant l’émergence de nouveaux artistes. Notre choix s’est porté vers des galeries expérimentées et de premier plan. Les artistes exposés sont, pour la plupart, déjà reconnus comme des valeurs sûres du marché. Dans cette optique, l’intégration donne plus de repères au visiteur, qui peut ainsi découvrir à la fois de nouveaux artistes et les imaginer dans un décor réalisé avec d’autres spécialités plus classiques.

Une autre section forte, qui attire de nombreux collectionneurs, est la section des arts premiers…
Si la Belgique a toujours été considérée comme une terre de collectionneurs, le "Congo Belge" de l’époque nous apporta non seulement d’innombrables richesses économiques, mais également la découverte de cultures insoupçonnées. Cette région, découverte par les explorateurs vers la fin du XIXe siècle, s’est révélée comme l’une des plus riches et plus diversifiées d’Afrique en matière d’art. Nos colons ont pu collectionner, acquérir et ramener de nombreux chefs-d’œuvre. Notre Musée de Tervuren est ainsi considéré comme une référence mondiale dans son domaine. Parallèlement aux grandes collections qui se sont ainsi constituées, un marché s’est développé et Bruxelles reste l’une des places privilégiées.

©BRAFA art Fair

Est-ce qu’on trouvera encore à la Brafa du mobilier Haute Époque ou du XVIIIe siècle?
L’équilibre reste relativement stable et le mobilier Haute époque ou du XVIIIe siècle sont bien représentés. Si l’on s’en tient aux chiffres, l’évolution reste relativement subtile et faible. En agrandissant, nous avons bien sûr ouvert nos yeux vers ce qui était plus contemporain, mais les spécialités pointues et classiques gardent tout leur attrait. Une des évolutions notables du marché réside dans sa recherche d’une plus grande qualité. On assiste ainsi à un effritement du mobilier plus usuel, tandis que les grandes et belles pièces plus prestigieuses sont d’autant plus recherchées. Ce phénomène se retrouve dans les autres spécialités également. L’amateur affine son goût et recherche les meilleures œuvres.

Des spécialités plus confidentielles, plus pointues, comme l’orfèvrerie ancienne, y trouvent pourtant tout leur sens?
L’orfèvrerie est certainement l’une des spécialités qui démontre, une fois de plus, le savoir-faire de nos artisans belges. Bien sûr, la richesse de notre commerce, depuis le Moyen-âge, a favorisé l’essor de secteurs tels que la tapisserie, les peintres "flamands" ou l’orfèvrerie. Dans ce domaine particulier, comme dans d’autres, il faut plaider pour le contraste et l’échange. Le plus brillant exemple récent fut la découverte de la collection d’Yves Saint Laurent, qui mélangeait avec génie l’ensemble des disciplines de l’orfèvrerie à l’art contemporain en passant par l’archéologie.

Depuis toujours, des bijoux, tant anciens que contemporains, sont également proposés. Est-ce que vous êtes prêts à faire venir encore plus de joailliers contemporains, tant il s’agit de stands qui, en général, attirent. La saison des cadeaux n’est pas terminée pour tout le monde…
Nous avons énormément de demandes d’exposants dans ce domaine. Ceci étant, il s’agit certes d’une superbe spécialité, mais qui, comme toutes les autres, doit être dosée pour conserver l’équilibre de l’ensemble. Il n’est pas inenvisageable d’accueillir une galerie qui présenterait un éventail de bijoux d’artistes ou de bijoux plus contemporains, mais ce n’est pas le cas dans l’immédiat. Le nombre de stands disponibles, chaque année, reste très restreint…

Brafa, 21-29/01/2017, Tour & Taxis, 1000 Bruxelles, www.brafa.be.

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