Brussels Gallery Weekend, un coup de main aux galeries d'art

Sean Crossley, "Comfort". (c) Harlan Levey Project

Ces samedi 20 et dimanche 21 juin, à l’initiative du Brussels Gallery Weekend, 41 galeries bruxelloises conjuguent leur réouverture et retrouvent les collectionneurs et amateurs d'art.

Sybille du Roy de Blicquy, directrice du Brussels Gallery Weekend (BGW), a reçu pendant le confinement des signaux de galeries et d’artistes désireuses d’anticiper la réouverture. Plusieurs actions sont allées de pair: lettre aux parlementaires de demande de soutien aux galeries, avec extension du dispositif de Tax shelter (propre au cinéma et aux arts de la scène) à l’art contemporain, assorti d’une baisse de la TVA sur les ventes d’œuvres; demandes de soutien adressées à la Cocof, à VisitBrussels, et à la Fédération Wallonie-Bruxelles, dont elle loue les interventions: "Le coup de pouce aux galeries, qui en temps normal ne misent guère sur les subsides, soutient par contiguïté l’écosystème des artistes." 

«Le coup de pouce aux galeries, qui en temps normal ne misent guère sur les subsides, soutient par contiguïté l’écosystème des artistes.»
Sybille du Roy de Blicquy
Directrice du Brussels Gallery Weekend

Harlan Levey Project présente donc des œuvres d’artistes locaux tels qu’Emmanuel Van der Auwera, Marcin Dudek, Amélie Bouvier, Haseeb Ahmed, Sean Crossley. Felix Frachon ouvre spécialement ce week-end et restera ouvert tout l’été avec "Les petites éditions", œuvres à 1.000 euros et moins. Irène Laub propose "Resilience, an aptitude", titre prémonitoire choisi avant la COVID-19. Enfin, Arcade, galerie londonienne, a pu mobiliser tous ses artistes pour exposer ce week-end.

Brussels Galery Weekend

Rodolphe Janssen, galeriste historique, a soumis l’idée de cette entrée dans l’été au comité du BGW (qui réunit notamment les galeries Jan Mot, Xavier Hufkens, Templon): "Début avril, toutes nos galeries ont manifesté une solidarité et une impulsion ", dit-il. "Nous sommes tous singuliers mais notre but commun, montrer et vendre les œuvres, est aussi de permettre à des milliers de visiteurs de découvrir la création belge et internationale".

Malgré la raréfaction des foires internationales qui assurent parfois 50% du chiffre annuel, il se veut optimiste. Face à cette adversité, des opportunités restaient à saisir: "Dès la mi-mars, le marché chinois s’est rouvert, les Américains n’ont pas cessé d’acheter, les Belges s’y sont un peu remis depuis la mi-mai". Et "les manifestations locales compenseront en partie".

Cindy Ji Hye Kim, "Riddles of the Id" (2020). (c) Rodolphe Janssen

Rodolphe Janssen à Knokke

Très tôt, le 3 mars, fort de cette conviction, il décide d’ouvrir une seconde galerie à Knokke. "Le retrait des foires internationales nous recentre, renforce l’ancrage de notre relation avec artistes, collectionneurs et institutions belges, incite à un rythme plus lent, comme il y a 30 ans, en privilégiant la relation plutôt que la vente immédiate. Ouvrir à Knokke nourrit cette proximité avec les collectionneurs. Nos galeries ne vendent pas des marchandises, mais de la rareté".

«Durant ce confinement, les artistes sont revenus au dessin, à la sculpture en bois, comme d’autres faisaient leur pain.»
Rodolphe Janssen
Galeriste

Cela concerne aussi les artistes: "Les productions pharaoniques comme celle de Damien Hirst chez François Pineau sont révolues. Les artistes reviennent à l’atelier, fabriquent eux-mêmes", poursuit Rodolphe Janssen. "Pendant le confinement, les photographes ne faisaient plus tirer leurs photos, les sculpteurs ne faisaient plus fondre. Ils sont revenus au dessin, à la sculpture en bois, comme d’autres faisaient leur pain. La production n’a donc pas cessé: j’accompagne des artistes émergents qui ont eu un confinement fécond: l’Américaine Sam Moyer, qui expose en septembre à Central Park ou, plus près de nous, l’abstrait géométrique belge Léon Wuidar, bientôt 82 ans, qui vit comme un confiné dans sa maison en rase campagne et a enfin découvert le mot désignant son mode de vie de toujours."

Et le galeriste de conclure: "Pour ma part, je ne sais rien faire d’autre. Dans ce métier, on meurt sur scène, comme Molière… L’immense intérêt pour l’art contemporain subsiste: il faudra chercher les acheteurs avec plus d’assiduité."

Minimalisme au féminin

Le minimalisme est volontiers associé à une austérité. Au CAB, 17 femmes du monde entier révèlent un dépouillement géométrique source d’émotion visuelle.

Le minimalisme a beaucoup été un minimâlisme: par ce néologisme, entendez que ce mouvement né aux États-Unis dans les années 1960 fut surtout l’apanage de figures masculines: Donald Judd, Sol Lewitt et quelques autres.

Le pari du CAB et des deux commissaires, Eléonore de Sadeleer et Evelyn Simons (d’autant plus réussi qu’il ne participe d’aucun militantisme formel), nous montre la force de la présence féminine dans cet art où priment la matière et le refus du pathos et du narratif.

C’est un immense jeu optique, un mouvement qui se retranche du monde extérieur en subvertissant silencieusement les matériaux, échappant ainsi aux oppositions binaires de l’intime et de l’universel, de l’émotionnel et du rationnel.

«Figures on a Ground, perspectives on minimal art»

>Jusqu’au 12.12.2020, à la Fondation CAB, rue Borrens, 32-34


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