Clearing, la plus transatlantique des galeries bruxelloises

©Johan F. Hel Guedj

À une semaine de l’ouverture d’Art Brussels, qui fêtera ses 50 ans, quatre galeristes révèlent les orientations des galeries d’art à Bruxelles. Née à New York, Clearing a une grande petite sœur à Bruxelles.

Lodovico Corsini, né à Paris d’un père italien en poste en Belgique et d’une mère autrichienne, a fait ses études d’architecture à l’école de la Cambre. En 2012, il pousse la porte de l’exposition inaugurale de Clearing. Il fait la connaissance du Persan Hecham Boulaiz et du Français Olivier Babin. Assez vite, ils décident de s’associer. "Ma profession d’architecte dominait ma passion pour l’art. En 2014, je termine mes études, j’exerce pour quelques agences d’archi, avant de bifurquer."

Il inverse profession et passion. Le trio est équilibré: Olivier l’artiste, Hecham l’entrepreneur et Corsini l’architecte, que sa formation prédispose à la conception dans l’espace, commune aux deux métiers. Un galeriste, dit-il, doit avant tout veiller à offrir les bonnes opportunités à un artiste au bon moment de sa trajectoire. "Cette logique du timing a quelque chose de sensitif et d’organique", tout comme semble l’être la relation du trio. "Olivier est un artiste devenu galeriste, et nous nous chargeons ensemble de la programmation. Hecham est ‘l’homme de l’ombre’, absolument essentiel à la bonne marche de l’ensemble."

L’ensemble, ce sont en effet trois galeries:
→ La Clearing Brooklyn, fondée par Babin à Bushwick en 2010, agrandie en 2014 sur Johnson Avenue
→ La deuxième, à Bruxelles
→ La troisième, en 2017, dans l’Upper East Side de Manhattan, derrière Madison Avenue, vitrine de l’art contemporain new-yorkais, à deux pas de vaisseaux amiraux comme les galeries Gagosian, Almine Rech ou Robert Mnuchin, père d’un certain Steven, actuel secrétaire au Trésor de l’administration Trump.

Double luxe

À Bruxelles, Clearing s’est ouvert avenue Louise avant un saut audacieux: sortir du quadrilatère Ixelles-St-Gilles pour s’installer avenue van Volxem. "À Forest, nous profitons de la force de gravité du Wiels et de sa programmation d’art contemporain." Ainsi, Lili Reynaud-Dewar, et son ensemble d’installations vidéos et de sculptures dynamiques, "Lady to Fox", actuellement chez Clearing, faisait aussi partie du beau Musée Absent, au Wiels. "Jamais nous n’aurions fait ce pari si nous n’avions pas pleine confiance dans la réponse de Bruxelles."

Clearing fait la part belle au Bruxellois Harold Ancart, présent au salon Independent New York et dans les prestigieuses collections des musées Whitney et Guggenheim. "Depuis ses débuts, son travail croise sculpture et peinture. Il se situe désormais à l’intersection avec l’architecture."

À New York, le Belge devrait prendre part à une initiative des boroughs, Handball Courts, une série de murales. Ancart en a déjà peint dans d’autres cités, chaque fois sur des matériaux locaux: béton coulé à la Fondation Casa Wabi (Mexique), brique de béton à la galerie Kordansky (Los Angeles), brique rouge sur un mur flottant à la Comète (rue Vivegnis, Liège).

Le prochain artiste venu de New York sera le Thaïlandais Korakrit Arunanondchai avec "Our bandages coming loose/Panic song, in a room filled with people with funny names 4", quatrième épisode d’une série de sculptures-performances où la vidéo mêlée de peinture déploie des volumes accidentés.

S’écartant du modèle traditionnel, Clearing s’est conçue selon "un mode horizontal qui explique sa croissance". Sa programmation transatlantique est une conversation interrompue entre Brooklyn et Forest. Une vitalité qui se traduit dans l’âge des artistes, qui ont tous la trentaine. "À l’inverse de l’architecture, le grand chantier d’une galerie se construit au jour le jour, sans plan à long terme, de manière spontanée et réactive, afin de capter au mieux les vents d’un contexte mouvant."

Aujourd’hui, le trio sillonne l’Atlantique. "Olivier vient à Bruxelles, je vais à New York, où j’étais le mois dernier pour la foire Independent". New York, au rythme effréné, ville sans saisons, activité "à jet continu". Bruxelles offre en revanche "un double luxe: du temps et de l’espace", ce qui "favorise la curiosité".

Lodovico Corsini vit l’art avec toute l’intensité possible. Comment voit-il le futur? "Je n’en vois pas un seul, mais plutôt de multiples, comme une étoile à plusieurs branches."

Clearing 311, Avenue Van Volxem 1190 Forest. www.c-l-e-a-r-i-n-g.com

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