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Dans le Sud, les sculptures se vendent au parc

©Sotheby's

À quelques kilomètres des marinas de Nice, Cannes et St Tropez, dans les effluves de lavande, les parcs de sculptures et autres centres d’expositions privés fleurissent. Résidences secondaires de marchands d’art, collectionneurs ou artistes, ces propriétés discrètes ne sont en général accessibles que sur rendez-vous. Par Géraldine Vessière

Depuis quelques années, les lieux d’art se multiplient dans le sud de la France: le château La Coste — vignoble et parc de sculptures du développeur immobilier irlandais Paddy McKillen —, la commanderie de Peyrassol — jardin situé dans les vignobles du château éponyme et abritant des sculptures notamment de Jean Dubuffet, César ou encore Arman —, la Fondation Maeght — fondation privée d’art moderne et contemporain —, celle de l’artiste Bernar Venet — inaugurée il y a un an et rassemblant des œuvres personnelles ainsi que des pièces de sa collection privée —, ou encore la villa Navarra, — propriété d’Enrico Navarra, marchand d’art dont le carnet d’adresses et l’héliport privé ont tout pour susciter la jalousie — en sont quelques-uns.

"Partout ailleurs, le délit d’initié est sanctionné, mais, dans le marché de l’art, il est considéré comme positif..."
Harry Bellet
Journaliste

La galerie Mitterrand est l’une des dernières venues. Un an après l’ouverture de son nouvel espace de 200 m² à Paris, elle a inauguré, le 12 juillet dernier, son propre parc de sculptures privé: le domaine du Muy. "Notre premier désir était de montrer l’art dans un environnement naturel et qui fasse sens, explique Jean-Gabriel Mitterrand. Il était aussi logique de nous installer dans un environnement culturellement riche comme celui de la Côte d’Azur."

Eclectisme

©J.-C. Lett

Pour sa première exposition, qui restera en principe sur le site pendant trois ans, la galerie a créé un parcours reliant 38 sculptures, dont certaines spécialement conçues pour le parc, autour du thème du dialogue entre l’art et la nature. Mêlant des pièces plus anciennes, notamment de Yayoi kusama, François-Xavier et Claude Lalanne, Niki de Saint Phalle ou Keith Haring, et contemporaines, entre autres de John M. Armleder, Isa Melsheimer, Katja Schenker, Subodh Gupta ou Carsten Höller, l’exposition présente un ensemble relativement éclectique, navigant entre passion pour l’art et stratégie commerciale.

Positionnement politique

Dans un environnement hypercompétitif, les galeries redoublent d’ingéniosité pour attirer les acheteurs. Depuis quelques années, une des tendances est l’ouverture d’espaces pouvant accueillir des sculptures monumentales. En 2012, Gagosian inaugurait ainsi une seconde galerie parisienne au Bourget, pour exposer ses pièces de grandes tailles, et, dans le même temps, Thaddeus Ropac créait un espace de plus de 4.500 m² également près de Paris. En 2015, c’est Jean-Gabriel Mitterrand qui se lance dans l’aventure. Il a, pour sa part, décidé d’aller vers le collectionneur, sur son lieu de vacances et dans un centre informel où l’on puisse communiquer, sur le marché de l’art, entre marchands renommés, riches collectionneurs et artistes. Comme le rappelle Harry Bellet, journaliste culture au "Monde" et ancien chef de la rubrique culture du journal, "avoir l’information c’est avoir le pouvoir. Le marché de l’art est un des seuls marchés qui n’est pas réglementé. Partout ailleurs, le délit d’initié est sanctionné, mais dans le marché de l’art, le délit d’initié est considéré comme positif."

©J.-C. Lett

La compétition ne concerne pas uniquement les acheteurs, elle concerne aussi les artistes. Face aux géants comme Gagosian et Hauser and Wirth, il est de plus en plus difficile, pour des galeries de taille moyenne, d’attirer les artistes. En offrant un espace en plein air, dans lequel ils peuvent exposer des sculptures de grande taille, voire en leur passant commande spécialement pour le domaine, le galeriste peut asseoir son autorité, offrir aux artistes un terrain de jeu et développer de bonnes relations avec ceux qu’il ne représente pas, ou pas encore. "Nous avons tant des artistes de la galerie que des artistes que nous ne représentons pas. Cela a été tout un travail de convaincre ces derniers." Pour appuyer sa crédibilité et entrer en contact avec eux, Jean-Gabriel Mitterrand et son fils Edward, ont demandé à Simon Lamunière de concevoir la première édition du parc. Ce commissaire d’exposition et consultant en art, venait avec, dans ses bagages, un carnet d’adresses bien fourni et plus de 25 ans d’expérience, dont 10 ans comme curateur d’Art Unlimited, la section pour les œuvres monumentales présentées à Art Basel.

Ouvert tous les ans de mai à octobre, le parc privé est en principe accessible sur rendez-vous. Le sens des mots "privé" et "accessible" semble cependant prêter à confusion. Les personnes pouvant, in fine, visiter le parc sont-elles tous les amateurs d’art et de sculpture, indépendamment de la taille de leur portefeuille, ou uniquement les "Amis du domaine du Muy", fondation créée pour l’occasion? Les réponses divergent.

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