Des encadreurs férus de peintures du Tibet

©rv doc

Le 11 mai à Londres, la collection Jongen-Schleiper de thangkas tibétains a atteint des sommets chez Bonhams.

Pas un seul invendu et un chiffre d’affaires quatre fois supérieur à celui qui avait été initialement prévu (estimation basse), c’est le genre de destin que toute maison de ventes aux enchères souhaiterait à chacune des vacations qu’elle organise. Il y a dix jours à Londres, dans une salle pleine et avec des enchérisseurs venus aussi bien d’Asie et d’Europe que des États-Unis, Bonhams en a fait l’heureuse expérience lors de la dispersion de 49 lots de thangkas tibétains provenant d’une collection privée belge; rassemblé par Jeannette "Claude" Jongen et Eric Schleiper, qui fut à la tête de l’entreprise bruxelloise spécialisée dans l’encadrement et les fournitures artistiques, cet ensemble relativement exceptionnel de peintures sur tissu s’est en effet négocié pour pratiquement 2,2 millions de livres sterling!

Schleiper

Fondée en 1892 par un vitrier bruxellois bien décidé à s’investir dans la production artisanale de miroirs et de cadres, Schleiper fait office depuis plus d’un siècle de véritable success-story à la belge, avec dix magasins répartis à travers le pays et la détention depuis 2013 du prestigieux titre de Fournisseur Breveté de la Cour de Belgique.

Ayant contribué à moderniser la gestion de l’entreprise familiale, Eric Schleiper épousa en 1968 la fille d’un alpiniste ayant gravi des sommets au Pérou comme dans la chaîne himalayenne; six ans plus tard, tous deux effectuèrent un voyage de plusieurs mois au Népal, au cours duquel ils s’éprirent d’une profonde passion pour l’art bouddhiste. Dans la galerie qu’elle avait ouverte à Bruxelles, avec une exposition inaugurale consacrée à l’œuvre de Pablo Picasso vue par Marie-Thérèse Walter, Claude Jongen montra ainsi en 1978 une bonne partie des thangkas en leur possession.

Claude Jongen et Eric Schleiper éprouvent une profonde passion pour l’art bouddhiste.

La même année, Armand Neven publia bon nombre d’entre eux dans ses Études d’art lamaïque et de l’Himalaya, une publication de référence en la matière. Mais l’intérêt du couple Jongen-Schleiper ne se limita pas à ces peintures dont le nom signifie littéralement "chose que l’on déroule", puisque, en novembre 2015, Bonhams eut le privilège de mettre en vente vingt-et-une sculptures en bronze chinoises et himalayennes passées entre leurs mains.

Une relation de confiance

Le succès fut très clairement au rendez-vous avec un montant global dépassant la barre des 400.000 livres sterling et quelques très belles enchères, à l’instar de ces 60.000 livres sterling obtenues par une représentation tibétaine de l’Arhat Bhadra datant du 17e siècle et dont la fourchette d’estimation était comprise entre 7.000 et 9.000 livres sterling! Ou encore de ces 50.000 livres sterling ayant été offertes pour cette figure de Padmasambhava à la valeur estimée au départ entre "seulement" 9.000 et 12.000 livres sterling.

Avec de telles performances et pas un seul invendu à la clef, il était donc assez logique que Bonhams se voie confier en ce printemps 2017 la dispersion de leur splendide collection de thangkas. Et ce d’autant plus que certaines pièces étaient réputées comme tout à fait rarissimes, à l’image de cette série de trois grandes compositions (266,5 x 165,5 cm la pièce, bordure comprise) présentant la lignée de réincarnation des panchen-lamas du monastère de Tashilhunpo, soit les suiveurs directs dans la hiérarchie du bouddhisme au Tibet du dalaï-lama.

Et les connaisseurs ne s’y sont pas trompés, puisque ce splendide travail du début du 19e siècle (c. 1835) à la valeur estimée entre 200.000 et 300.000 livres sterling a finalement changé de mains contre 551.000 livres sterling! De quoi prendre largement la tête de la vacation.

L’amour du beau

Néanmoins, le résultat le plus impressionnant de toute la vente doit certainement être crédité à un thangka en soie (80,5 x 55,5 cm) montrant le Ratnagni Bouddha, l’un des trente-cinq Bouddhas de la Confession, et ayant été commissionné au 18e siècle par un certain Rinchen Ngodrub, habitant au Tibet.

À l’origine, il semble que la réalisation de chaque composition ait été demandée par une personne ou une famille différente. À l’heure actuelle, seule celle ayant appartenu aux Jongen-Schleiper est connue des spécialistes.

Une rareté et une grande finesse d’exécution qui ont apparemment convaincu un enchérisseur de se délester de 311.000 livres sterling pour s’en emparer alors que Bonhams n’en attendait pas plus de 20.000 à 30.000 livres sterling! La preuve, une fois de plus, que quand l’on aime, ou du moins que la perle rare se présente, l’on ne compte pas.

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