chronique

Enfin la vente du siècle?

Le 27 janvier à New York, Sotheby’s mettra en vente la dernière partie de la collection du milliardaire américain Alfred Taubman. Avec plus de réussite qu’en 2015?

Au début de novembre 2015, et ce en dépit d’une communication impeccable, la "vente du siècle" n’avait pas vraiment eu lieu chez Sotheby’s à New York. Estimés entre 374,8 et 526,5 millions de dollars, les 77 chefs-d’œuvre de la collection d’art moderne et contemporain de son ancien et célèbre propriétaire Alfred Taubman (1924-2015) avaient tout juste ramené 377 millions de dollars, tandis que le reste de cet ensemble estampillé "An Eye for Art" s’était, lui, négocié à 42,7 millions de dollars.

Le 18 novembre, 13 millions de dollars supplémentaires avaient toutefois été obtenus pour ses œuvres d’art américain, dont 5,85 millions de dollars rien que pour une immense huile sur toile de Martin Johnson Heade (1819-1904) représentant un "Coucher de soleil en Floride" (1887). Un prix synonyme de nouveau record du monde pour ce représentant de l’Hudson River School, mais tout de même bien en deçà de ce qui avait été espéré par Sotheby’s, c’est-à-dire de 7 à 10 millions de dollars. Restait donc l’art ancien, prévu le 27 janvier 2016, pour tenter d’enfin mériter ce titre si souvent galvaudé de "vente du siècle"…

Le nerf de la guerre

Le soir du 4 novembre, Sotheby’s semblait en fait avoir un peu pêché par gourmandise vis-à-vis des Masterworks rassemblés par Alfred Taubman, ce "self-made-man" d’origine juive allemande qui, parti de la vente de chaussures pour financer ses études d’architecture, avait fini par devenir le roi des centres commerciaux aux États-Unis. Que ce soit par excès de confiance dans le pouvoir de séduction de cette provenance, ou bien par obligation de satisfaire aux conditions des héritiers du défunt milliardaire (sommés de régler des droits de succession astronomiques), Sotheby’s les avait très "légèrement" surestimés.

Au final, tout s’était certes pratiquement vendu (90%), mais à des prix bien plus bas qu’espéré. Une clef du succès de la vente de mercredi prochain à New York résidera donc dans la capacité de Sotheby’s à avoir tiré les enseignements de cette déconvenue pour proposer des prix plus réalistes. Prévue la veille de la Master Paintings Evening Sale, où sera notamment mise en vente, entre 25 et 35 millions de dollars, une superbe "Danaé" d’Orazio Gentileschi (1563-1639), cette partie de la collection d’Alfred Taubman est censée lui permettre d’engranger entre 21 et 30 millions de dollars. Et, qui sait, peut-être de beaux résultats à la clef.

Du Baroque italien à Gainsborough

Ce qui est sûr, c’est que ce soir-là, il y en aura pour à peu près toutes les bourses. Alors que, de son côté, Christie’s devrait, pour la première fois, faire l’impasse sur les ventes new-yorkaises de maîtres anciens, Sotheby’s proposera un peu moins d’une septantaine de pièces, dont certaines accessibles à partir de quelques milliers de dollars. Comme une séduisante sanguine (12.000 – 18.000 USD) de Niccolo Circignani (c.1517-c.1598), dit Il Pomarancio, ayant auparavant appartenu à Michel Gaud, médecin français bien connu dans le domaine des œuvres anciennes sur papier.

©Sotheby's

À l’opposé, dans une fourchette située entre 3 et 4 millions de dollars, on retrouvera Thomas Gainsborough (1727-1788), avec "The Blue Page", qui, jusqu’il y a encore peu de temps, était regardée comme préparatoire à l’une de ses plus fameuses toiles, "L’Enfant bleu" (c. 1770), conservée à la Bibliothèque Huntington de San Marino en Californie.

En réalité, il s’agirait plutôt de deux peintures distinctes représentant la même personne, à savoir un neveu de l’artiste. Juste un cran en dessous, un "Portrait en buste de Valerio Belli" (1517) par Raphaël (1483-1520) — l’une des dernières toile du maîtreen mains privées — devrait se négocier entre 2 et 3 millions de dollars. Resté dans la collection de ce graveur médailleur romain jusqu’à sa mort en 1546, il fut acheté en 1987 par Taubman chez Sotheby’s en provenance de l’historien d’art britannique Kenneth Clark, connu pour ses apparitions à la BBC dans l’émission "Civilisation".

Enfin, le versant baroque italien de cette belle collection sera emmené par un "Couronnement d’épines" (c.1615) datant du tout début de la carrière du peintre Valentin de Boulogne (1591-1632). Longtemps en prêt au Detroit Institue of Arts, ce tableau d’inspiration caravagesque est attendu entre 1,5 et 2 millions de dollars.

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