Galila Barzilaï ouvre enfin sa collection d'art au public

Galila Barzilaï Hollander. ©saskia vanderstichele

Depuis 15 ans, Galila Barzilaï Hollander déniche l’art de demain. P.O.C., son immense galerie privée, s’ouvre au public ce samedi, à Forest, à deux pas du Wiels, de la Fondation A et de la galerie Clearing.

À peine franchi le portail d’acier gris digne de l’agent Double-Zéro-Sept, la maîtresse de maison m’accueille mains jointes dans son bunker-loft lumineux. Un banquet est dressé sur une table: saucissons, jambons, pains généreux, grappes de raisins. Détrompe-toi, visiteur, tout est faux. «Comme dans la vie, on ne sait pas ce qui est vrai. Cela perturbe le regard, sans méchanceté, car on peut dire des choses sérieux en ne l’étant pas, ou l’inverse», sourit Galila Barzilaï (sourire qui se devine au pétillement des yeux sous le masque pied-de-poule noir et blanc assorti à la tenue plissée Issey Miyaké; elle ne porte que cela, à la plage ou au supermarché: elle vit dans les plis du plissé).

Visites

Galila’s P.O.C.
Collection privée de Galila Barzilaï
Expo inaugurale: 400 œuvres agencées en thématiques dans un espace industriel des fifties, revu par l’architecte Bruno Corbisier.

Premières dates: 24/10/20 (de 10h à 11h30), 31/10/20 (de 10h à 11h30 et de 14h à 15h30), 07/11 (de 14h à 15h30).

Visites d’1h30 guidées par la collectionneuse (masque obligatoire).

Une veste géante est posée sur le dossier d’une chaise monumentale de Peter Holst Henckel («Explaining Adulthood to Children», 2018): «Son propriétaire s’est absenté pour faire un régime», et si elle se juche sur cette chaise, les jambes ballantes, elle voit le monde avec des yeux d’enfant. Ainsi, dès qu’elle prend possession d’une œuvre, elle entre chez elle et en elle. Ici, dit-elle, je suis une ermite et, il règne un silence qui féconde des bruits.

Nous entamons notre marche dans ces profondeurs. Mme Barzilaï se baisse pour éclairer une malle imposante de Patrick Reynaud («Theatro Anatomico», 1990) dont elle soulève le couvercle: au fond, le corps d’un homme nu, qui dort ou qui est mort. Ah non, ce n’est que la photo de cet homme. «J’ai mal lu les dimensions sur la photo du catalogue de vente et cru à une boîte de conserve.» La boîte s’est révélée malle, et ce nu de papier y était couché.

Chaque thème forme une grappe de pièces. Ainsi, les billets de banque: la brouette de billets de 500 euros (aussi faux que les saucissons) de Piet Van («Sit on Millions», 2009). «Une partie s’est décolorée à la lumière. J’ai donc installée la brouette en deux piles: la pile de 500 euros décolorés, c’est l’argent que j’ai blanchi. L’autre pile, c’est celui que je dépense…»

P.O.C. (Passion-Obsession-Collection)

P.O.C. (Passion-Obsession-Collection) a ouvert le 13 mars 2019. Cette dénicheuse se veut une «chasseuse-chineuse de jeunes artistes» et «moi qui suis une découvreuse inculte, je mets un point d’honneur à avoir vu juste»… avant les grands musées: c’est là qu’elle puise son «adrénaline».

©saskia vanderstichele

L’apparition de sa collection est née de la disparition de son mari, en septembre 2004. «Le 13 mars 2005, c’était son premier anniversaire après sa mort. J’étais veuve et désemparée: dans le veuvage, les femmes sont souvent plus seules que les hommes. J’ai décidé de partir pour un foyer d’énergie: New York. Voyant partout des affiches de l’Amory Show (la foire internationale des galeries contemporaines, ouverte de février à juin, NDLR), j’ai cru à une exposition… d’armures!»

«Comme dans la vie, on ne sait pas ce qui est vrai. Cela perturbe le regard, sans méchanceté, car on peut dire des choses sérieux en ne l’étant pas, ou l’inverse.»
Galila Barzilaï
Collectionneuse

C’est l’un des charmes de notre chasseuse: elle se moque d’elle-même avec grâce. Dans le labyrinthe newyorkais, elle se sent «femme voilée qui retire le voile» qu’elle avait devant les yeux. Elle y achète sa première pièce, une encre sur papier de Tom Fowler, portant 11.500 fois le mot «Why», «écho de mon état du moment».

Aux côtés des totems filés de cuivre d’Alice Anderson ou des livres personnels de Galila Barzilaï entrelacés par Chiharu Shiota, les surprises visuelles magistrales construites sur des riens foisonnent autour de ses obsessions (l’œil, le livre, le mot, l’objet usuel): un dendrite-rhizome de déchets électriques du Tchèque Kristof Kintera, les doubles lunettes pour lire entre les lignes d’Otavio Schipper («Eyeglasses for Ernst Lanzer #1», 2015), les volumes voluptueux au bic bleu de Thomas Muller ou les enveloppements de papier, de béton, de bois et de métal d’une grâce matérielle du Brésilien Simon Lucas, «qui n’a pas la reconnaissance qu’il mérite». C’est ce qu’elle offre ici.

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