Gertrud a trouvé un bon parti

©Klimt

Les 23 et 24 juin à Londres, Christie’s et Sotheby’s ont procédé à leurs grandes ventes estivales d’art impressionniste et moderne.

Comme l’année dernière, c’est Sotheby’s qui a clairement fait la plus forte impression, lors des ventes estivales d’art impressionniste et moderne, avec une vente du soir ayant rapporté, à elle seule, la coquette somme de 178,6 millions de livres sterling, là où Christie’s ne devait en générer "que" 71,4 millions. Pourtant, lorsqu’on regarde de plus près ses résultats, cette dernière n’a pas vraiment à rougir de sa performance: 84% de ses lots ont, en effet, trouvé preneur le soir du 23 juin, ce qui représente une nette amélioration par rapport à juin 2014 où, en dépit d’un chiffre d’affaires certes un peu supérieur (85,7 millions de livres sterling), ce ratio était tombé à quasiment 60%…

Christie’s

Comme pour souligner cette progression, c’est d’ailleurs un tableau de fleurs de Claude Monet (1840-1926), "Iris mauves", qui s’y est le mieux vendu, atteignant 10,8 millions de livres sterling alors qu’on en espérait plutôt entre 6 et 9 millions. Relativement tardive, puisque réalisée entre 1914 et 1917, cette grande huile sur toile mesurant deux mètres sur un n’était pas sans rappeler qu’il y a tout juste un an, Sotheby’s devait, en grande partie, la belle réussite de sa vente londonienne à des "Nymphéas" datant de 1906. Ayant par le passé appartenu au célèbre marchand parisien Paul Durand-Ruel, ceux-ci avaient alors été adjugés 31,7 millions de livres sterling.

178,6 millions de livres pour Sotheby’s, 71,4 pour Christie’s. Rareté et qualité continuent à faire prospérer les vendeurs d’œuvres d’art consacrées par l’histoire.

Au tableau des meilleures enchères de la soirée, juste derrière ces iris de Monet, on retrouve une huile sur toile de Kees van Dongen (1877-1968) intitulée "Anita en almée" (1908) et une "Tête de jeune homme" assez tardive (1969) de Pablo Picasso (1881-1973), adjugées respectivement pour 4,1 et 4,4 millions de livres sterling. Mais ce sont surtout plusieurs gouaches sur papier de René Magritte (1898-1967) qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu chez Christie’s. "Le chant d’amour", datant des environs de 1962 et représentant trois pommes de couleurs différentes (bleu, jaune et rouge), y a changé de mains contre 1 million de livres sterling, soit le double de son estimation haute (300.000-500.000), tandis que "La grande marée", exécutée vers 1957, a été adjugée 1,2 million de livres sterling alors qu’on en espérait plutôt entre 600.000 et 900.000. À noter que toutes deux provenaient, selon le catalogue, d’une collection privée belge.

Quant au "Baiser" (c. 1957), un fameux oiseau de ciel acheté 1,2 million de livres sterling au même endroit en février 2010, celui-ci a été revendu juste au-dessus de sa fourchette d’estimation (1,2-1,8 million de livres sterling) à 1,9 million de livres sterling.

Sotheby’s

Le lendemain soir, la maison de New Bond Street a tout simplement réalisé la seconde meilleure performance de son histoire à Londres! Et ce sans grande surprise, tant son catalogue recelait des œuvres susceptibles de lui assurer un résultat compris entre 140 et 203 millions de livres sterling. Même si, au final, son ratio d’invendus n’a pas vraiment été plus positif que celui de Christie’s (84% également), son produit total est finalement de 178,6 millions de livres sterling. En tête d’affiche figurait un magnifique "Portrait de Gertrud Loew" par Gustave Klimt (1862-1918).

©REUTERS

Peinte en 1902, cette effigie d’une jeune Juive de Vienne aux allures très whistlériennes avait été malheureusement abandonnée en 1938 par ses propriétaires face à la menace nazie. Échouée dans les mains de l’un des fils de Klimt, Gustav Ucicky (1899-1961), par ailleurs cinéaste de propagande pour le régime hitlérien, celle-ci aura mis près de 75 ans avant de revenir à la Klimt Foundation et aux descendants de Gertrud Loew! Estimée entre 12 et 18 millions de livres sterling, cette peinture a finalement trouvé preneur contre 24,7 millions de livres sterling, ce qui constitue par la même occasion le deuxième meilleur résultat pour un portrait de Klimt.

©Klimt

Mais ce n’était pas pour autant la seule attraction de la soirée chez Sotheby’s puisqu’il y avait également une première version du célèbre "Bar aux Folies-Bergère" (1881) d’Édouard Manet (1822-1883), dont la dernière apparition sur le marché de l’art (c’était en juin 1994, déjà chez Sotheby’s à Londres) avait alors été couronnée par un résultat de 4,4 millions de livres sterling. Estimée cette fois entre 15 et 20 millions de livres sterling, cette ancienne pensionnaire du Stedelijk Museum d’Amsterdam, où elle fut en prêt de 1930 à 1993, a changé de mains contre 16,9 millions de livres sterling. Rareté et qualité continuent à faire prospérer les vendeurs d’œuvres créées par les artistes les plus célèbres de l’histoire de l’art.

Note: tous les prix mentionnés ci-dessus s’entendent frais inclus.

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