Jan Fabre, chevalier du désespoir, guerrier de la beauté

L'artiste Jan Fabre devant "ses Reines", aux Musées royaux des Beaux Arts. ©BELGA

Double exposition de Jan Fabre aux Musées royaux des Beaux-Arts et à la galerie Templon, qui réunissent le diptyque présenté en 2016 dans les collections d’art flamand de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg.

Aux Musées royaux des Beaux-Arts, Fabre investit la salle consacrée à Jacob Jordaens avec huit bas-reliefs en marbre de Carrare représentant les femmes qui ont compté dans sa vie – ses "Queens". Des collaboratrices, des actrices reproduites en "haut-relief" plutôt, tant le rendu sculpté de ces portraits de profil sont d’un raffinement extrême, les boucles d’oreille, par exemple, se détachant parfaitement du marbre.

©BELGA

Jouant de la collision temporelle, ces souveraines sont d’ailleurs représentées dans des tenues parfois très modernes, au milieu des Jordaens – au nombre de huit également, parmi lesquels deux versions du "Roi boit" – et toujours représentées d’un chapeau pointu, référence au côté carnavalesque: des reines d’un jour anoblies par le chevalier Fabre qui se présente comme un "knight of dispair, warrior of beauty".

Car, cette fois, s’il ne se met pas en scène, c’est tout de même lui qui les fait "Barbara de Bruges" ou "Gerda d’Anvers". Sauf dans le cas de la princesse Elisabeth, héritière du trône de Belgique, elle aussi coiffée d’un hennin conique fort noble, qui sourit en jeans par dessous. Statufiée en pied par l’artiste, grand ami de la famille royale, et postée dans le musée au milieu de ces "anciennes" dames qu’elle a pour compagnie, cette jeune fille en fleurs fait face à la martiale statue de Léopold Ier, son aïeul.

Voilà donc l’entomologiste de l’art contemporain devenu, non pas sculpteur officiel, mais artiste de la cour… et en effet très en cour auprès de la future reine.

Der blaue Reiter

À la galerie Templon, en opposition aux bas-reliefs et statues en marbre de carrare du musée, Jan Fabre présente des œuvres au stylo à bille, à partir de photos représentant certains de ses comédiennes et comédiens, symbolisant d’une part la ville d’Anvers ou personnifiant le Bacchus de Rubens, l’un de ses "anciens maîtres". Car cette série a également été présentée à l’automne 2016 au musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg, dans les salles consacrées à Rubens, cet autre génie anversois que la Métropole s’apprête à célébrer. Quant aux marbres de Fabre, ils trônaient dans la salle des Van Dijck, un autre "antwerpenaar".

JAN FABRE en deux expos

"Jan Fabre: My queens"

Jusqu’au 19/8, aux Musées royaux des Beaux-arts. Fine-arts-museum.be

"Jan Fabre: The Appearance and Disappearance of Antwerp/Bacchus/Christ"

Jusqu’au 2/6 à la galerie Templon, 13a rue Veydt, 1060 Bruxelles. www.templon.com

En s’affichant aux côtés de Rubens, Fabre la joue modeste et moins narcissique qu’à son habitude. Ses œuvres au bic bleu, qui ont des allures d’impressions en offset, reprennent les postures corporelles pratiquées par son aïeul mais en les plongeant dans le clair-obscur de l’heure bleue, entre chien et loup et qui autorise toutes les libertés. Une démarche récurrente dans l’œuvre de l’artiste et dramaturge flamand qui réduit ici le baroque rubénien à une "citation postmoderne", comme l’a bien définie Paul Huvenne, ancien administrateur du Musée des Beaux-Arts d’Anvers.

Afin de rompre la monotonie de ces sujets "passés au bleu", Fabre les flanque de trois bustes en plâtre qu’il pare d’une fourrure de renard, de belette ou de blaireau… ajoutant symboles aux symboles.

Pour compléter ce tableau singulier, une vidéo montre Fabre en armure, arpentant l’Ermitage dans un bruit de casseroles et embrassant sculptures et toiles de Rubens. Une sorte de Don Quichotte qui aurait viré sa Rossinante dans ce "Love is the power supreme", un belgian knight entre Monty Python et Excalibur, entre carnaval et aspiration nobiliaire, autodérision et mégalomanie. Car ce désormais vieux chevalier des arts est loin d’être un… bleu.

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