Knokke | Le marché de l'art n'est pas... Knokke-Out

Les dromadaires de Jean-Marie Appriou, à voir chez Clearing au Cwart, à partir du 18 juillet. ©Brecht Van Maele

Foires annulées, espaces disponibles et clients sur place: le covid est devenu une opportunité en or pour les galeries d'art qui débarquent en force à Knokke, comme Dvir, Ben Brown, Mendes Wood, Maniera, Rodolphe Janssen et Clearing...

Cela fait un quart d'heure que nous avons quitté à vélo les bouchons de Range Rover, Porsche et Ferrari sur l'avenue Lippens. Dans les faubourgs de Knokke, les villas de style anglo-normand se raréfient à mesure qu'elles prennent du volume et il n'y a bientôt plus âme qui vive lorsque la station balnéaire se confond avec le début des polders. C'est dans cette lande que se déploie le Cwart, une vaste ferme réaménagée qui, depuis moins de trois ans, ouvre ses espaces gigantesques et son parc aux artistes émergents.

C'est ici que la galerie new-yorkaise et bruxelloise Clearing plante sa résidence d'été à partir du 18 juillet. Dans le parc, s'installe déjà tout un bestiaire géant – un crabe de pierre du duo français  Daniel Dewar & Grégory Gicquel, des tubulures roses en forme d'araignées de l'artiste bruxellois Koenraad Dedobbeleer et des dromadaires en alu de Jean-Marie Appriou, toisant l'horizon. "C'est la première fois depuis ses chevaux de Central Park, inaugurés en septembre 2019, que l'artiste français réalise une sculpture monumentale", explique Stéphanie-Victoire Haine, sale associate chez Clearing. "Il y a une part d'enfance chez lui. Avec Knokke en toile de fond, l'œuvre vibre à l'horizon, c'est magique. On est vraiment bien ici!"

30 artistes exposés

À l'heure où nous découvrons le lieu, l'exposition est encore en plein montage. Une soixantaine de cimaises s'érigent à l'intérieur pour rythmer la scénographie entre les 30 créateurs exposés, tandis que la jeune artiste Charlotte vander Borght taille à la meuleuse des panneaux métalliques dans des gerbes d'étincelles. "C'est la première fois que je fais des sculptures aussi grandes, car mon atelier à New York est plus petit", dit-elle. Avec la fermeture des frontières, elle s'est retrouvée confinée dans l'atelier qu'elle avait conservé à Bruxelles. "Une période géniale, méga-productive et hyper-immersive!", lance-t-elle devant l'une de ses sculptures qui redresse en un geste architectural des morceaux de parement d'un immeuble des années '70 qu'elle a récupérés à Paris et qui délivre une réflexion brute sur la déshumanisation des villes, l'obsolescence de la production industrielle et le recyclage d'un monde durable.

"J'ai toujours envisagé de faire une exposition à Knokke mais nous n'avions jamais trouvé le bon contexte. Ici, c'est une opportunité très particulière."
Lodovico Corsini
Clearing Gallery

"Cela fait deux mois et demi qu'on planche sur ce projet. J'ai toujours envisagé de faire une exposition à Knokke, mais nous n'avions jamais trouvé le bon contexte. Ici, c'est une opportunité très particulière", intervient Lodovico Corsini, le galeriste. "Le Cwart est utilisé pour faire des expositions et des événements, mais avec la crise, tout a été annulé. On a sauté sur l'occasion dès le début du confinement pour l'aménager et montrer le programme de notre galerie dans toute son ampleur et les artistes dont on aime le travail – une vingtaine que nous représentons et quelques invités."

À l'intérieur du bâtiment central, on est immédiatement attiré par les moulages de piscines californiennes du jeune artiste belge vivant à New York Harold Ancart, comme s'il avait matérialisé les toiles de David Hockney, tandis qu'au mur, le sculpteur afro-américain Hugh Hayden présente ses poêlons en fonte où il a moulé des têtes d'esclaves pour revendiquer ce que leur doit la culture américaine.

Les piscines californiennes de Harold Ancart chez Clearing, au Cwart. ©Brecht Van Maele

Les lasers diaboliques de Matt Copson

Dans la pièce attenante, l'irrévérencieux renard du Londonien Matt Copson fascine avec son animation en lasers de discothèque et la voix sarcastique de son créateur, révélé l'an passé par la Fondation Louis Vuitton, à Paris. Plus loin, on est happé par la sculpture organique de Marguerite Humeau, l'anti-Louise Bourgeois, qui traduit les découvertes scientifiques sur le vivant dans des formes inédites. Aussi complexes que sont simples les marines délavées à la tempéra que peint le Breton Loïc Raguénès devant sa fenêtre sur le large. Une série qui ouvre un horizon à la grande salle consacrée à la peinture.

"Beaucoup de collègues sont d’ailleurs venus à Knokke pour sauver leur année..."
Quentin Grosjean
GQ Gallery

Avec soixante enseignes, Knokke ne manquait pas de galeries d’art. Mais traditionnellement, le mois de juillet vide les galeries aussi vite que se remplissent les appartements de la digue. "On appelle juillet le mois des locataires et août, le mois des propriétaires", glisse Quentin Grosjean, le jeune propriétaire de la QG Gallery, qui vient de fermer son espace bruxellois pour se concentrer sur celui qu'il a ouvert sur la digue du Zoute. "Mais cette année, la donne a changé. Avec le confinement et malgré le fait que les frontières sont rouvertes, les gens voyagent moins. On a tous fait un effort pour inaugurer en juillet l’exposition qu’on aurait dû ouvrir en avril", dit-il en nous montrant les superbes études préparatoires aux sculptures aléatoires de Bernar Venet qu’il expose jusqu’au 31 juillet. "Beaucoup de collègues sont d’ailleurs venus à Knokke pour sauver leur année..."

"Il y a une dynamique incroyable depuis que nous sommes ouverts, début juillet. Grâce au Covid, on a très vite réalisé que les Belges seraient Knokkois cet été", s’enthousiasme Aude de Vaucresson, spécialiste en arts moderne, contemporain et africain chez Artcurial. Une première pour la maison de ventes aux enchères française qui avait vu tout son calendrier chamboulé et tente pour la première fois une vente privée dans la vaste galerie mise à sa disposition par Maurice Verbaet au 738, Zeedijk. Une vitrine qui donne le tournis avec de somptueux Andy Warhol, Yves Klein, Sam Francis, Paul Bury, Evelyne Axell et Louise Bourgeois.

"On voulait être proches de nos collectionneurs belges parce qu’habituellement, on est toujours ailleurs, dans les foires internationales."
Julie Senden
Rodolphe Janssen Gallery

Même son de cloche chez Rodolphe Janssen qui expose la production du confinement du jeune peintre anglais formé à La Cambre, Douglas Eynon. "Même s’ils partent, les gens ne vont pas aller très loin", croit savoir Julie Senden, directrice de la galerie bruxelloise. "On voulait être proches de nos collectionneurs belges parce qu’habituellement, on est toujours ailleurs, dans les foires internationales, pour voir nos collectionneurs américains ou sud-américains." L'annulation de ces foires a en effet mis a mal le chiffre d'affaires des galeries. David Zwirner, le pape du marché de l'art, parlait de 30% de pertes depuis janvier (L'Echo du 4 juillet). Mais la galeriste botte en touche: "Difficile d'évaluer nos pertes car nous avons aussi eu moins de frais."

Bernar Venet, Steel & Paper. ©QG Gallery

Helmut Stallaerts contre les BCBG, tout contre

Tout à côté, près de la devanture de la galerie commune d'Albert Baronian et Yoko Uhoda, l'artiste Helmut Stallaerts discute le coup avec sa muse, qu'il a peinte sur de l'écorce de bouleau, et n'a manifestement cure de ces considérations mercantiles. Après un couplet contre la presse qui remâche les horreurs du monde comme du chewing-gum et contre les BCBG du cru qu'il salirait bien au paintball, il nous somme de revenir à l'essentiel: "Keep your fucking inner child! Je laisse parler l'enfant en moi et je crée un 'shortcut' [raccourci, NDLR] vers ce qui est tué par la société – l'imagination, le rêve, l'inconnu, l'amor fati [l'amour de la destinée, NDLR]. Je préfère les gens étranges et les marginaux qui acceptent de voir le monde tel qu'il est que ces gens qui veulent paraître parfaitement clean et normaux. Mais j'aime Knokke, hein!" Et, manifestement, Knokke aime les artistes cet été.

"Tower", le nouvel obélisque de 22 mètres, signé Thomas Lerooy, sur la digue, vers Duinbergen. ©Brecht Van Maele

Nos coups de cœur et adresses à Knokke

À partir du 18 juillet, le galerie bruxelloise et new-yorkaise s'installe au Cwart avec 30 artistes de premier plan. À couper le souffle. Espace de restauration et de dégustation de vin attenant.

Kalfstraat 42

Jusqu’au 31 juillet la galerie expose les très beaux dessins préparatoires des sculptures en acier de Bernar Venet.

Zeedijk 723

Ben Brown Fine Arts, Londres et Hong Kong, ouvre son premier Pop-Up d'été à Knokke, vous pourrez y voir une sélection d'œuvres emblématiques d'artistes de galeries et de maîtres du XXe siècle. 

Zeedijk 794

La salle de vente prend sa résidence d’été grâce à la Maurice Verbaet Gallery qui met son espace à disposition.

Zeedijk 738

L’excellente galerie israélienne est présente pour la première fois à Knokke le temps d’un été. 

Lichttorenplein 14

Avec pour ambition de renforcer ses relations belges (collectionneurs, artistes et institutions), la galerie s’installe à Knokke avec une proposition à long terme. Le rythme est donné avec des expositions qui changent toutes les deux semaines. 

Zeedijk 736

Sam Francis, Aaron Young, Koen Vanmechelen, Kris Martin, Jan Fabre, Sam Francis, Niki de Saint Phalle, Yves Klein, Folon... What else?

Albertplein 15

A partir du 8 août,  la galerie présentera sa première exposition avec de l’artiste britannique Keith Coventry.  Les peintures et les sculptures de Coventry filtrent les sujets quotidiens à travers la lentille de l'idéalisme moderniste.

Zeedijk 758

L’expo "Hovering" présente la nouvelle série "Float and Drop" de Paul Kremer, des toiles aux couleurs restreintes et aux formes minimalistes où règne une sorte d’incertitude entre deux états.

Kustlaan 90

La galerie expose Gideon Kiefer jusqu’au 19 juillet. Des lignes de perspective explicites au crayon ou des ajouts sous forme de collages, du cordon ou du métal transforment l'approche classique de la peinture.

Zeedijk 735

"Surroundings" avec Tadashi Kawamata - Fischli & Weiss - Beat Streulli - Robert Mapplethorpe - Dan Graham - Jef Wall - Guy Van Bossche - Marc Vanderleenen - Bradley Kronz - Maria Ikonomopoulou - Jack Early - Andy Warhol.

De Wielingen 14

Regine Schumann & Maxime Christiaensen.

Zeedijk 729

Bram bogaert, Klein, Alechinsky, Keith Haring,…

Zeedijk 720

Jules Schmalzigaug, du 1er août au 11 octobre.

Zeedijk 759

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