L'ancien snack devenu galerie influente

D’un centre commercial en déconfiture est né un étonnant assortiment de galeries d’art, chausée de Waterloo, à Uccle. ©doc

Longtemps en déshérence, la galerie commerçante Rivoli s’est muée en un épicentre de galeries d’art, à l’initiative de Francesco Rossi, suivi par Xavier Hufkens et une vingtaine d’autres galeristes.

Chaussée de Waterloo, dans cette rue où les McDo, Di, Zeeman, Veritas, C&A sont les vedettes, qui pourrait imaginer que se trouve un splendide écrin composé de galeristes spécialisés dans l’art contemporain, la galerie Rivoli? L’initiateur de ce projet fou: Francesco Rossi.

C’est en 1977 que l’architecte Vincent Demeester conçoit le Rivoli, un projet immobilier ambitieux et postmoderniste comprenant huit étages d’appartements, un parking et surtout un centre commercial luxueux. Entouré d’une série d’arcades monumentales, l’immeuble est un hommage au quartier parisien éponyme. En décembre 1979, à l’ouverture, les archives de l’époque décrivent des "promotions de rêve", la possibilité de "gagner une auto", et même une… "garderie"! La ferveur sera de courte durée. Deux ans plus tard, le centre commercial commence inexorablement à se vider. La raison? "L’économie se portait bien à l’époque. Les propriétaires en ont profité pour augmenter le loyer des commerçants, raconte Francesco Rossi. Et l’État a imposé à tous les magasins des précomptes immobiliers extrêmement élevés dont nous faisons encore les frais aujourd’hui."

Du sang neuf à la Galerie Rivoli

Au vernissage de nouvelles expositions à la Galerie Rivoli, ce dimanche 12 janvier, nous avons épinglé les tableaux envoûtants de l’artiste chinoise Li Wei aux paysages verdoyants, d’une extrême délicatesse qui allie à une esthétique mélancolique une précision technique troublante (Alice Mogabgab Gallery). C’est un hommage à Marcel Broodthaers que rend le tout jeune peintre Antoine Goossens dont le remarquable «Merci Marcel» entouré de moules flottantes (Zwart Huis). Côté céramique, on fonce voir les trophées de la Russe Alice Nikolaeva qui s’interroge avec humour sur la nécessité de devoir toujours gagner (La peau de l’ours).

Les collages de Jesse Willems sont une union merveilleuse entre dadaïsme et abstraction. Quant à Albert et Eliza Pepermans, ils exposent dans le même lieu: des natures mortes à l’âme matissienne pour la fille et des dessins abstraits beaucoup plus «rock» pour le père (Schönfeld Gallery). Enfin, David Quinn nous désarme totalement avec les teintes naturelles et l’univers tellement poétique et organique de ses carnets de notes minimalistes (Rossicontemporary).

M. H.

Un poids bien trop lourd à supporter pour les commerçants qui commencent à déserter un par un les lieux, laissant à l’abandon de nombreuses boutiques de luxe. C’est en 2008 que Francesco Rossi achète "au prix le plus bas de Bruxelles" une toute petite boutique de 30m2. L’ancien snack déserté, puis squatté pendant des décennies, se transforme en galerie – la Rossicontemporary. "C’était vraiment très spécial comme ambiance… Il y avait des boutiques de brol et de voyantes qui avaient ouvert entre-temps aux couleurs et à l’esthétisme incohérents. Sans parler des nombreux sans-abris qui y avaient trouvé refuge."

Bon an mal an, Francesco Rossi tient le coup, seul, malgré l’impopularité des lieux. En 2011, l’impensable se produit. Le très réputé galeriste Xavier Hufkens fait l’acquisition d’un grand espace dans le Rivoli. Un argument de poids pour permettre à Rossi de convaincre non seulement d’autres galeristes à venir s’y installer, mais d’obtenir aussi le soutien de certains copropriétaires afin d’entamer des travaux de rénovation.

Chaque nouvel arrivant reprend pour sa boutique le même style de décoration et la même identité visuelle, unifiant le style de l’ensemble, très graphique, en noir et blanc. Côté politique, le galeriste se plaint d’un manque de soutien des communes d’Uccle et Ixelles. "On voudrait que cela change avec les nouvelles administrations", observe-t-il.

Une métamorphose extraordinaire en une communauté de galeristes à la pointe.

19 galeries d’art contemporain

Inauguré en 2014, le Rivoli est aujourd’hui une communauté de 19 galeries d’art contemporain de taille moyenne et de portée internationale, qui jouxte la très bourgeoise rue Saint-Georges et ses galeristes réputés, dont… la galerie Hufkens.

©doc

Opportunité ou concurrence? "Ni l’une ni l’autre. Nous ne jouons pas tout à fait sur le même terrain car nous mettons en avant l’aspect découverte plutôt que le côté exclusif. Notre public est constitué de collectionneurs avisés à l’affût d’une œuvre de qualité et au bon prix". Mais ne vous méprenez pas, les prix au Rivoli ne sont pas accessibles à tous. Comptez en moyenne entre 1.000 et 10.000 euros pour des œuvres d’artistes émergeants déjà bien installés (Marie Rosen, Lore Stessel, Bert Huyghe) ou de "mid-careers" réputés (John Van Oers, Alain Bornain, Emmanuel Tête).

Le Rivoli s’impose comme une balade merveilleuse pour les collectionneurs et amateurs d’art qui n’osent pas toujours pousser la porte d’une galerie à front de rue. Ici, les espaces sont ouverts, les propriétaires accueillants, et les artistes sous le sceau de la découverte. Si l’homme est trop humble pour le dire, la métamorphose extraordinaire des lieux en une communauté de galeristes à la pointe, est bien le résultat de la témérité, de la détermination et de l’optimisme de Francesco Rossi.

Informations: 690, chaussée de Waterloo, 1180 Bruxelles (Uccle > GOOGLE MAP):   www.rivoli.brussels.

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