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La FIAC 2021, plus écoresponsable et surtout plus belge

"Solar Catastrophe" (2016) du duo cubano-américain Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla (chez Chantal Crousel).

Au Grand Palais Éphémère à Paris, sous la direction artistique de la Française Jennifer Flay, la FIAC 2021 marque deux courants: la préservation de la planète et le mouvement de la vie.

Jennifer Flay, cette Kiwi d’Auckland devenue française, apporte à la Foire internationale d’art contemporain (FIAC), dont elle est la directrice artistique depuis 2003, l’énergie et l’enjouement de son île tellurique. "Ce palais de l’architecte Wilmotte ne sera pas si éphémère", avait-elle fait savoir avec enthousiasme, "puisque Chris Dercon, qui dirige la Réunion des Musées Nationaux-Grand palais en prévoit un usage modulable écoresponsable".

Foire internationale au "processus de sélection rigoureux réalisé par 9 galeries bienveillantes admirées de leurs homologues", la FIAC n’applique pas de quotas par pays. Cette année, 32 nouvelles galeries, avec "le retour de l’anversoise Zeno X" ou les deux brésiliennes de Bruxelles, Jaqueline Martins et Mendes Wood. En parallèle, "la FIAC hors les murs, dans des lieux emblématiques parisiens, atteste un retour à la figuration et à la représentation du corps".

Biomorphisme

La balance entre galeries du présent et maisons "historiques" exploratrices du passé est l’une des veines de foires comme la FIAC. Deux galeries parisiennes, Le Minotaure et Zlotowski, déploient ce passé séminal des années 1920 à l’abstraction des années 1970.

Au Minotaure, un Kandinsky exalté ("Le petit bleu", 1924) flirte avec la "peinture fixée sur verre" de Léon Tutundjian, Arménien parisien, pionnier abstrait tenant du biomorphisme (bios, la vie; morpha, la forme). Les volutes de cette pièce minimale, traversée par une diagonale séparant le jour et la nuit, évoquent la fumée du narguilé et la bande de Moebius. En février 2022, le Centre Pompidou ouvrira une salle dédiée à Tutundjian.

Léon Tutundjian

Après "Femmes, Oiseaux" (1974), gouache de Miró, ou "Panse" (1965) de Hantaï, dans un recoin, la galerie Zlotowski dévoile une autre œuvre biomorphique à l’encre et à la mine d’Ella Bergmann, un trait d’encre enveloppant inspiré des premières images microscopiques de la cellule qui font alors leur apparition.

"Untitled" (1934), d'Ella Bergmann (chez Zlotowski).

Chantal Crousel, Belge parisienne depuis 1972, née à Poperinge, présente notamment un collage colossal du duo cubano-américain Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla. Pour leur série "Solar Catastrophe", des fragments de silicium polycrystallin de panneaux solaires sont découpés et collés selon une grille géométrique et sérielle où la répétition n’est que feinte. Il y a dans cette feinte un écho de l’illusion durable sur laquelle repose la transition du fossile au solaire: à l’entrée de la chaîne, l’extraction de terres rares, et à la sortie, le recyclage des détritus industriels.

Homme de glace et aurore boréale

Chez Esther Schipper (Berlin), le Belge berlinois Manuel Miseur, né à Bonheiden, propose un ensemble d’exception, où deux acryliques sur papier du Courtraisien David Claerbout ("Wildfire – Baroque curvature") flanquent une installation du Français Philippe Parreno ("Iceman in Reality Park"), en forme de paradoxe philosophique: depuis 1995, ce bonhomme de neige de glace fond et renaît indéfiniment, une renaissance qui réveille l’une des phrases d’ouverture les plus célèbres au monde, celle de "Cent ans de solitude": "Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’emmena faire connaissance avec la glace".

Le triptyque de la Belge Ann Veronica Janssens joue de perceptions insaisissables: "Sunset B", "CL2E354" et "CL2 Blue Shadow" pourraient être des noms d’étoile.

Le triptyque d’Ann Veronica Janssens, Belge née à Folkestone, étudiante à la Cambre, puis héraut de la Belgique à la Biennale de Venise 1999, joue de perceptions insaisissables: "Sunset B", "CL2E354" et "CL2 Blue Shadow" pourraient être des noms d’étoile. Commande du Centre Pompidou-Metz pour l’exposition "Chagall, le passeur de lumière" (2020), ce sont trois panneaux de verre recuit dont les filtres PVC composent une lumière liquide, cristalline, aux couleurs troublées et aussi troublantes qu’une triple aurore boréale.

Alchimie photographique

La lumière, sa révélation (au sens photographique) et sa perception sont le sujet du plasticien Dove Allouche (représenté par GB Agency), qui montre l’unique format carré de sa série "Sunflowers". Solène Guillier, cofondatrice de la galerie, l’explique avec passion et précision: Allouche, sans école, sans pathos, manie sa matière avec une puissance poétique jaillissante et raffinée, alliant la peinture et l’alchimie photographique. "Sur un papier photo non développé, il applique une émulsion argent-étain (qui sert à la fabrication des miroirs, NDLR) et l’expose à la lumière. Ce qui n’est pas protégé par l’émulsion est brûlé par les photons. À l’inverse du procédé photographique, la lumière révèle ici ce qui n’est pas travaillé", éclaire la galeriste. Le mouvement oblique qui traverse le cadre relève pour l’œil de la bombe de lave et du météore.

"Sunflower_45" (2018), de Dove Allouche (chez GB Agency).

FIAC, Grand Palais Ephémère, Paris, du 21 au 24 octobre 2021.

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