La galerie Spazio Nobile navigue entre arts appliqués et beaux-arts

Lise Coirier: "Des objets d’exception à la hauteur des exigences des collectionneurs." ©Johan F. Hel Guedj

À une semaine de l’ouverture d’Art Brussels, qui fêtera ses 50 ans, quatre galeristes révèlent les orientations des galeries d’art à Bruxelles. Lise Coirier pour Spazio Nobile, le design de la Mer du Nord, de la Suède à la Flandre.

Située rue Franz Merjay, cette galerie est le fruit d’une histoire d’amour. J’entre en effet dans ce qui fut longtemps un domicile privé, dont les proverbiales trois pièces en enfilade sont devenues galerie. Maîtresse des lieux, Lise Coirier converse avec une créatrice d’objets en plumes, micro-sculptures issues d’un patient collage.

"Vous êtes ici dans ce qui fut notre première maison, avec mon mari, Giangiuseppe Simeone", un italo-suédois qui a la faconde malicieuse et policée des Italiens raffinés du Nord. "Cet endroit est le mythe fondateur d’un couple d’historiens d’art", s’amuse Lise Coirier, qui veut sceller le mariage du design et de l’art contemporain.

Autour de la galerie gravitent deux satellites:

 l’agence Pro Materia, créée pour détecter et accompagner des créateurs d’objets de design appliqués à l’art contemporain
→ l’agence Culture Lab, qui fait coïncider les besoins d’institutions culturelles aux programmes de la Commission européenne, notamment dans le domaine de l’architecture et du patrimoine archéologique, projets facilités par les liens de Giangiuseppe avec les Institutions en question.

Ainsi, Pro Materia s’est associé à neuf manufactures de verre, où 160 créateurs travaillent avec des maîtres verriers à un ambitieux programme de renaissance du verre: Glass is Tomorrow (2011-2015). L’initiative a donné lieu à des ateliers de co-création à Londres, en Suède, en Finlande, en Tchéquie et en Turquie, qui s’appuient sur des enseignes réputées, comme la verrerie française Meisenthal.

La place de la main

Lise Coirier identifie là un territoire novateur, courant d’échanges entre arts appliqués et beaux-arts, "objets d’exception à la hauteur des exigences des collectionneurs d’art contemporain". À chaque année son thème: Forest of Lights, Silver Edition… En 2018, Spazio Nobile, vit sa Saison VII, Die Werkstatt, réunissant des créateurs diplômés des Beaux-Arts de Maastricht comme Fabian von Spreckelsen, Valentin Loellmann ou Kaspar Hamacher, qui travaillent le bois brûlé et inventent des meubles-objets totémiques ou arachnéens. Dans le registre du verre, Oskar Zieta sculpte des pièces en acier gonflées à l’air, à la coloration inox irisée inédite, techniques qu’il a inventées.

L’une de leurs particularités? Faire tout eux-mêmes: l’objet proposé est authentique, de leur main, parfois secondés par un artisan quand le geste est très technique. Tous, ils seront exposés par Spazio Nobile sous l’intitulé Random Collection lors d’Art Brussels, série de commandes à de jeunes créateurs.

"Nous aimons l’organique et le minéral, en proscrivant les matériaux polluants contre-nature, et en nous posant cette question: que créer à partir de l’existant?" Une liberté émane des objets ainsi créés, jamais assignés à un usage précis, toujours indéterminés, à la fonction ambiguë: un vase peut être lampe, une sculpture devenir siège ou table basse.

La création débute sur ordinateur ou sur papier, une maquette est présentée à l’acheteur. Chaque pièce engage l’artiste, le galeriste et le client dans un processus de co-création. "En l’occurrence, le résultat est le contraire de la série, puisque nous proposons des ‘multiples uniques’, chaque pièce d’une série de 12 étant unique", pour des prix étagés de 900 à 10.000 euros.

Il faut naturellement se livrer autour de l’objet à un patient travail mêlant économie et communication: en accord avec l’auteur de la pièce, il faut déterminer coût de production et prix de revient, pour un ratio de prix de vente de 2 ou 2,5. La marge bénéficiaire est partagée 50/50 avec le créateur. L’écosystème bruxellois favorise ce modèle économique: un espace comme Spazio Nobile, dans une maison privée, serait impossible à Paris (elles sont rarissimes) ou à Londres (elles sont hors de prix).

Le quartier est cosmopolite, le vivier des visiteurs fait la démarche de la collection, et la plus-value des œuvres (car elles se valorisent toutes) n’est pas taxée. Dans ce contexte, les acheteurs peuvent être des novices, des jeunes couples, mais aussi de plus en plus souvent des collectionneurs d’art contemporain, "et non des moindres", souligne, discrète, Lise Coirier. Ce n’est pas un mince atout lorsqu’on sait que les collections privées belges sont souvent à la hauteur d’un musée privé.

Spazio Nobile, jusqu’au 6 mai au 142, rue Franz Merjay à Ixelles, et du 19 au 22 avril à Art Brussels à Tour & Taxis.

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