Le cinéma, jamais sans la musique

©Collection Christophel

Trois institutions s’unissent pour nous proposer un festival à la croisée des 4e et 7e arts: Cinématek, Music&Movies, à Flagey (Bruxelles), du 5 au 8 décembre: Flagey.beet la Chapelle musicale Reine Elisabeth, pour la 9e édition du Music Chapel Festival.

Music&Movies, à Flagey (Bruxelles)

du 5 au 8 décembre

Flagey.be

De Mozart à Charlie Chaplin ("Les lumières de la ville", "Le dictateur"), de Gershwin ("Porgy and Bess") à Franz Schubert (le Trio à clavier de "Barry Lindon"), il y en aura pour tous les goûts. L’idée: laisser aux musiciens le soin de s’emparer de ce qui leur plaît. Avec comme résultat plusieurs soirées aux contenus éclectiques, où Haydn et Mozart côtoieront allègrement Bernard Herrmann, le compositeur du thème du "Psychose" d’Alfred Hitchcock (Les Métamorphoses Orchestra, jeudi 6 décembre).

Cette année, un gros coup de projecteur est donné sur le plus célèbre compositeur de musique de films vivant: l’emblématique John Williams, 86 ans. Le compère historique de Steven Spielberg a non seulement composé pour lui ("Les dents de la mer", "Indiana Jones", "E.T.", "Jurassic Park", "Amistad"…), il a également participé à la notoriété mondiale d’autres classiques: "Star Wars", "Né un 4 juillet", la saga Harry Potter. En tout, pas moins de… 36 nominations à l’Oscar (pour 5 remportés).

En parallèle, Williams a très souvent dirigé, notamment le Boston Pops Orchestra, avec des solistes prestigieux comme Isaac Stern ou Yo-Yo Ma. Sans oublier ses propres compositions, principalement pour le violon et la musique de chambre.

Cinéphiles et mélomanes

Le festival lui rend hommage lors de la soirée de clôture, avec au programme non seulement l’inoubliable thème de "La liste de Schindler", mais aussi son "Highwood’s Ghost, an Encounter of Harp, Cello and Orchestra", sous la direction de Stéphane Denève à la tête du Brussels Philharmonhic.

Le festival propose de nombreux autres moments exceptionnels, parmi lesquels un atelier sur les grands thèmes de la comédie musicale américaine, par les membres de la classe de José van Dam.

Avec même une idée très Saint-Nicolas (le mercredi 5 décembre, dans l’après-midi): un "Family concert: let’s sing together" où chacun pourra pousser la chansonnette autour des thèmes de "Mary Poppins", du "Livre de la jungle" ou de "La mélodie du bonheur".

Tubes et "musicals"

Les rapports entre Mozart et le cinéma seront analysés en deux concerts consécutifs (le 5 décembre, à 19h puis à 21h30). C’est Frank Braley en personne qui dirigera le "9e concerto pour piano" (dit "Jeunehomme"), entendu notamment dans "Five Easy Pieces". Le soir, ce sont des images du Kenya vu du ciel qui risquent de s’inviter, puisque nous aurons droit au "Concerto pour Clarinette", à présent indissociable dans l’esprit du public de Karen Blixen immortalisée par Meryl Streep dans "Out of Africa" (Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, sous la direction de Paul Meyer).

Une nouvelle fois le festival rassemblera cinéphiles et mélomanes dans une grand-messe où chacun retrouvera ses petits: les uns qui n’ont pas toujours l’occasion d’écouter les bandes originales jouées en live… Et les autres qui pourront goûter le supplément d’âme apporté à de nombreux morceaux grâce à leur passage, momentané, sur le grand écran…

3 QUESTIONS à

Stéphane Denève
Chef du Brussels Philharmonic

1. Vous venez d’enregistrer avec le BruPhil et le violoniste Renaud Capuçon un très beau CD de musiques de films (Erato). Ce genre est-il inutilement snobé par certains?

Certainement, dans le cas des plus belles! Il est vrai que beaucoup de ces musiques ne peuvent exister sans l’image, et ne sont souvent pas les plus intéressantes. Avec des exceptions. Dans "Psychose" de Hitchcock, l’incroyable geste musical qu’a eu Bernard Herrmann pour la scène de l’assassinat dans la douche, ne tient pas sans l’écran. Mais ces 2 minutes sont géniales…

2. Quels sont les critères d’une grande musique?

Celle qui nourrit notre imaginaire sans le support de l’image. Elle doit pouvoir vivre seule, en construisant sa propre logique dans le temps. Les grands compositeurs de ce répertoire sont peu nombreux – Korngold, Herrmann, Morricone, Rota, Williams… – mais ils ont accouché de suites orchestrales qui peuvent être des sommets!

3. Et vous, quel est votre coup de cœur?

"E.T."! Parce que c’est le premier film qui m’a fait pleurer à 11 ans. Parce que j’ai dirigé la musique un jour devant Williams lui-même, mais aussi à la tête du Philadelphia Orchestra, avec ma fille Alma dans la salle pour ses dix ans (il sourit). Cela dit, plus sérieusement, le dernier quart d’heure d’"E.T." est d’une inspiration invraisemblable. Il n’y a d’ailleurs presque plus de paroles, essentiellement de la musique et elle nous fait passer par toutes les émotions. Si vous ne pleurez pas à ce moment, vous avez un cœur de pierre!

Stéphane Renard

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