Les mues de Cobra

©Galerie Quadri

A la galerie Quadri de Forest, Ben Durant consacre une exposition à l’éphémère mouvement Cobra – il durera officiellement trois ans –, né il y a 65 ans.

Cobra (acronyme pour Copenhague, Bruxelles et Amsterdam) combina souvent peinture, poésie et les collaborations, comme le montre le tableau "Amour", belle gouache de Serge Vandercam rehaussée de collages de poèmes écrits et déchirés par Joseph Noiret. Une collaboration qui se répétera entre celui qui fut d’abord photographe avant de passer à la peinture puis à la sculpture et le poète. Ainsi, "Et l’oeil intérieur?", daté de 1992, une sorte de oizal, homme oiseau typique de Vandercam, se décore-t-il d’une citation de Noiret, qui donne son nom à la sculpture.

Après la disparition officielle du mouvement, l’esprit Cobra se poursuivra, entretenu par d’anciens membres. Malgré son fort ancrage belge, il connaîtra un remarquable représentant français, Édouard Jaguer, membre de la résistance qui, après la guerre, signe des encres quasi surréalistes, qui annoncent déjà Topor. Autre découverte, notre compatriote Jean Raine, qui signe trois peintures à la fois fantomatiques, enfantines et colorées, au début des années 70. Moins connu que Jorn, le Danois Mogens Balle – appartenant pourtant au Cobra historique et qui a collaboré avec Dotremont – signe, en 53, une grande peinture colorée donnant dans l’abstrait, voire l’informel.

©Galerie Quadri

Pierre Alechinsky est lui aussi présent, bien sûr, avec notamment une belle lithographie, typique du personnage et sans titre en quadrichromie datant du début des années 90. Et, si Dotremont est absent ("Vive la calotte polaire", gravure de 1990 d’Alechinsky, lui rend hommage) Michel Olyff, copain de ce dernier à La Cambre, et à qui l’on doit notamment l’ancien logo de la RTBF ou celui de l’Unesco, signe deux marines (à l’encre) intitulées "Nieuport". La première reconnaissable, la seconde lorgnant résolument les logogrammes de Dotremont. Que dire alors de Jacques Calonne, benjamin du groupe, qui fit des études de musique et a rencontré le groupe lors d’une exposition au Palais des Beaux-arts? Lui qui, plus tard, vit ses partitions musicales orchestrées par Boulez, et décora d’autres partitions vierges de logogrammes dignes de leur inventeur ou de dessins spontanés et simplifiés intitulés "Le point de chute".

Pour compléter ce tour d’horizon, il y a les monstres sur papier et de papier de Reinhoud et trois peintures de Robert Willems auteur d’un "Petit marchand de sable", acrylique sur panneau, en 1970 et de deux dessins de la série "Les difficulteurs", légendés par son oncle Paul Colinet, poète surréaliste.

Car, comme l’explique Ben Durant: "Cobra fut ce serpent éphémère et expérimental qui ne cessa de muer au gré des artistes. Il défit les muselières, fit neiger la couleur et entremêla la poésie des peintres à la peinture des poètes, sensible aux mots au cinéma, aux arts populaires et à la nostalgie de l’enfance."

L’homme de Tollund

Jusqu’au 13 février à la galerie Quadri, 105 avenue Reine Marie-Henriette, 1190 Bruxelles, 02/640.95.63, tous les vendredis et samedis de 14 à 18 h ou sur rendez-vous, www.galeriequadri.be.

Prix: de 250 à 3.750 euros.

Parmi les nombreuses céramique de Vandercam présentées, de différentes époques, épinglons-en une qui date de 93. Elle trouve son origine dans un voyage effectué par l’artiste à Silkeborg, au Danemark, au début des années 60, pays où avait été exhumée la momie parfaitement conservée du fameux homme de Tollund datant du IVe siècle avant notre ère, et qui avait la particularité d’avoir été étranglé dans un but sacrificiel. Trente ans plus tard, Vandercam en fait une sorte de personnage oiseau à chapeau regardant vers le ciel, un santon enfantin issu de la crèche Cobra, et sur lequel Hugo Claus, un autre membre historique du groupe, grava un poème en néerlandais qui donne son nom à ce travail: "Voor mijn ogen". Un regard d’enfant, une évocation de l’enfance de l’humanité?

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