Les musées retournent en force sur les marchés de l'art

Les musées sont désormais ceux qui acquièrent la majeure partie des œuvres mises aux enchères, devant l’habituelle fournée des milliardaires. Résultat, le marché de l’art est en très bonne santé.

Les milliardaires ne sont plus seuls à fréquenter assidûment les salles de ventes. Désormais, les musées reviennent au front et ont acquis la majeure partie des œuvres d’art au premier semestre de l’année, selon le rapport semestriel d’Artprice, leader mondial des banques de données sur la cotation et les indices de l’art. "Environ trois quarts des achats supérieurs à un million de dollars sont aujourd’hui le fait de musées, compte Thierry Ehrmann, président et fondateur d’Artprice. Il y a plus de création de musées depuis l’an 2000 que durant les XIXe et XXe siècles. Et il s’en crée 700 par an en Chine, une des plaques tournantes du marché."

Avec un bond de 18% au premier semestre, le marché se porte d’ailleurs très bien: le produit des ventes aux enchères de Fine Art, comme les peintures, sculptures, dessins ou photographies, s’est établi à 8,45 milliards de dollars dans le monde.

Environ trois quarts des achats supérieurs à un million de dollars sont aujourd'hui le fait de musées. Il y a plus de création de musées depuis l'an 2000 que durant tout le 19e et 20e siècles. Et il s'en crée 700 par an en Chine, une des plaques tournantes du marché.
Thierry Ehrmann
Président-fondateur d'Artprice

Une prouesse réalisée sans vente exceptionnelle comme celle du "Salvator Mundi" de Léonard de Vinci en 2017, une transaction à 450 millions de dollars qui représentait à elle seule 3% du chiffre d’affaires mondial. Début 2018, ce sont les Etats-Unis (3,3 milliards de dollars de ventes, 40% du marché, en progression de 48%) qui ont tiré la croissance, devant la Chine (2 milliards, 24%) avec qui ils sont souvent au coude à coude, et le Royaume-Uni (1,9 milliard de ventes, 22%).

Au début de l’année, le marché a été soutenu outre-Atlantique par la dispersion de la collection Rockefeller, forte de chefs-d’œuvres de Picasso, Matisse et Monet. "La vente du 8 mai a totalisé à elle seule 646 millions de dollars", avec une toile de Picasso, période bleue, qui s’est envolée à 115 millions, souligne Artprice.

Point fort du marché américain: sa concentration en ventes haut de gamme (plus de 5 millions de dollars). "Les six plus belles adjudications du premier semestre ont eu lieu au mois de mai à Manhattan", souligne le rapport.

Résistant aux craintes suscitées par le Brexit, le marché britannique est également en bonne position sur ce créneau.

Résistant aux craintes suscitées par le Brexit, le marché britannique est également en bonne position sur ce créneau, notamment pour les grandes signatures européennes comme l’Allemand Gerhard Richter, "l’artiste vivant le plus performant du marché" et Picasso, écrasant numéro un des ventes mondiales.

En Chine, les ventes se sont en revanche repliées de 7% au premier semestre, période traditionnellement défavorable, les enchères les plus prestigieuses se déroulant en décembre à Pékin. La situation devrait s’inverser dans la seconde partie de l’année. Et une réorganisation du marché, visant à limiter les invendus (à hauteur de 57% actuellement), pourrait encore renforcer la position de Pékin.

La France conserve la quatrième position (4% des ventes) devant l’Allemagne (1,5%), l’Italie (1,4%) et la Suisse (0,9%), des places moins tournées vers le haut de gamme.

XXe siècle à l’honneur

Cette santé éclatante du marché de l’art s’accompagne d’une domination des œuvres du XXe siècle (représentant 80% du produit des ventes au 1er semestre), avec un intérêt marqué pour la période comprise entre 1900 et 1940, rassemblant à la fois "les derniers chefs-d’œuvre impressionnistes et l’avènement de l’art moderne".

Parmi les dix œuvres les plus chères de ce début d’année, huit appartiennent à ces décennies, dont une composition du Russe Malevitch vendue en mai dernier à 85,8 millions de dollars chez Christie’s à New York, soit 25 millions de plus que lors de son acquisition dix ans plus tôt.

Mais l’engouement des investisseurs se porte surtout sur les œuvres contemporaines, notamment celles de Warhol et Basquiat, qui figurent parmi les cinq artistes les plus cotés au monde, devant le peintre chinois Zao Wou-Ki (en 6e position), qui fait actuellement l’objet d’une rétrospective à Paris.

À la traîne pendant plusieurs années, la Chine a acquis aujourd’hui une place considérable sur le marché de l’art, et compte désormais 128 artistes parmi les 500 les plus cotés au monde, dont Zhang Daqian, Qi Baishi, Fu Baoshi, loin devant les Etats-Unis (82) et la Grande-Bretagne (27).

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