chronique

Magicien de la lumière, Julio Le Parc est l'hôte de la Brafa

Journaliste

La Brafa, qui ouvre ses portes au public ce samedi, rend hommage à l’artiste argentin pionnier précurseur de l’art cinétique et de l’art optique.

Fin 2015, la Patinoire Royale organisait une exposition-vente intitulée "Let’s Move" et consacrée à l’art cinétique. Il semblerait que c’est à cette occasion que Harold t’Kint de Roodenbeke, le président de la Brafa, est tombé sur une œuvre remarquable de Julio Le Parc. De là est née l’idée d’inviter l’artiste pour inspirer la scénographie de l’édition 2017 de la foire. Quatre de ses œuvres sont visibles: "Continuel Mobile" dans l’entrée principale; un acrylique sur toile, "Surface couleur", de 1970 au centre; et enfin deux Sphères, l’une rouge, l’autre bleue, de 2,10 m de diamètre à chaque patio situé aux extrémités des allées. De quoi emplir l’espace de lumière, de couleur et de mouvement.

Né en 1928 à Mendoza au pied de la Cordillère des Andes en Argentine, Julio Le Parc est un piètre élève mais semble doué pour le dessin. Il commence à travailler très jeune, enchaînant les petits boulots, avant de déménager avec sa famille à Buenos Aires. Il y suit les cours du soir à l’École nationale des Beaux-arts et travaille pendant la journée. Le Parc s’intéresse aux mouvements artistiques d’avant-garde en Argentine: Mouvement d’art-concret-invention, Mouvement spacialiste animé par Lucio Fontana qui est son professeur aux Beaux-arts. En 1958, il obtient une bourse du gouvernement français et s’installe à Paris où il étudie les œuvres des artistes contemporains et d’avant-garde. Avec Horacio Garcia Rossi, François Morellet, Francisco Sobrino, Joël Stein et Yvaral, il fonde en 1960 le Groupe de Recherche d’Art Visuel (G.R.A.V.) qui entend créer un art accessible à tous, où le spectateur peut toucher et manipuler les œuvres.

Dans son travail, il abandonne les médias traditionnels pour se tourner vers la lumière, le mouvement et la couleur et produit des objets cinétiques qui le rapprochent de l’art perceptuel. L’art cinétique se caractérise par des œuvres en mouvement pendant que l’art optique (ou opt art) joue sur les illusions ou effets d’optique. Entre les deux ou réunissant les deux, l’art perceptuel, notion qui apparaît en 1965 à l’occasion de l’exposition "The Responsive Eye" présentée au MoMa de New York, utilise la perception même du spectateur comme médium et va parfois jusqu’à l’appeler à interagir avec l’œuvre.

©Saskia Vanderstichele

La première exposition personnelle de Julio Le Parc se tient en 1966 à la galerie Howard Wise à New York, puis en France, à la galerie Denise René, celle-là même qui a permis la reconnaissance internationale de l’art cinétique. La même année, il reçoit le Grand Prix International de peinture à la Biennale de Venise. Il est fait chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 1967 par André Malraux, ce qui ne l’empêchera pas d’être expulsé de France pour avoir pris une part active aux événements de mai 1968. Son "exil" sera toutefois de courte durée grâce à la pression des protestations d’artistes et d’intellectuels français.

La lumière comme médium

Julio Le Parc est un artiste engagé, notamment dans les luttes de libération des peuples latino-américains, ce qui ne lui vaudra pas que des amitiés auprès de nombreux conservateurs et directeurs d’institutions culturelles aux yeux desquels il tombe en disgrâce. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à travailler, inlassablement, dans son atelier de Cachan, en banlieue parisienne. Il fait son retour sur la scène internationale grâce à la splendide exposition "Le Parc Lumière" que lui consacre la fondation Daros en 2005, à Zurich, avant qu’elle ne fasse le tour du monde. Lors de la réouverture du Palais de Tokyo à Paris en 2013, il bénéficie d’un espace de 2.000 mètres carrés où il expose entre autres "Continuel Mobile", une adaptation en plus petit (7 à 8 mètres de long contre 17 pour l’originale) de l’œuvre du même nom créée en 1963 pour la Biennale de Paris. C’est l’œuvre qui accueille le visiteur à l’entrée de la Brafa.

L’artiste explore l’interaction entre l’œuvre et le spectateur par le biais de la lumière.

Sensible à l’hommage qui lui est rendu, Julio Le Parc garde à l’esprit que l’événement est d’abord commercial. "Beaucoup de monde ne vient pas ici pour acheter, ajoute-t-il. Mais comme il y a du passage, cela permet de mettre les œuvres en rapport avec les gens." Car tel est le credo de l’artiste qui explore, quasi depuis toujours l’interaction entre l’œuvre et le spectateur, les phénomènes de reflet et de distorsion des rayons de lumière, et de leur action sur le spectateur. "La lumière m’aide à résoudre certains problèmes, précise l’artiste argentin. Je suis fidèle à la démarche mais jamais de façon systématique, je reste sensible à d’autres expériences."

Parlant du "Continuel Mobile", il souligne que "la lumière crée des ombres changeantes, permet des permutations et incorpore différents éléments de l’environnement avant de le modifier par les reflets, les projections au sol, sur les gens. C’est une œuvre ouverte, par définition instable, une forme qui varie". Et lorsqu’on lui demande si les œuvres sont à vendre, après une brève hésitation, il répond: "Je ne sais plus, c’est mon fils qui s’occupe de ça. Mais si vous connaissez quelqu’un qui veut l’acheter, dites-le moi…"

Brafa du 21 au 29 janvier sur le site de Tour & Taxis à Bruxelles, www.brafa.art.

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