Millon organise la première vente de NFT en Europe

"The Queen", Maikeul, ed. 1/2, 2021.

Le 20 mai, Millon organise à Bruxelles une vente de 13 œuvres sous forme de token NFT. Alexandre Millon, premier marteau de la maison, et Axel Reynes, commissaire de la vente, sont virtuellement heureux.

Millon est une maison franco-belge, créée en 2005, qui s’est notamment taillée une solide réputation dans les ventes de bandes dessinées et de street art, avant d’étoffer considérablement son portefeuille de vacations. Depuis, elle s'intéresse également aux œuvres d'art virtuelles et propose jeudi à Bruxelles une vente de 13 lots sous forme de token NFT. Mais pourquoi une vente à Bruxelles plutôt qu’à Paris? Selon Alexandre Millon, premier marteau de la maison, "la loi française interdit aux études (les maisons de vente, NDLR) de vendre des œuvres incorporelles".

En France, les sociétés de vente doivent avoir un agrément du Conseil des ventes. En outre, le partage de ce marché y souffre d’une distorsion: comme les 400 commissaires-priseurs, les 20.000 huissiers sont officiers ministériels: depuis une réforme statutaire en 2000, ces derniers peuvent réaliser certaines ventes à titre accessoire, notamment de biens immatériels. En Belgique, elles ont un statut commercial pur qui leur permet d’accéder librement à ce marché des œuvres digitales, dont le statut juridique n’a pas ici encore été clairement défini. "Nous avons sollicité l’avis du Conseil des ventes en France, et conclu que le contexte belge se prêtait à cette vente sans restriction."

"Tous les artistes contemporains vont se tourner vers ce non-support. À terme, la lithographie va disparaître et devenir digitale."
Axel Reynes
Commissaire de l’exposition

Tant en France qu’en Belgique, il ne doute pas que la virtualisation accélérée des salles de ventes (depuis le début de la crise sanitaire, les ventes Millon de BD sur le site Drouot Live attiraient 300 inscrits, et désormais 800 à chaque vacation) n’amène le législateur à se pencher sur la question. D’autant qu’en 2022, les deux professions françaises fusionnent pour devenir commissaires de justice. Un marché moins naissant qu’il n’y paraît, puisque si les ventes publiques n’ont que quelques mois, le marché privé des NFT est né dès 2014. "Un essor qui coïncide avec un certain essoufflement de l’art contemporain", souligne Alexandre Millon, aussi convaincu que sa clientèle collectionneuse va se partager ces prochaines années pour moitié entre art matériel et immatériel.

Non-support

Commissaire de l’exposition, Axel Reynes gérait chez Millon le département voitures de collection. Passionné d’art digital, il a mis à profit un réseau personnel et professionnel d’acheteurs, qu’il s’est constitué en étant lui-même collectionneur. Pour lui, "tous les artistes contemporains vont se tourner vers ce non-support. À terme, la lithographie va disparaître et devenir digitale". Axel Reynes créera également en octobre sa propre galerie digitale de crypto-art.

"Toutes les œuvres ont été créées sous forme digitale, sauf celle de Trevor Jones, qui peint sur toile puis numérise."
Axel Reynes
Commissaire de l’exposition

La présentation même des pièces se virtualise puisque, autre première, aucun objet physique ne sera exposé: tout se passe sur écran. "Toutes les œuvres ont été créées sous forme digitale, sauf celle de Trevor Jones, qui peint sur toile puis numérise."

Artistes digitaux confirmés

Ce lot de 13 pièces réunit des artistes digitaux confirmés: le Canadien de Vancouver Fvckrender (lot 13), spécialiste des technologies numériques, autodidacte qui anime des géométries architecturales et sonores pointues, les paysages du futur et les arrangements cristallins brillants; Oelhan, motion designer français lui aussi au Canada qui, avec sa main chaude et froide, travaille sur "l’entre-deux" des sensations; ou Maikeul (le Français Mickael), qui après des portraits de Donald Trump, Barack Obama ou Vladimir Poutine propose une très warholienne Reine Elizabeth II (lots 8 et 12, les mises à prix les plus élevés, entre 16.000 et 25.000 euros, pour cet artiste déjà soutenu par d’importants collectionneurs). On y trouve aussi des figures appréciées du street art comme César Piette qui entament leur transition digitale et des émergents comme Burst (le seul crypto-artiste pur de la vente) et le duo Slimesunday et DJ3LAU (Justin Blau). Trevor Jones (lot 7) est le seul peintre passé dans le cryptoart en 2017.

De même que lors de la vente de l’œuvre numérique "The First 5.000 days" pour laquelle l’artiste Beeple n’a pas été payé en dollars mais en ether, Millon accepte cette cryptomonnaie en paiement.

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