Offrez-vous un Ensor chez De Vuyst

Étude de figures et fiacre (1882), en vente pour 25.000 euros. ©Galerie De Vuyst

La maison De Vuyst propose à la vente une cinquantaine de dessins et d’eaux-fortes de James Ensor. Plus abordables que ses tableaux, c’est l’occasion d’acquérir une œuvre du maître ostendais.

S’offrir une œuvre de James Ensor pour orner le salon, un rêve qui vous semble aussi inaccessible que l’achat d’un Rubens pour souligner la sacralité de votre chapelle privée? Si c’est sa peinture, ses masques et sa palette vive que vous convoitez, il vous faudra en effet un certain budget et beaucoup de patience pour le réaliser. Le dernier trésor du genre a été redécouvert en 2016 – et "Squelettes arrêtant masques" s’est alors envolé pour un peu plus de 7 millions d’euros aux enchères chez Sotheby’s à Paris, record de vente pour l’artiste.

Mais si vous êtes prêt à vous laisser ravir par la poésie d’un croquis ou la virtuosité d’une gravure, certaines œuvres du maître ostendais ne sont pas plus chères qu’une Fiat Panda. Personnellement, notre choix serait vite fait, et pas seulement parce qu’on n’a pas le permis de conduire. Ça tombe bien, la maison De Vuyst propose actuellement une belle sélection d’une cinquantaine de dessins et d’eaux-fortes dans sa galerie à Lokeren, tous issus de la même collection privée. L’exposition se visite en ligne ou sur place, jusqu’au 17 avril. En voiture, Simone!

Imagination débridée

Des dessins de grand format ouvrent le bal, datant tous de la jeunesse d’Ensor. À l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles où il étudie de 1877 à 1880, l’Ostendais n’échappe pas au dessin d’après l’Antique, étape incontournable de la formation artistique à l’époque. Voici sa copie à la craie et au crayon du Gladiateur Borghèse, exposée encore récemment à La Boverie ("Viva Roma!"), en vente pour 17.000 euros. À son retour à Ostende, Ensor dresse le portrait de figures populaires, comme en témoignent une "Laveuse" et un "Charbonnier". À 55.000 euros l’unité, ce sont les dessins les plus onéreux de la galerie. Un prix justifié par leur monumentalité et la finesse avec laquelle craie noire, crayon et fusain ont été appliqués sur le papier. Cependant, ce qui retient vraiment notre attention, ce sont les nombreuses esquisses sur le vif réunies chez De Vuyst.

"C’est dans son travail d’aquafortiste plus encore que dans son œuvre de peintre que l’imagination d’Ensor s’est débridée."
Émile Verhaeren (1855-1916)
Écrivain

Autant de petites merveilles reposant sur les traits furtifs mais assurés du maître, qui y étale toute son aisance graphique. Souvent, Ensor rassemble divers croquis au sein d’une même page, une pratique historique qui répond à son amour de l’association. Coup de cœur pour une feuille affichée à 25.000 euros, combinant deux fiacres fort peuplés (observés dans la rue?), une étude de mains (fixette récurrente) et de nombreuses silhouettes en mouvement (Ensor aime représenter les foules, quitte à les constituer lui-même). On observe qu’il a beaucoup croqué la vue depuis son atelier, son lieu de vie, son entourage: sa sœur Mitche au piano, une lampe à huile, l’armoire massive qui deviendra bientôt meuble hanté…

La Bataille des Éperons d’or (1895) en vente pour 11.000 euros ©Galerie De Vuyst

Venons-en justement à cette irruption du fantastique si caractéristique du travail d’Ensor. Celle-ci se dégage magistralement du pan gravé de son œuvre. Comme le notait l’écrivain Émile Verhaeren, "c’est dans son travail d’aquafortiste plus encore que dans son œuvre de peintre que l’imagination d’Ensor s’est débridée". De sa version de la Bataille des Éperons d’or avec plus d’une paire de derrières à l’air (11.000 euros) au détournement grotesque de sujets bibliques ("Le Christ insulté", 5.500 euros), ses eaux-fortes s’affranchissent de toute dette à l’égard de la vraisemblance, comme de la bienséance. L’Ensorcellement opère – on vous avertit, le plus dur ne sera pas de se laisser séduire, mais de choisir…

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