Sotheby’s met en vente le miroir de l’âme

"Solarised Eyes" (1935), portrait fragmentaire de Maroua Motherwell, par Erwin Blumenfeld. ©Sotheby’s

Focus sur la photo "Solarised Eyes" de la vente Sotheby’s "50 Masterworks", et analyse du marché avec la Deputy Director du bureau belge, Deborah Quackelbeen.

"Il n’y a rien dans le monde qui n’ait son moment décisif, et le chef-d’œuvre de la bonne conduite est de connaître et de prendre ce moment." Cette citation du cardinal de Retz, Henri Cartier-Bresson se l’est appropriée pour fonder la légende autour de sa capture photographique de "l’instant décisif". Une maison de vente qui maîtrise son art pourrait tout aussi bien en faire sa maxime – pour faire monter le prix d’un lot, il faut saisir (ou créer!) un mouvement d’élan.

Avec sa vente "50 Masterworks to Celebrate 50 Years of Sotheby’s Photographs" (en ligne jusqu’au 22 avril), Sotheby’s montre l’exemple. Tout d’abord parce que le jubilé de ses ventes de photos sert de prétexte pour proposer 50 chefs-d’œuvre jalonnant l’histoire du médium, de pionniers comme William Henry Fox Talbot à des photographes contemporains; ensuite, parce que certaines de ces images iconiques résonnent tout particulièrement au vu de l’actualité. En parcourant le catalogue, notre regard s’arrête sur "Solarised Eyes" d’Erwin Blumenfeld (estimation 30.000-50.000 livres sterling). Peut-être parce qu’on est habitué à ne voir plus que les yeux des gens en ces temps contagieux, comme dans ce portrait fragmentaire de Maroua Motherwell (la première épouse de Robert), au visage en grande partie caché. Par un masque chirurgical? Faux!

En 1935, quand l’image a été créée, point de pandémie. Mais le génial Blumenfeld expérimentait déjà avec la solarisation. "Une technique rendue célèbre par Man Ray et Lee Miller", explique Deborah Quackelbeen, Deputy Director de Sotheby’s Belgique & Luxembourg, et experte en photographie. "Dans la chambre noire, on allume brièvement la lumière, ce qui conduit à une inversion des densités. Blumenfeld jouait beaucoup avec les propriétés chimiques du procédé, en cherchant à créer des effets spéciaux, qu’il a ensuite transposés à la photographie de mode, pour Vogue et Harper’s Bazaar." C’est un tirage vintage d’époque de "Solarised Eyes" qui est proposé chez Sotheby’s, "un type de tirage plutôt rare, très convoité sur le marché, particulièrement pour la période dada et surréaliste".

Un marché sain

Puisque le timing est important, on en profite pour demander à Deborah Quackelbeen si c’est le bon moment de se lancer dans la collection de photos. "Oui, c’est un marché sain et les prix sont souvent raisonnables. L’acquisition de photos constitue une bonne porte d’entrée dans le marché de l’art, avant d’investir dans des œuvres plus onéreuses." Ses conseils? "Prendre en considération le tirage, la taille et l’édition (limitée ou non), et bien sûr se renseigner sur l’œuvre du photographe."

En Belgique, la photo est largement représentée dans les collections privées, notamment dans les grandes collections d’art contemporain. "Il y a un écosystème dynamique ici, avec de nombreuses galeries, festivals et expos célébrant le médium." Cette omniprésence n’était pas une évidence: "À ses débuts, on considérait la photographie comme un simple moyen d’enregistrement de la réalité, sans valeur artistique."

"Solarised Eyes" est un exemple puissant du dépassement de cette condition première, tendant vers la création plutôt que la mimesis à travers le détournement de ses propriétés inhérentes. Cette autonomisation du médium, Sotheby’s y a contribué, sur le marché – "50 Masterworks" attire l’attention sur le fait que Sotheby’s était la première maison à tenir des ventes aux enchères dédiées à des tirages photographiques, en 1971. Cela s’appelle avoir l’œil.

Plus d’infos sur sothebys.com

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