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Un marché de l'art sous haute tension

Plus forte que 2008? La crise du coronavirus impacte déjà lourdement le marché de l’art. Pour en sentir la température, nous avons pris le chemin de Londres et sondé foire, galerie, collectionneur et salle de vente.

L’annulation d’Art Basel Hongkong, début février, fut la première onde de choc qui allait gripper toute la mécanique des foires internationales. Un secteur qui pesait, en 2019, 14 milliards d’euros. On ne compte plus, depuis, les reports ou annulations de foires de printemps, dont évidemment Art Brussels, qui devait s’ouvrir jeudi sous les meilleurs auspices et qui est derechef renvoyée en 2021.

Le marché de l’art ne pourra, lui non plus, faire l’économie d’une profonde introspection et se rappeler que dans marché de l’art, il y a art.

Les conditions de ce report ne nous ont pas été révélées mais on peut imaginer des tractations sous haute tension entre la direction et ses 160 galeristes qui se retrouvent privés d’une exposition vitale s’il veulent rencontrer leurs acheteurs et en séduire de nouveaux. Comme dans beaucoup d’autres secteurs, le virus accélère la disruption technologique entre ceux qui bénéficiaient déjà d’une expérience digitale et ceux qui doivent maintenant cravacher pour rattraper le temps perdu.

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En agrégeant dans des plateformes digitales communes des galeries de moindre importance mais dotée chacune d’une valeur ajoutée spécifique, les ténors du marché, les Zwirner et les Gagosian, ont ouvert la voie et pourraient bien rafler la mise.

La "Platform" numérique participative de David Zwirner. (c) www.davidzwirner.com

Disruption digitale

Une situation que nos confrères du quotidien Le Monde avaient déjà relevée lors de la crise des Gilets jaunes, la ventes des galeries "physiques" chutant de 30%, tandis que celles des salles de vente, rompues aux enchères à distance, enregistraient une progression de 7%.

Le show-room virtuel ne saurait s’envisager sans nouveau cadre légal parfaitement transparent ni procédés d’authentification qui restent à inventer.

Avec 4 millions de dollars, Sotheby’s vient d’ailleurs de battre un record pour une vente de design 100% en ligne. Mais un revirement 100% digital ne s’improvise pas. Ce qui est déjà monnaie courante pour la vente de BD ou de vins fins l’est beaucoup moins pour celle de mobilier où les faux sont monnaie courante et a fortiori pour des objets d’art qu’il faut pouvoir voir et apprendre à désirer, à moins d’être dans une simple logique d’investissement.

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Londres est le hub culturel par excellence. Et le paradis des agences de relations publiques. À la tête de l’une d’entre elles, la Belge Danièle Reiber analyse les tendances à l’œuvre dans le monde de l’art qu’accélère le crise du coronavirus. Portrait.

Mais là encore, comment prouver l’authenticité d’une pièce, la solvabilité d’un vendeur ou d’un acheteur, le sérieux d’un transporteur? Le show-room virtuel ne saurait s’envisager sans nouveau cadre légal parfaitement transparent ni procédés d’authentification qui restent à inventer. Mais pour quoi faire? Acheter, acheter, acheter? Le marché de l’art ne pourra, lui non plus, faire l’économie d’une profonde introspection et se rappeler que dans marché de l’art, il y a art.

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