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interview

Yves Zurstrassen, peintre: "Je ne suis pas quelqu'un qui attend l'inspiration"

L'artiste belge Yves Zurstrassen. ©Club Paradis

Peintre belge abstrait, mais surtout libre, Yves Zurstrassen présente sa nouvelle série d'œuvres intitulées "4 COLORS" chez Baronian: il y joue de ces quatre tonalités comme d'un instrument…

Issu d'une famille de lainiers de Verviers – il présente d'ailleurs pour la première fois des tapisseries –, Yves Zurstrassen pratique une peinture abstraite et colorée, que cet artiste autodidacte a peaufinée au cours de plus de quarante ans de carrière. La galerie Baronian Xippas présente une nouvelle série d'œuvres intitulée «4 COLORS» (après la rétrospective que le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles lui consacrait voici deux ans), portrait quadrichromique d'un artiste au parcours contrasté, à l'image de sa peinture, devenu bruxellois de cœur et qui a trouvé dans la musique et le jazz en particulier le même sentiment de liberté accompagnant sa peinture. Interview sous le signe de la liberté… de «tons»

Le côté patchwork de certaines de vos compositions et tapisseries viendrait-il de votre côté lainier?

Non pas du tout. Parlons plutôt de dadaïsme, de Matisse. Je pense être dans la suite du collage, sauf qu'il n'y a pas de collage: il s'agit de la même liberté, transposée à la peinture.

Plutôt que pop, vous êtes un artiste jazz?

Très jazz. Jeune je fus pop, en 68 avec Jimi Hendrix, Janis Joplin c'est mon époque. J'étais complètement dans la révolution hippie. Je suis venu au jazz plus tard et au free jazz ensuite. Désormais, je vis du matin au soir dans le jazz.

Vous travaillez donc en musique?

Absolument. Le son est très important. Étant un peintre abstrait, mon paysage est très musical.Je vis la peinture: cela m'accompagne, m'enivre, me donne de la joie... Bref, le jazz fait partie intégrante de mon travail.

L'expo Zurstrassen à Bozar en 2019. ©Bozar

Vous êtes donc musicalement un contemplatif qui agit sur la peinture?

Oui, mais je ne suis pas quelqu'un qui attend l'inspiration. À 7 heures du matin, je vais travailler. Plus je travaille, plus les choses surgissent. Être peintre c'est une vie. Je ne suis pas un peintre du dimanche: c'est mon métier, ma passion depuis plus de 45 ans. M'accompagner de tous ces merveilleux jazzmen fait partie de mon jeu.

Vous sentez-vous proches d'artistes belges comme Léon Wuidar ou Marthe Wéry?

Celui dont j'ai été le plus proche étant jeune fut Englebert Van Anderlecht et, à certaines périodes, d'Antoine Mortier (deux tenants de l’abstraction lyrique, NDLR). Mais j'ai surtout été très proche des maîtres comme Hartung, Polke, De Koning, Twombly.

Studio_In_Sights: interview d'Yves Zurstrassen

Le fait d'être autodidacte vous a-t-il permis de ne pas avoir toutes ces références et contraintes en tête?

Peut-être... En fait, j'ai débuté avec un artiste, puis deux, puis trois et j'ai découvert en peignant. Chaque fois que je faisais une peinture, je ressemblais à un autre artiste. Alors je cassais.

Ce fut une école, un apprentissage qu'il valait peut-être mieux ne pas avoir intellectualisé, c'est-à-dire avoir fait des études universitaires. Peut-être... Les artistes qui ont fait ces études ont gagné beaucoup de temps. J'ai fait tout mon écolage dans la vie, ce qui était une autre façon de faire. Mais je n'ai pas eu cette chance d'entrer dans une grande école d'art. J'ai étudié l'art en autodidacte. Jeune, j'achetais des diapositives de tableaux et je passais mes soirées à regarder les Primitifs flamands ainsi. À 16 ans. Ce fut le début...

"Les artistes qui ont fait ces études ont gagné beaucoup de temps. J'ai fait tout mon écolage dans la vie, ce qui était une autre façon de faire."
Yves Zurstrassen
Artiste peintre

L'improvisation et la spontanéité sont-elles importantes dans votre travail ?

Essentiels. Quand je commence un tableau, je suis vraiment comme un joueur de free jazz qui monte sur scène, qui sait où il va, et qui effectue quelque chose dans cette voie-là, j’oublie tout et tout devient improvisé.

L'important c'est la sincérité?

C’est l’intensité. Marcel Duchamp disait: ma femme de ménage est sincère. (Il rit) Aimer ce qu'on fait et prendre des risques, voilà l'essentiel. D'ailleurs, Marcel Duchamp peignait, mais cela ressemblait toujours à quelqu'un d'autre. À un moment il a ouvert des portes sur des installations. En peinture, il n'y est pas parvenu et il a ouvert d'autres... champs ! (Il rit)

À la galerie Baronian Xippas

"4 COLORS"
Yves Zurstrassen

Du 9 septembre au 13 novembre à la galerie Baronian – Xippas, rue Isidore Verheyden, 2, à 1050 Bruxelles. (GOOGLE MAP)

Note de L'Echo: 4/5

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