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4/5 Passions klezmer, russe et rom pour le Philharmonique de Liège

Son association avec le Sirba, un octuor spécialisé dans la musique d’Europe centrale, vaut au Philharmonique de Liège un disque chez Deutsche Grammophon et un concert d’inauguration à Paris.

"Trois mères juives se retrouvent un soir. La première dit: ‘Mon fils est suffisamment riche pour acheter Paris!’ La seconde répond: ‘Le mien, pour acheter Paris et New York.’ La troisième les regarde en coin: ‘Mais qui vous a dit que mon fils était vendeur?" Hilarité générale! Avec ses blagues juives qui émaillent le concert de samedi, au tout nouvel auditorium de la Seine musicale, sur l’île Seguin, à Paris, Richard Schmoucler donne le ton de "Sirba Orchestra!" et transporte toute l’assemblée dans le monde perdu du yiddish et des shetls d’Europe centrale qu’il associe au folklore russe et aux musiques rom de Roumanie ou de Hongrie. Communauté de souffrances, mais aussi cultures d’une vitalité inextinguible qui font osciller leurs musiques entre la joie et les larmes.

Schmoucler les a jouées tout petit dans les réunions de famille et a entrepris d’en collecter les traces depuis qu’il a fondé le Sirba Octet en 2003. Il en a tiré 5 programmes et 6 à 7 heures de musique qu’il décline soit pour son ensemble, accompagné d’une balalaïka, soit augmenté d’un orchestre de chambre ou d’un symphonique. C’est dans cette dernière configuration qu’il emmène le Philharmonique royal de Liège (OPRL) avec lequel il avait déjà partagé son projet de "Yiddish Rhapsody", en 2015, et qu’il a convaincu Universal et son très sérieux label Deutsche Grammophon.

Le Sirba Octet et l'OPRL jouent "Kalinka" (teaser)

Car cette musique donne une cure de jouvence à tout ce petit monde de la musique classique, y compris aux membres du Sirba eux-mêmes, tous membres de l’Orchestre de Paris. "Le mot d’ordre, c’est la liberté", résume Schmoucler, qui suit là les préceptes de son professeur Ivry Gitlis, toujours vert à passé 90 ans et prêt à toutes les expérimentations pouvu qu’on s’amuse… "La liberté, à 90 musiciens, c’est tout de même très difficile", reconnaît Christian Arming qui dirige l’OPRL. Mais, finalement, dans ce jeu de ping-pong avec le Sirba, qui occupe le devant de la scène comme un soliste dans un concerto, on voit le chef s’enhardir et bondir comme Schmoucler qui saute à pieds joints pour marquer un rythme ou lancer un phrasé. "C’est comme accompagner des chanteurs dans un opéra, reprend Arming. Il faut savoir anticiper… et répéter suffisamment pour se laisser gagner par cette liberté."

Pour ce qui est de l’âme de ces musiques klezmer, russes et rom, Arming fait simplement appel à ses racines autrichiennes. "Dans les ruelles près de l’Opéra de Vienne, il y a beaucoup de musiciens de rue qui jouent cette musique." Est-ce un hasard si Brahms, avec ses influences hongroises, est son compositeur de prédilection?

Schmoucler n’a en tout cas cessé de guider toute la troupe, chantant chaque mélodie pour insuffler aux musiciens la moindre des intonations de la langue. "Je montre l’articulation des voyelles et des consonnes à mes camarades du Sirba, ensuite à l’Orchestre de Liège auquel j’ai expliqué au préalable le propos de chaque chanson, dit-il. Après, cette musique parle toute seule et raconte tellement de choses qu’il suffit d’y mettre du cœur."

©bernard martinez

Populaire et savant

Ces musiciens classiques ne sont pas les seuls à y gagner. Ils donnent en retour à ces thèmes populaires toute l’ampleur et la densité de la musique savante, avec un contrepoint qui démultiplie les lignes de chant et des modulations qui les développent dans une vraie dramaturgie. "C’est comme au théâtre", explique Cyrille Lehn, l’arrangeur qui les a orchestrés, reconnaissant au passage quelques emprunts à Rachmaninov ou à Brahms. "Ce ne sont pas des citations littérales mais des couleurs et un jeu de miroir qui donnent une profondeur à ces musiques naturellement expressives."

Dans la salle, le Sirba, l’OPRL et Nicolas Kedroff, qui cabotine à la balalaïka, viennent d’enchaîner "Kalinka" et "Katioucha". Standing ovation!

Le Sirba Octet interprète "Les deux guitares" - Le live de la matinale de France Musique


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