interview

"À Bruxelles, on peut expérimenter sans passer pour un hurluberlu"

©Tom Joye

Fraîchement installés dans la capitale, Frànçois & the Atlas Mountains, les Fatam, délaissent doucement les rythmes africains pour embrasser la pop à pleine bouche.

Rare groupe francophone sur le prestigieux label anglais Domino Records, les Frànçois & The Atlas Mountains viennent de sortir "Solide Mirage", leur 4e album écrit et réalisé à Bruxelles où François Marry, le leader de la formation française, vit désormais.

Après trois ans d’absence depuis "Piano Ombre", comment abordez-vous cette nouvelle étape?

Je suis content de reprendre de l’activité. Parfois j’ai l’impression d’essayer de tout mettre en œuvre pour me retrouver dans cette situation où je vais enfin pouvoir faire des concerts, qui est un peu le cœur vivant de ce que j’aime faire.

"Solide Mirage" est votre 4e album, il a été enregistré ici du côté de Molenbeek, comment a-t-il mûri?

J’ai emménagé ici à la fin de la tournée de "Piano Ombre", il y a deux ans et demi. Tout a fermenté ici. Quand j’ai déménagé, Amaury était déjà là, avec un troisième, Gérard, qui est, lui, rentré en Ecosse. David Nzeyimana, du groupe Le Colisée, a rejoint le groupe, j’avais eu l’occasion de collaborer sur un de leurs morceaux, "The Age Of Love". Nous avons donc enregistré tout ça ici. L’album a été pensé et mûri ici.

Vous avez vécu à Paris, en Angleterre... Qu’est-ce qui vous a poussé à emménager à Bruxelles?

©Tom Joye

Au niveau de la mentalité, Bruxelles n’est pas si éloignée de la mentalité anglo-saxonne. Il y a plus de liens entre l’humeur belge et anglaise, qu’avec l’humeur française, un peu dramatisante. J’aime bien cette bonhomie qu’il y a ici.

Quel regard portez-vous sur la scène bruxelloise?

Frànçois & The Atlas Mountains - Tendre Est l’Âme

Elle est florissante et les artistes peuvent créer ici des manières de jouer qui leur sont propres, qui suivent leurs envies, sans suivre des modes précises. On peut s’exprimer sans trop de pression. Il y a beaucoup de monde aux concerts, j’ai l’impression que la scène peut être soutenue, même si l’on fait de la folk minimaliste ou de l’électro étrange. On peut expérimenter à Bruxelles sans passer pour un hurluberlu.

Le nouvel album, "Solide Mirage", semble plus pop qu’auparavant, autant en termes de sonorités qu’en termes d’ouverture à un public plus populaire...

Je crois qu’il y avait surtout une volonté générale de clarifier la manière d’écrire, le propos, les sons. Peut-être qu’effectivement ça donne cette impression d’une plus grande simplicité pop. C’était une volonté. Je pense qu’on avait pleinement vécu le fantasme de la musique africaine, en jouant et en enregistrant un EP là-bas. Du coup il devenait moins urgent de nous plonger dans les riffs africains comme sur les précédents albums, même si je pense qu’ils mâtinent encore quelques morceaux. Je pense aussi que j’ai pu avoir un peu de nostalgie sur des morceaux que j’écoutais quand j’étais ado, qui étaient essentiellement du grunge, des guitares saturées… Le morceau "Bête Morcelée" de l’album est directement inspiré de cette période, mais le groupe avec qui j’ai enregistré en studio a moins baigné dans cette culture, alors je n’ai pas trop forcé! Mais j’ai tout de même réussi à en imposer un.

On a l’impression que vous vous êtes davantage engagé dans les textes. Le registre est moins poétique, plus politique.

Frànçois & The Atlas Mountains - Grand Dérèglement

C’est une manière d’essayer de négocier le champ lexical des journaux et d’en faire une matière qu’on pourrait glisser dans des chansons, en la modulant, en jouant avec. C’est presque un exercice de style. Au lieu de partir de souffrances, de peines de cœur qui ont beaucoup baigné les albums précédents, là, il y avait la volonté de jouer avec ces matériaux-là, plus que de vouloir tenir un discours. Le seul discours que j’espère avoir, c’est que nous avons le droit de désamorcer la pesanteur de toutes ces discussions, de tous ces dialogues par la musique.

Les élections françaises approchent, quel regard portez-vous sur cette campagne, en tant qu’expatrié?

"Bruxelles n’est pas si éloignée de la mentalité anglo-saxonne"

Je la suis un petit peu, c’est assez vite plombant. J’ai l’impression que les électeurs sont perdus, consternés. C’est aussi un moment où on se rend compte que, quand on est artiste avec des aspirations humanistes, on n’est pas tout seul. Il y a aussi des gens qui veulent juste préserver leur petit bout de gras nationaliste, etc. C’est aussi un rappel qu’il y a plein de gens différents, plein de manières de penser différentes. C’est important de suivre ce qu’il se passe, que les citoyens se questionnent sur les programmes mais, dans tous les cas, je pense que les solutions se situent plus au niveau des initiatives associatives, du travail au quotidien des profs dans les écoles, qui font un boulot merveilleux et très difficile d’éducation.

Pensez-vous que le rôle d’un artiste soit encore de s’engager à l’heure actuelle?

Le seul rôle que doit jouer un artiste, c’est de suivre ses inspirations, de rester ouvert face à toutes ses perceptions. Il y a autant d’artistes que d’individus à la base, l’esprit artistique peut s’exprimer dans plein de domaines différents. Le fait de vivre au cœur de l’Europe, où des décisions politiques hyperlourdes sur notre mode de vie sont prises, m’a un peu magnétisé, sur cet album.

Un morceau m’a marqué en particulier, c’est "Rentes Éclose", qui clôt l’album.

Mon préféré! Je l’ai mis à la fin comme une espèce d’ouverture du champ, où la parole s’arrête et où la musique prend le dessus. Ce texte, j’en suis content, car il parle justement du monde de l’argent et de la finance, mais il arrive à partir dans un champ complètement psychédélique. Comme si le discours social et politique finissait par s’effiler et s’égrainer, jusqu’à se disperser, comme ça, dans l’ozone...

"Solide Mirage" semble plus sincère et plus personnel que "Piano Ombre".

Oui il est très sincère. "Piano Ombre" était très rêveur et stylé. Une fois, quelqu’un est venu me parler après un concert et m’a un peu remué. Elle disait qu’elle sentait qu’en moi j’avais beaucoup de choses que je n’osais pas exprimer, que je restais bloqué dans mon cœur, que ce n’est pas utile de se préserver et qu’une des solutions pour vivre pleinement, c’est finalement de pousser les portes closes de son cœur et de se laisser s’exprimer.

Frànçois & The Atlas Mountains seront en concert à La Rotonde le 20 mai. Info sur botanique.be

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