Benjamin Schoos: "Un vinyle bien imprimé est un peu magique"

©Siska Vandecasteele

"Les plus jeunes l'ont compris, dans la musique urbaine : gérant eux-mêmes leur production, cela se révèle beaucoup plus porteur."

Auteur compositeur interprète depuis vingt ans, d’abord sous le nom Miam Monster Miam puis sous le sien propre, Benjamin Schoos, qui sort à cette occasion l’album "Profession chanteur" est aussi, depuis dix ans, l’initiateur et fondateur du label Freaksville, maison de disques indépendante connue pour son amour du vinyle, à l’honneur aujourd’hui durant le Record Store Day.

L’album de Jacques Duvall, il y a deux ans, était sorti uniquement en vinyle. En êtes-vous un amoureux?
Cette résurgence du vinyle est étonnante, depuis quelque temps chez les disquaires. C’est l’occasion pour nous de mettre en magasin des collectors et des objets pour lesquels existe un public. Les grosses maisons de disques pressent énormément à cette occasion: de ce fait, les délais sont quasi infernaux pour les petites structures comme la nôtre. Alors que, par ailleurs, les coûts augmentent... Néanmoins, cela reste un moment fort pour le label indépendant. D’un côté, avec Radio Rectangle, notre webradio, nous faisons chaque année une semaine spéciale Record Store Day: nous nous rendons chez des disquaires et réalisons, à cette occasion, quatre podcasts d’interviews demandant, aux responsables, leur choix, évoquant leur magasin. à Bruxelles, il y en a désormais quelques-uns qui surfent sur la tendance du vinyle (*). À la mi-octobre se déroule aussi le Cassette Store Day qui, lui, a un peu plus de mal à s’implanter

©Siska Vandecasteele

Quelles actions entreprenez-vous en tant que label lors du Record Store Day?
Nous entamons une opération "midprice" sur les vinyles, nous faisons en sorte qu’ils soient disponibles en magasin, particulièrement en Angleterre (par exemple avec le duo japonais Viva Sherry), où les disquaires se montrent véritablement proactifs lors de cette journée. Nous sortons aussi une dizaine d’éditions limitées notamment un split vinyle (une face par artiste) 10 pouces avec Lysistrata, groupe français, d’un côté, et La Jungle, duo montois, de l’autre. On le sort, main dans la main, avec deux autres labels: Luik Records et Black Basset Records. Il y a encore la cassette audio "Covers of the future" de One Horse Land, toujours en compagnie de Luik Records.

"Les plus jeunes l’ont compris, dans la musique urbaine: gérant eux-mêmes leur production, cela se révèle beaucoup plus porteur."

C’est l’occasion de produire des objets, mais également des collaborations. Plutôt que de rester fixé sur un catalogue, les labels communiquent, réalisent des projets ensemble… Nous sommes en train de mettre sur pied une fédération avec d’autres labels francophones: le Flif, Fédération des labels indépendants francophones, va permettre de descendre les marges des coûts de pressage, car le Record Store Day est un exemple d’augmentation de prix face à une demande. Cette fédération représentera les labels et leur réalité, auprès de différents opérateurs y compris au fédéral.

Question plus personnelle: en tant qu’objet, le vinyle vous plaît-il davantage?
Je fais partie de la génération qui a grandi avec le CD, même si je possédais des 33 tours à la maison. Le format m’importe peu, disposant de toutes les sources pour les écouter. Par contre, il est inévitable que, dans le cas du microsillon, la pochette est plus belle: si le vinyle est bien imprimé, il possède une valeur un peu magique. À l’heure du numérique, cela peut même devenir un objet de vénération. C’est en tout cas devenu un geste fort commercialement que d’acheter un disque et particulièrement un disque vinyle. C’est une déclaration: j’aime cet artiste, et je possède quelque chose de lui chez moi. Ceci dans un monde où la musique est désormais également à flux tendu.

"Je ne me prends plus pour Dieu", de Jacques Duvall, paru chez Freaksville voici deux ans, n’était sorti qu’en vinyle et numérique…
C’était un choix pour donner un côté collector à l’album de Jacques. Dedans se trouvaient des codes qui permettaient de télécharger le disque: la discographie de Jacques ou des autres artistes Freaksville s’adresse à une sorte de niche musicale un peu culte, où l’objet vinyle fonctionne bien.

Il existe, chez Freaksville, un côté un peu "bis", face B si vous voulez, que nous aimons et que nous avons voulu injecter notamment dans une forme de chanson française, qui se prenait fortement au sérieux et qui incorporait finalement peu de codes de cette culture rock-pop, sous-culture devenue mainstream.

Par ailleurs, cela nous a permis de mettre en avant des artistes injustement oubliés comme Marie France, Lio ou Jacques Duvall… Des artistes que nous avons aimés: avec Marc Morgan, l’un de mes associés, nous avons cinq fois l’exemplaire en vinyle du Banana Split de Lio! Sans doute, y a-t-il au départ une démarche de fan un peu idiote... (Il sourit.)

Le monde de la musique est devenu très flexible avec la multiplication des supports, un peu à votre image finalement?
Oui, en même temps certaines structures ne sont pas du tout flexibles, vu leur taille, la manière de gérer leurs services. Par exemple, je ne comprends pas pourquoi un artiste débutant qui n’est pas dans une position de force, signe des contrats merdiques avec des majors afin de distribuer sa musique, alors qu’il est producteur de ses masters et son propre éditeur…

Ce que les plus jeunes ont compris dans le secteur de la musique urbaine: gérant eux-mêmes leur production, cela se révèle beaucoup plus porteur à tout niveau. Existe encore ce vieux fantasme de signer avec une maison de disques, qui vous remet un chèque, et être diffusé en radio. Sauf que l’industrie ne fonctionne plus de la sorte. La réalité économique a changé: bien sûr, des artistes émergent encore par ce biais, mais le flux derrière, le back catalogue est énorme. Et c’est ce flux qui rapporte. Les nouveaux "produits" coûtent puisqu’il s’agit d’investir énormément sur eux.

L’industrie a toujours fonctionné ainsi...
Bien sûr. L’industrie pousse des artistes pour les faire breaker en négligeant ce qui leur rapporte, à savoir les vieux morceaux, le back catalogue qui fait la force des maisons de disques.

©rv doc

D’autant que ce sont les "vieilles" générations qui ont le pouvoir d’achat nécessaire…
Évidemment, même en streaming. Les jeunes n’achètent pas d’abonnement. Ceux qui prennent l’abonnement Spotify, effectivement, sont les "vieux": et dans le cas du vinyle, il reste l’aspect plaisir: celui de posséder une bibliothèque à disposition.

Benjamin Schoos donne un DJ set chez Mediamarkt, Liège Saint-Lambert, ce samedi 22/4 à 14h. Emission spéciale Record Store Day sur la webradio de Freaksville, www.radiorectangle.be,

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés