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Brigitte s'offre un trip à L.A.

©RV DOC

Le pétulant duo féminin revient avec "Nues", un troisième album made in California. Fuyant l’ambiance parisienne post-attentats, Aurélie Saada et Sylvie Hoarau ont réussi dans le calme et l’exotisme un disque organique et féministe.

Elles ont un côté dingo chic qui plaît. Elles insistent pour que je n’écrive pas les Brigitte mais bien Brigitte. Car tel est le nom de leur duo/groupe formé en 2008 à Paris. La plus loquace est Aurélie Saada. Elle porte des bagues à chaque doigt comme dans une chanson de Jeanne Moreau. La plus réservée est Sylvie Hoarau. Elle porte des lunettes rondes qui lui donnent un air intello pas coincé. Sur scène, ce sont de vraies show girls.

Le troisième album, le plus souvent, c’est un cap. Le voyez-vous comme ça?

Sylvie: Ah nous, on nous avait dit que c’était le deuxième!

Le deuxième se fait, lui, dans la foulée du succès du premier donc, c’est plus facile. Au troisième, on prend un nouveau tournant.

Aurélie: Nous, on a été très heureuses d’en faire un premier, puis un deuxième et un troisième. (Rires). Chacun d’eux a été réalisé de manière différente. Par contre, celui-ci a pris moins de temps. J’imagine qu’on a été assez inspirées. On adore travailler pour notre groupe. On a changé notre façon de faire. Je suis allée vivre un an à Los Angeles dans une grande maison.

Brigitte - Palladium

Aussi pour des raisons personnelles?

A: Pour des raisons personnelles, pour rallonger la vie, pour s’acheter des souvenirs plutôt que des mètres carrés, pour fuir Paris que je ne voyais plus comme une ville que j’aime mais comme une ville terrifiante et angoissante.

C’était après les attentats de Paris?

A: Oui, le 14 novembre, le lendemain des attentats, j’ai inscrit mes enfants à l’école à Los Angeles.

Une situation de sauve-qui-peut?

A: Exactement. On s’est retrouvés là-bas dans le calme et la solitude. On avait des coyotes pour voisins. Et il y avait un piano sur lequel je me suis mise à composer. J’ai envoyé mes compos à Sylvie. Elle est venue quatre fois pour finaliser les morceaux. Cet album parle aussi de notre distance et de nos univers différents.

Et vous, Sylvie, que faisiez-vous à Paris pendant ce temps?

S: Je me suis reposée. La tournée avait duré deux ans et demi. Il fallait s’en remettre. J’ai travaillé ma guitare. Et on se parlait le soir à cause du décalage horaire. On s’est rendu compte qu’avec Skype, on ne pouvait pas chanter ensemble.

"Aujourd’hui, on conçoit que le féminisme soit multiple. La parole s’est libérée."

Musicalement, Los Angeles, et plus largement la Californie, ont-elles donné une impulsion à cet album?

A: Cela m’a inspiré, certainement. Mais je me suis baladée jusqu’à Mexico City, où j’ai visité la maison de Frida Kahlo, à la Nouvelle Orléans sur les traces de Marie Laveau, la prêtresse vaudou, et dans le désert aussi. Les mythes féminins comme celui de Lilith traînent sur cet album.

Pour rappel, Lilith est la première féministe.

A: Oui, on l’a effacée de la Bible. On dit que dans toutes les femmes, il y a une Eve et une Lilith. Donc, pour revenir à la Californie, ce n’est pas que ça. C’est aussi tous ces endroits où la magie opère.

Il n’y a pas un poil d’électro sur cet album. C’est délibéré?

A: On était complètement hors du temps. Les chansons étaient composées au piano ou à la guitare. Et on a voulu des choses qui ne viennent pas tout foutre en l’air. On voulait quelque chose d’organique.

Brigitte "Nues" | Sony Music | 3/5 ©RV DOC

Dans "La Baby Doll de mon idole", vous évoquez votre adolescence. Quel genre d’ados étiez-vous?

S: A dix ans, pour mon anniversaire, j’avais demandé une radiocassette. Je voulais pouvoir enregistrer les chansons que j’entendais à la radio et faire des compilations. A l’adolescence, j’ai découvert des musiques qu’on n’écoutait pas chez moi.

A: J’étais assez sage. J’ai eu mon bac à seize ans. Mes parents, médecins, m’ont toujours laissé faire ce que je voulais. Ils avaient entière confiance en moi. Donc, je suis allée en boîte, à Paris, à un âge où les enfants n’avaient pas le droit d’y aller. J’étais comme une observatrice. J’écoutais de la musique de très mauvais goût. Mariah Carey, Whitney Houston mais aussi de la musique brésilienne et du rap.

Vous êtes les girlbosses de votre propre groupe. Est-ce mieux accepté aujourd’hui?

A: Bien mieux qu’il y a quelques années. Dans la série des BD de la collection Culottées, il y a un album qui relate le parcours de Betty Davis, une chanteuse hyper-talentueuse des années 70 qui ne passait plus en radio pour des raisons de misogynie extrême. Aujourd’hui, si Beyoncé ou Rihanna parlent de leur sexualité, ce n’est plus un problème.

S: En dix ans, les choses ont fort changé. Le féminisme était devenu un truc has been. Il y avait toujours quelqu’un pour te dire qu’il n’avait pas de raison d’être.

A: Aujourd’hui, on conçoit que le féminisme soit multiple. Il y a eu Françoise Giroud, mais aussi Beyoncé. Le mouvement #balancetonporc a mis le feu aux poudres. La parole s’est libérée. Il faut bien qu’au début il y ait quelque chose d’engagé et d’un peu ferme.

En concert le 18 avril 2018 à l’Ancienne Belgique.

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