nécrologie

Elle s'appelait France (1947-2018)

Sale temps pour les idoles des sixties. Un mois après le décès de Johnny Hallyday, on a appris, ce dimanche matin, la mort de France Gall à 70 ans. Elle a rejoint son grand amour, Michel Berger, au paradis blanc.

Elle s'appelait France Gall. A une époque où les artistes empruntaient des noms américanisés, elle avait gardé le sien. Ou presque. Son vrai prénom était Isabelle. A seize ans, elle avait fait un disque pour ne pas redoubler sa troisième. Et n'avait pas vraiment eu une adolescence normale. Mais elle s'en était sortie parce qu'au fond, comme elle l'avoua plus tard, France était quelqu'un d'assez équilibré. C'est son père, Robert Gall, qui l'avait poussée à chanter. Et c'est à l'Ancienne Belgique, à Bruxelles, qu'elle avait pu faire ses débuts scéniques en première partie de Sacha Distel. Son premier hit s'intitulait "Sacré Charlemagne" et s'adressait aux gosses qui n'aimaient pas trop l'école... Elle se demanda, par la suite, pourquoi elle avait enregistré ce titre.

France Gall - Sacré Charlemagne (1964)

Lolita française

Serge Gainsbourg la fit entrer dans la légende, en 1965, avec une chanson écrite pour l'Eurovision de la Chanson. "Poupée de cire, poupée de son" allait la labelliser "Lolita française" ou "French Lolita" pour ceux qui, très vite, hors frontières hexagonales, suivraient sa carrière. Gainsbourg lui écrivit aussi "Les Sucettes à l'anis", une chanson suggestive dont elle ne comprit pas les paroles et qui provoqua un scandale à l'époque. On était en 1967 et le monde n'avait pas encore bougé...

Après ses années Gainsbourg, France connut une sorte de traversée du désert. Et en 1974, elle fit la rencontre la plus marquante de sa vie. Avec Michel Berger. Il lui écrira "Une déclaration d'amour" et dès ce moment, jusqu'à la disparition tragique de Michel, en août 1992, France connut la gloire. Le couple qu'elle formait à la ville aussi avec Michel Berger régnait sur la variété française. Il l'avait déringardisée en lui apportant des touches de la pop anglaise et américaine.

Les Sucettes - France Gall

Starmaniaque

En 1978, Berger, avec Luc Plamondon, se lança dans une entreprise extravagante, celle de l'opéra-rock Starmania. Sur scène -et aussi sur disque-, une pléthore de talents incarnait les personnages fous imaginés par les auteurs. Ce succès fit beaucoup pour les carrières de Maurane et Daniel Balavoine. Dans "Starmania", France chantait, notamment, "Besoin d'amour". Avec Berger, France eut deux enfants. Pauline, qui mourra en 1997 à l'âge de dix-neuf ans d'une mucoviscidose et Raphael qui a, aujourd'hui, trente-six ans.

Dans les années 80, France et son mari s'engagèrent dans des actions humanitaires. Avec, entre autres, "Chanteurs sans frontières" (calqué sur le modèle du Band Aid) et Action Ecoles pour lutter contre la famine en Afrique.

Au pays de Babacar

L'Afrique, France Gall l'adorait. Dans les années qui suivirent le décès de son époux, elle vivait la moitié du temps au Sénégal, sur l'île de Ngor. Elle y avait un restaurant et avait contribué à l'ouverture d'une école mais c'était quelque chose dont elle faisait peu état. En 1997, France Gall décida de quitter la scène. Elle ne voulut plus enregistrer d'albums et surtout pas chanter autre chose que des chansons de Michel. Même si beaucoup d'auteurs trépignaient pour écrire pour elle. Elle géra le patrimoine familial. Le cancer du sein qui lui avait été diagnostiqué en 1993 et qui avait été bien soigné à l'époque, avait récidivé voici deux ans. C'est de ses suites que la chanteuse est décédée ce 7 janvier. "Si le bonheur existe, c'est une épreuve d'artiste", chantait-elle dans "Cézanne peint". Ces mots résument bien la vie de celle qui fut bien davantage qu'une poupée de son.

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