interview

Le fils de Laurence Bibot et Marka belgicise le rap

©Kevin Jordan

Il a étudié la photo mais c’est dans le rap qu’il impressionne. Roméo Elvis, fils de Laurence Bibot et Marka, renouvelle le genre et le belgicise. Un phénomène que nos voisins français ont déjà validé.

Nous sommes dans une arrière-salle de la Fnac Toison d’Or. Juste avant, Roméo Elvis a signé des dédicaces à plus d’une centaine de personnes. Surtout des jeunes, comme le confirme un employé. Dans ce petit bureau, la nouvelle star du hip-hop belge est entourée de son manager et de son "ingé" son. Mais c’est lui qui répondra aux questions. Les deux autres valideront de temps à autres par un rire ou un hochement de tête. "Le nouveau truc des séances de dédicaces, c’est de signer sur les coques des iPhones", m’apprend Roméo Elvis. Il confie qu’aujourd’hui, c’est dans le hip-hop que se trouve la musique alternative. "C’est la musique la plus populaire. Et par le biais d’internet, elle circule directement vers les fans. Avec Le Motel, qui est un beatmaker, on a fait ce disque, ‘La Morale 2’, entre électro et rap."

Son circuit s’appuie beaucoup aussi sur le web. En mode freestyle. "J’ai toujours fonctionné à contre-pied. C’est une démarche spontanée." Roméo Elvis est très admiratif de la carrière de Nekfeu, de Pharell Williams — "un grand leader" — et de Kendrick Lamar. "Chez lui, c’est surtout son engagement pour la cause des Afro-Américains qui me plaît, assure-t-il. Moi, je suis un peu engagé. Il faut décoder mes textes. Je ne veux pas être pompeux." Qu’est-ce qui le dérange dans la société d’aujourd’hui? "La manière dont sont gérés les fonds publics. Et les nombreuses réformes de l’éducation. C’est quelque chose de peu stable. Les problèmes de communication entre les Flamands et les Francophones…" Roméo Elvis, qui n’est pourtant pas parfait bilingue, a un public flamand "parce que je parviens à communiquer avec eux".

Et où est Juliette?

Roméo Elvis, ce sont les prénoms que ses parents, Laurence Bibot et Marka, lui ont donnés à la naissance. Il y a 24 ans. Avant que cela ne devienne un nom d’artiste, était-ce facile à porter? "Pas du tout. Quand on est petit, on est facilement fustigé pour un détail. Plus jeune, ce prénom, Roméo, était un fardeau. Cela devenait vite: ‘Eh Roméo, où est Juliette?’. Après, ce n’est pas comme si je m’étais appelé Adolf. Adolf Elvis, cela n’aurait pas été super!" Quoique, chez les néo-nazis, cela aurait peut-être marché… "Quand j’étais petit, c’était une différence. Après, vers 14-15 ans, cela a pris une résonnance romantique. Et aujourd’hui, je suis très content que mes parents m’aient choisi ces prénoms."

La hype

Le Motel, ce DJ à la fois beatmaker et producteur, envoie des instrumentaux à Roméo Elvis qui les met ensuite à sa sauce. "On a été, chacun, chercher dans le style de l’autre." Chaque chanson est conçue comme une petite histoire. "En général, j’écris une chanson en une nuit. Je fais mes exercices chaque jour." On remarque, dans de nombreux morceaux, une belgitude affirmée et assumée. Quelque chose que les Français trouvent hype depuis peu. "On est typiquement dans une histoire de phénomène. On a, tout d’un coup, beaucoup d’exposition médiatique et beaucoup de concerts. Quand les Français nous valident, on est fiers. Stromae, c’était aussi la hype. Aujourd’hui, on surfe là-dessus. Et si on maintient la qualité, on continuera." Outre le marché français, Roméo Elvis atteint aussi les autres territoires francophones. Et un peu l’Angleterre. "C’est Gilles Peterson, un influenceur anglais, qui nous a poussés en nous diffusant sur BBC 6. Grâce à lui, ma musique s’écoute jusqu’en Australie."

Roméo Elvis x Le Motel - Diable


Le 1630

Dans ses morceaux, Roméo Elvis cite souvent le 1630, le code postal de Linkebeek, la commune où il a grandi. "C’est un milieu assez bourgeois. Et à l’époque, les bourges n’écoutaient pas spécialement du rap. Je n’en écoutais pas beaucoup non plus. Mais dans les années 2010, ça a changé. Et ce qui est drôle, c’est de représenter Linkebeek comme un quartier." Comme les Français de la Seine St Denis qui parlent du 93 (prononcez quatre-vingt-treize)…

Autre citation étonnante: Queen. Dans "Drôle de question", Roméo Elvis dit que dans les moments romantiques, il se passe un disque de Queen. Non mais Queen? "C’est une manière de faire référence aux disques que j’écoutais dans ma jeunesse, de mes 12 à mes 18 ans. Mais là, c’était pour la rime. J’aime bien le côté rock’n’roll. Sur scène, je tombe le tee-shirt et je chante les cheveux trempés comme une rockstar."

"Quand je dis que je suis le meilleur, les gens comprennent que c’est de la blague. Se vanter, c’est propre aux rappeurs."


Autodérision

À force de pratiquer l’autodérision, Roméo Elvis pense qu’il lui arrive de ne pas se prendre assez au sérieux. "Quand je dis que je suis le meilleur, les gens comprennent que c’est de la blague. Se vanter, c’est propre aux rappeurs. Dans mon équipe, on est une demi-douzaine de personnes. Si je me la pétais, ils me le diraient tout de suite."

S’il y a un thème que Roméo Elvis affectionne, c’est bien celui des transports en commun. Au point de consacrer des chansons au Thalys, à la STIB et à la Sabena. "Je n’ai pas encore le permis. Je me déplace en transports en commun ou à vélo." Roméo Elvis a l’impression qu’il était déjà "vivant" quand la Sabena a fait faillite. "C’était un drame national. Ma grand-mère en était fort affectée."

Dans la famille, Angèle, la sœur de Roméo Elvis, chante aussi. "Pour nous, une vie, une carrière, c’était celles de nos parents. On trouvait cela normal. On a moins cherché à le faire. Même si j’ai évité d’être le fils de." Il collabore avec Angèle sur plusieurs morceaux de cet album. "Je crois que ma sœur veut encore tâter le terrain avant de lancer son propre album.".

Aujourd’hui, son LP "Morale 2" sort sur un grand label. "On est très heureux. C’est la première fois que c’est si officiel. C’est confortable. On voit qu’ils sont curieux de nos méthodes comme nous sommes curieux des leurs." Roméo Elvis dialogue directement avec ses fans sur Twitter, utilise Instagram pour la communication visuelle et se sert de Facebook pour sa fanpage. "J’ai rarement des mecs qui m’envoient des messages de haine." Évidemment, avec un nom pareil…

©rv doc

l Roméo Elvis x Le Motel, "Morale 2", Universal Music. l En concert le 13 avril au Reflektor à Liège, le 22 avril à Namur, le 28 avril à l’Inc Rock Festival, le 2 juillet à Couleur Café et le 7 juillet aux Ardentes à Liège.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect