Les promesses de Charlotte Gainsbourg

©Photo News

Elle a une double actu. Un album, "Rest" et un film, "La Promesse de l’Aube". A priori, rien ne les relie entre eux. Mais ensemble, ils représentent l’un comme l’autre ce que Charlotte Gainsbourg est aujourd’hui.

Rendez-vous est pris avec elle dans la suite Magritte de l’hôtel Amigo. L’Amigo, l’hôtel préféré de Serge Gainsbourg et par ricochet, de Jane Birkin et leur fille Charlotte. Cette dernière n’a pas changé de style. Veste cintrée très classieuse, chemisier noir, jean. Mais elle ressemble de plus en plus à Patti Smith (époque "Horses"). Cela doit être un coup de sa coiffeuse, ça.

Charlotte reste une icône. Mais on l’oublie très vite lorsqu’on parle avec elle.

"Rest", son cinquième album et "La Promesse de l’Aube", son 53e film, ont tous deux un lien très fort avec la famille. La famille comme le centre de tout. "Pour moi, dit-elle, cela a toujours été le cas. J’ai toujours mis ma famille à une place prépondérante. Je n’ai pas d’amis, j’ai une famille."

Ce point commun entre les deux œuvres (si diamétralement opposées pourtant), serait-ce un hasard? Charlotte choisirait-elle ses hasards? "Oh non, embraie-t-elle. C’est un hasard total. Et puis, moi, parler de mon album comme d’une œuvre, je ne peux pas." Elle préfère le mot "projet", voilà.

"Je n’ai pas du tout calculé qu’on me proposerait le rôle de la mère dans ‘La Promesse de l’Aube’. Par contre, j’avais déjà commencé à travailler sur mon album."

Dans "La Promesse de l’Aube", c’est l’amour maternel et l’amour filial qui traversent tout le film. On se dit que c’est ce qui a ému Charlotte. "C’est tellement rare de trouver de belles histoires au cinéma. Je n’aurais jamais pu refuser ce rôle. Je me suis sentie comblée qu’Eric Barbier, le réalisateur, puisse penser à moi. En lisant le scénario, j’ai été bouleversée. Ensuite, j’ai vu que la beauté du roman se retrouvait dans le scénario. Plein de gens ont été surpris que j’interprète le rôle de la mère. Et quand on a fait des essais avec le petit garçon (NDLR: qui joue Romain Gary enfant), c’était la première fois que j’endossais les costumes de mon rôle. En mettant une robe d’époque, je ne me suis pas trouvé de ressemblance avec mon personnage. C’était juste moi avec une robe des années 20. J’étais toute maigrelette. Je n’avais pas les épaules du rôle. Cette femme, Nina, elle en impose physiquement et verbalement. Il a fallu que je trouve une ossature."

La Promesse de l'Aube (Bande Annonce)


Lors de ses premiers essayages de costumes pour ce rôle, Charlotte Gainsbourg a eu un flash. "Je suis très reconnaissante au réalisateur d’avoir pensé à moi parce que moi, par contre, en découvrant ce rôle, j’ai vu ma grand-mère. Quelqu’un de très proche de moi. J’ai tout de suite fait des parallèles avec la famille de mon père." Les grands-parents paternels de Charlotte venaient de Russie. Du côté de Romain Gary, on venait de là-bas aussi, en passant par la Pologne. La famille Gainsbourg (alors Ginzburg) émigra en 1917, à la Révolution russe. Les Gary, de leur côté, se sont exilés pour fuir la persécution qui frappait les juifs. "Mais dans ma famille, comme dans celle de Romain Gary, l’ambition, c’était la France. Rien d’autre. Mes grands-parents n’ont jamais hésité entre la France, les Etats-Unis ou l’Argentine. C’était la France pour la culture. Mes grands-parents étaient musiciens. Et après il y a cette volonté de s’immiscer complètement dans la culture française et d’oublier le passé. On donne des prénoms franco-français aux enfants pour se faire accepter. Après, il y la guerre. Nina, la mère de Romain Gary, ne connaîtra pas vraiment la guerre. Elle meurt de maladie. Et ma famille a survécu à la Deuxième Guerre mondiale."

"C’était mon secret"

Une autre chose, un détail, c’était la clope. "Ma grand-mère ne cloppait pas. Mais mon père… Pour ce rôle, je devais fumer des Gauloises sans filtre. C’est très important. J’ai arrêté de fumer, il y a plus de huit ans. Je ne voulais surtout pas recommencer. On m’a fabriqué des fausses cigarettes en Belgique. Toute la gestuelle de la clope, c’était celle de mon père que j’ai imité pour ce film. Cela me faisait tellement plaisir. C’était mon secret. Sur le tournage, je ne me confiais à personne par rapport à ça. C’était ma marque de fabrique à moi."

Pour l’accent russo-polonais de son personnage, Charlotte Gainsbourg a dû bosser. "Pour moi, apprendre un accent, c’est entrer l’air de rien dans un rôle. On n’est pas en train de gamberger sur la psychologie d’un personnage mais dans quelque chose de très concret. Apprendre l’accent et la langue polonaise, cela a été de l’acharnement. La première scène à faire était brutale. Il fallait que je crie en polonais. C’était la meilleure manière de briser la glace." Son travail avec une coach polonaise, Charlotte l’a adoré. Idem pour son rapport avec le petit garçon qui jouait son fils – et qui est Belge! –, elle en parle avec émotion.

Pour son nouvel album, "Rest", elle a osé passer à l’écriture. Elle n’avait plus peur d’être comparée à son père. Et parce qu’elle s’est lâchée, elle s’est renforcée.

Une question se poste: qui à encouragé Charlotte à croire en ses ambitions? Ses parents? Quelqu’un qui n’était pas de sa famille? A-t-elle eu quelqu’un comme Nina a été pour Romain Gary? "Nina vit par procuration. Elle n’a aucun doute sur le fait que son fils deviendra quelqu’un. Elle n’a que des certitudes. Elle n’a pas le temps d’avoir peur. Son amour est démesuré. Mais elle lui a construit son destin. Et lui ne remet jamais en question les choix de sa mère. Quant à moi, j’ai toujours été ambitieuse mais sans en avoir l’air. Et mes parents ne m’ont jamais mis ce poids, cette obligation d’endosser quoi que ce soit. Tout simplement parce qu’ils étaient déjà dedans. Je n’avais pas confiance en moi mais j’ai toujours su qu’eux avaient confiance en moi. Aujourd’hui, je me suis servie de mes doutes. Mais ce n’est pas quelque chose que je souhaiterais à mes enfants. Malheureusement, je pense qu’ils sont bourrés d’incertitudes aussi."

"J’aime ce qui m’échappe"

"Si on commence avec des certitudes, on finit avec des doutes, si on commence avec des doutes, on finit avec des certitudes", cette phrase de Francis Bacon donne du courage à Charlotte Gainsbourg.

Charlotte Gainsbourg "Rest", Warner Music, Note: 3/5 ©rv doc

Depuis quelques années, elle se lâche. Tant au cinéma qu’en musique. Pour son nouvel album, "Rest", elle a osé passer à l’écriture. Elle n’avait plus peur d’être comparée à son père. Et parce qu’elle s’est lâchée, elle s’est renforcée. "Cela ne veut pas dire que je suis devenue très costaude. Cela ne m’a pas confortée dans quoi que ce soit mais cela m’a permis de faire. Juste ça. Et de comprendre que mon plaisir se trouve là. Il n’est pas au moment où je partage et vends un album mais au moment où je le fais. Où j’arrête de me barrer la route avec le fait de savoir si je suis à la hauteur. Je suis assez forte en dessin pour montrer mes dessins, assez forte en photo pour montrer celles que je prends et assez forte en texte pour montrer de la poésie. En fait, le côté amateur que je revendique me plaît. J’aime n’avoir que ça à proposer. Sentir qu’on est une imposture, c’est marrant à dire, mais je l’assume." Charlotte peine à se considérer comme une artiste. "Je considère d’autres personnes comme artistes car il y a, chez eux, un besoin vital de s’exprimer. Moi, je ne pense pas en être là. Je ne me base que sur les accidents. Il n’y a que ça que j’aime. J’aime ce qui n’est pas prévu. J’aime ce qui m’échappe."

Et cela demande de la confiance aux autres…

Charlotte Gainsbourg - Rest

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