Manu Dibango (1933-2020) | Adieu Papy Groove

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Le célèbre saxophoniste Manu Dibango est décédé, mardi, à Paris, des suites du Covid-19. Agé de 86 ans, le musicien d’origine camerounaise, légende de l’afro-jazz, a inspiré des générations d’artistes. Il avait vécu plusieurs années à Bruxelles.

Né à Douala, grande ville portuaire du Cameroun, en 1933, Manu Dibango avait débarqué en France à l’âge de seize ans. Pour payer sa pension, il avait emmené des kilos de café, denrée rare et chère au lendemain de la seconde guerre mondiale. Manu découvrit le jazz et plus encore le saxophone dans les années 50. En 1956, il s’installa à Bruxelles et joua avec différents orchestres dans des clubs de la capitale. L’un d’eux s’appelait Les Anges Noirs. C’est à Bruxelles qu’il fit la connaissance de celle qui allait devenir sa femme, Marie-Josée, peintre et mannequin.

Au contact de la communauté congolaise, son jazz s’africanise. Et il commence à enregistrer ses premiers disques à cette époque. Le couple s’installa un temps à Léopoldville au Congo. De retour en France, au milieu des années 60, Dibango monte son premier big band et accompagne des stars de la scène française telles Dick Rivers et Nino Ferrer.

Soul Makossa

En 1972, désireux de soutenir l’équipe nationale de foot du Cameroun, Manu Dibango enregistre une chanson. Mais pour compléter le 45 tours à produire, il compose une face B qu’il intitule "Soul Makossa". Le makossa, genre musical typiquement camerounais, est dansant. Dibango lui ajoute la soul. L’ironie du sort veut que la face B devient un méga-hit planétaire et qu’on a oublié la face A.

Son auteur obtient un contrat avec le label Atlantic Records. Dibango partira, pour la première fois, en tournée aux Etats-Unis grâce à ce morceau. En 1982, Michael Jackson incorporera un sample de "Soul Makossa" dans sa chanson "Wanna Be Startin’ Something" qui figure sur l’album "Thriller". Plus tard, Rihanna samplera Jackson qui samplait Dibango dans "Don't stop the music"… Des péripéties judiciaires s’en suivirent et l’auteur de "Soul Makossa" n’obtint qu’en partie satisfaction (> voir sur YouTube son interview à ce propos).

Wakafrica

Alors que la world music explose dans les années 80 et 90, Dibango enregistre, en 1994, l’album "Wakafrica" rendant hommage à la musique africaine. Une pléthore de musiciens y participe. Youssou N’Dour, Angélique Kidjo, Salif Keïta, Peter Gabriel et Sinead O’Connor sont de ceux-là.

«On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, du noir sur du noir; nous sommes tous les révélateurs les uns des autres.»
Manu Dibango
Saxophoniste

L’an passé, Dibango célébrait ses soixante ans de carrière en tournée avec un spectacle inédit "Safari symphonique", où se mêlaient les rythmes africains, les sonorités jazz et la musique classique occidentale. Il gardait l’esprit ouvert et ne refusait pas la modernité. Régulièrement, l’artiste participait et animait des émissions radio pour faire connaître la musique africaine dans toutes ses nuances et son histoire.

Surnommé "Papy Groove" parce que le groove, il l’avait instinctivement, Manu Dibango s’est éteint à Paris du coronavirus. "On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, du noir sur du noir; nous sommes tous les révélateurs les uns des autres", disait cet esprit libre.

Manu Dibango - Duala Serenade - Safari Symphonique - Grand Rex - 2019

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