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Mélanie De Biasio lance une résidence d'artistes à Charleroi

©Kristof Vadino

Ce mardi, la chanteuse de jazz et le nouveau Collectif d’entreprises mécènes de Charleroi, parrainé par l’ASBL Prométhéa, inaugurent Alba, une ambitieuse résidence d’artistes, ouverte sur la cité.

C’est une petite phrase de Stephan Vanfleteren passée inaperçue. Participant à une "party" à la salle du Rockerill alors qu’il travaillait à "Charleroi", son exposition au Musée de la photo de la cité hennuyère, en 2015, le célèbre photographe flamand avait déclaré y avoir senti "l’esprit du Velvet Underground du New York de naguère, mais ‘à la carolo’. C’est en marche. L’avant-garde est déjà là, devant les portes rouillées."

©Kristof Vadino

Deux ans plus tard, c’est une autre artiste qui souffle sur les braises en créant les conditions pour faire émerger cette nouvelle vague. Ce mardi, la chanteuse carolo Mélanie De Biasio lance officiellement Alba, un ambitieux projet de résidences d’artistes qu’elle va implanter dans les 1.300 mètres carrés de l’ancien consulat d’Italie, situé au cœur de Charleroi, qu’elle a acquis, en mai dernier, pour la modique somme de 300.000 euros, sous réserve d’y implanter un projet culturel.

Ce que fait Mélanie à Charleroi, c’est réinvestir l’argent qu’elle gagne dans la communauté. Pas seulement dans sa ville mais aussi dans des jeunes talents qu’elle peut parrainer.
Kurt Overbergh
Directeur artistique de l’Ancienne Belgique

Mélanie De Biasio aurait pu choisir d’autres cieux, faire fructifier son talent hors norme à Londres ou à New York. "Mais on ne choisit pas, dit-elle. Cette ville, c’est mon histoire. Cette terre est faite de terrils qui brûlent encore, ce qui fait qu’elle irradie quelque chose de particulier. Il y a un truc chargé, très positif, brutal, qui peut soit consumer, soit porter. En tout cas, c’est fort. Cette terre me parle."

©Kristof Vadino

L’hôtel de maître de 1877 est vide, le chauffage de ville y est coupé depuis longtemps, mais il en faut plus pour refroidir l’artiste qui y a installé cet été son matelas et un percolateur, "pour sentir vibrer le lieu, écouter ce qu’il a à me dire et savoir si j’étais en phase avec la dimension que cette maison requiert. Je n’ai jamais eu peur, je ne m’y suis pas sentie petite car ce n’est pas ‘Mélanie’ qui y pénétrait mais un projet." Accueillir des artistes en devenir, de tous horizons, créer un studio, une salle de répétition, et aussi une "ruche", au rez-de-chaussée, ouverte sur le quartier.

À l’initiative des Carolos

©Photo News

Ce projet à dimension patrimoniale et culturelle, assortie d’une mission sociétale, rentrait pile-poil dans les critères du nouveau Collectif d’entreprises mécènes de Charleroi, qui compte déjà dix sociétés en son sein, dont Ores, Cegelec ou le Bureau d’Études Pirnay Engineering. "On voit énormément d’initiatives venant des Carolos. C’est comme une lame de fond qui se produit en dehors de toute politique politicienne, réagit Jean-Sébastien Pirnay, président du collectif. La question, aujourd’hui, n’est pas de savoir comment sera Charleroi dans dix ans, mais comment nous allons la faire évoluer ces dix prochaines années. Le collectif est l’une des petites pierres que nous apportons à cette vision."

On voit énormément d’initiatives venant des Carolos. C’est une lame de fond qui se produit en dehors de toute politique politicienne.
Jean-Sébastien Pirnay
Président du nouveau collectif mécène

©Kristof Vadino

Le principe des collectifs d’entreprises, tels que les conçoit l’ASBL Prométhéa qui les parraine, consiste à mutualiser les moyens financiers, humains et logistiques des sociétés partenaires pour décupler l’impact de leur mécénat – comme on le voit déjà avec les collectifs de Bruxelles (Bruocsella), de Liège (Co-Legia) ou avec aKcess au niveau national (L’Echo du 30/11/17). Pour le premier projet du collectif carolo, 10.000 euros sont déjà sur la table. "C’est un minimum, car nous allons peut-être suivre ‘Alba’ sur plusieurs années, reprend le patron de la S.A. Pirnay. Avec Prométhéa, notre objectif est d’augmenter ce montant à 50, 80 ou 100.000 euros en organisant des activités de fundraising qui sortent du cadre strict d’un collectif d’entreprises. Car l’un de nos objectifs est d’avoir un impact réel sur le projet et sur la société."

D’ambition, Mélanie De Biasio n’en manque pas non plus, avouant elle-même que son projet la dépasse et qu’il doit rayonner au-delà de lui-même. "C’est un lieu qui accueillera l’artiste pour qu’il trouve sa juste posture face au monde, précise-t-elle; pour qu’il voie comment résonner avec le monde et réveiller l’esprit de vitalité chez l’autre. Je crois que c’est vraiment la vision de l’artiste aujourd’hui. Quand je chante la vie, quelque chose de plein, de rond, de fertile et de vivant, c’est parce que je peux me poser la question de savoir si je suis en phase avec ce que je donne. Mais parfois, on n’y arrive pas. Alors, il faut un endroit où on peut prendre le risque de ne pas être en phase et pouvoir chercher. C’est ce que j’ai envie d’accueillir."

©Kristof Vadino

Pour Kurt Overbergh, le directeur artistique de l’Ancienne Belgique, qui invite la chanteuse les 17, 18 et 19/12, Mélanie De Biasio est de la trempe d’un Thom Yorke, de Radiohead, qui pousse des artistes auxquels il croit lors de ses tournées, ou d’un Damon Albarn, de Blur, lorsqu’il crée un label pour soutenir des talents du Mali. "Ce que fait Mélanie à Charleroi, c’est réinvestir l’argent qu’elle gagne dans la communauté. Pas seulement dans sa ville mais aussi dans des jeunes talents qu’elle peut parrainer."

Jean-Sébastien Pirnay se garde d’ailleurs d’interférer avec le projet: "En résumé, Mélanie doit se concentrer sur sa vision tandis que nous allons régler les problèmes…" C’est financer un studio d’enregistrement ou offrir du mécénat de compétences en planchant sur un nouveau chauffage, le master plan de rénovation ou l’acoustique des lieux. "Notre return, c’est de voir le bâtiment fonctionner, revendique le patron, avant de glisser: Les Carolos conservent leur extraordinaire humilité, mais désormais avec beaucoup de fierté."

Infos: 02/513.78.27 — www.promethea.be

EN CONCERT

Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan. D’emblée les références fusent quand Kurt Overbergh, le directeur artistique de l’AB, évoque Mélanie De Biasio. "Elle a la même intensité, sans être trop connotée par le style. Elle a la profondeur d’une Billie Holiday!" C’est Arno qui lui a parlé d’elle le premier, il y a quatre ans, en l’imposant en première partie de l’un de ses concerts sur la célèbre scène flamande de Bruxelles, avant que les gens du label Pias n’insistent pour "qu’il écoute ça!". Depuis, les concerts sold-out en grande salle s’enchaînent, comme les 17, 18 et 19 décembre, en clôture du festival consacré au meilleur du jazz belge (du 13 au 19/12). "On a dû rajouter deux dates. Elle va vendre 3.600 tickets!", s’extasie Kurt Overbergh, qui loue encore une artiste authentique et totalement détachée des visées commerciales. "Quand elle a présenté ‘Blackened the cities’, un morceau de 25 minutes, tout le monde a crié au suicide. Pas ses fans! Pour moi, cette radicalité la porte encore plus haut." Et il n’est pas le seul: "J’écoutais Radio 6 et on annonçait que ‘the next great talent’ était ‘Melany Dé Biésîo’!" rit-il en singeant l’accent de la BBC. "Elle chante pieds nus, elle doit tout toucher et faire ce que son âme lui dicte. À une époque où le moindre chanteur qui sort trois morceaux a sa page Facebook, son manager et son image verrouillée, elle suit son cœur. Tout vient de là: ça doit sortir. C’est une artiste véritable, avec une identité si personnelle qu’elle en devient originale. Et elle n’est qu’au début de sa carrière… La seule chose à ne pas dire à Mélanie, c’est: ‘Tu ne peux pas faire ça’!" 

www.abconcerts.be

 

©Olivier Donnet

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