interview

My name is Joe Jackson

©BELGAIMAGE

Peu de temps après la sortie de son dernier album, "Fast Forward", Joe Jackson sera sur la scène du Sportpaleis d’Anvers dans le cadre de Night of the Proms 2015.

Sa grande carcasse longiligne en fait l’un des plus grands artistes de la musique pop. Touche-à-tout de génie, passant sans écueil de la salsa à la musique classique après un détour par le jazz, Joe Jackson revient avec un album qui résume tout son parcours… Interview avec un artiste doté en plus de ses talents musicaux d’une solide dose d’humour british.

Depuis trois albums, vous êtes revenu à une musique plus pop, bien que parsemée d’envolées symphoniques pour le dernier. Aviez-vous besoin d’une récréation par rapport à l’univers classique dans lequel vous vous êtes lancé durant toute une période, trop cérébral et plus assez spontané à votre goût?

J’aime les gens qui sont accessibles tout en n'étant pas ordinaires.
Joe Jackson

Non pas du tout. À part les structures de symphonie classique que j’utilise, ce que je fais ne me semble pas absolument déboucher sur de la musique classique. L’œuvre que j’ai écrite pour orchestre ("Symphonie n°1") a remporté un Grammie’s Award c’est vrai, mais dans la catégorie pop instrumentale. Quoi qu’il en soit, la façon dont je compose est toujours la même quel que soit le genre. C’est marrant, les critiques semblent avoir besoin d’écrire que je donne dans la musique classique. Lorsque j’ai ébauché le projet "Heaven and Hell", la firme de disques qui publiait mes CD alors n’en a pas voulu sous prétexte que cela n’était pas de la pop. C’est pourquoi j’ai atterri chez Sony Classical: étrange de se retrouver en compagnie de formations classiques… mais l’expérience fut intéressante. Et puis, c’est formidable de pouvoir se positionner ainsi aux frontières des deux genres.

Ce que la postérité retiendra, ce sont vos albums dits classiques justement?

Non. D’abord on se rappellera de mes plus grands succès comme "Steppin’out" ou "Is she really going out with him?". Ensuite, je ne suis pas encore mort! (il rit)

Iggy Pop a dit dans une interview qu’il adorait certaines de vos chansons. L’avez-vous déjà rencontré?

Joe Jackson - See No Evil (Television cover)

Oui, on s’est vu à deux reprises dont l’une où nous avons eu une longue conversation. Un type intelligent et posé dans la vie, moi qui m’attendais à voir une sorte de dingue bondissant. Nous avons parlé à l’époque de ma chanson "Different for Girls" qu’il aimait beaucoup. Iggy voulait connaître la signification profonde des paroles. Et finalement, nous en sommes venus à discourir de la différence entre les sexes, et les stéréotypes à ce propos. C’est ce dont parle cette chanson comme beaucoup d’autres de mon répertoire, d’ailleurs. Les contradictions et les malentendus qui peuvent surgir du fait des différences entre hommes et femmes est l’un de mes sujets favoris.

Avez-vous, d’une manière, ou d’une autre été influencé par lui?

Non, je n’ai jamais été directement inspiré par quelqu’un, mais bien de façon inconsciente par l’œuvre de quelqu’un, par un style… mais jamais de façon directe.

Vous avez dit un jour qu’à choisir entre les Sex Pistols et Charlie Mingus, vous optiez pour le second sans hésiter.

Je ne me rappelle pas avoir dit ça, mais on dit tellement de choses. En tout cas, je pense que je choisirais plutôt Duke Ellington que les Pistols. (silence)…. En fait, cela me semble une comparaison sans intérêt (il rit).

Qu'écoutez-vous de ces jours-ci?

joe jackson

De tout: cela va de Bach à la drum’n’bass…

Votre réaction quand Anthrax un groupe de trash métal a fait une reprise de "Got the time" tiré de "Look Sharp!". votre premier album?

Je les trouvais un peu lents…

Lents?

Nous jouons ce morceau de manière beaucoup plus rapide. Quelqu’un m’a dit qu’ils étaient considérés comme les rois du speedmetal… Entendant leur version j’ai éclaté de rire: ça me semblait si lent, si… engourdi! Ceci dit, je suis toujours très flatté quand on reprend une de mes chansons.

Vous n’avez pas l’impression d’avoir eu raison trop tôt en introduisant des rythmes jazz latinos et swing bien avant tout le monde…

Oui c’est vrai, on en est déjà au deuxième revival du swing (il rit). Je m’en fous, je ne suis pas du genre amer, plutôt sous-estimé…

Sous-estimé?

Joe Jackson est au Sportpaleis d'Anvers dans le cadre des Nights of the Proms 2015.

Les 14, 20 et 21 novembre.

www.sportpaleis.be

Non, incompris disons, comme toute personne qui a une pensée originale…

… Quant à la musique cubaine, j’accrochais déjà bien avant que je ne déménage à New York. À Londres, j’écoutais de la musique salsa, sans saisir comment ça marchait. Pour comprendre cette musique, je me suis mis en chasse de musiciens latinos et j’ai finalement déniché deux percussionnistes qui m’ont tout appris. Lors de notre première tournée à New York, tout le groupe voulait assister à des concerts de la scène punk, alors que pour ma part je ne rêvais que de dénicher un petit club latino. Les autres me prenaient pour un dingue! Je me demande d’où me vient cette passion pour la musique des caraïbes, je ne sais pourquoi. Étrange, dans le chef d’un blanc-bec de Portsmouth… Mais j’ai une réelle affinité pour ce genre qui transpire d’ailleurs dans mon répertoire. Le rock d’un point de vue rythmique est plutôt ennuyeux. Boom-crash-boom-crash. J’adore y intégrer d’autres rythmes, ce qui explique sans doute mon inclinaison pour les sonorités des Caraïbes.

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Vous vous considérez comme une sorte de "Lone Ranger"?

Je ne me considère en tout cas pas vraiment comme un artiste de rock… Mais je peux vous parler de compositeurs qui m’ont inspiré auxquels il ne faut pas me comparer bien sûr, comme Beethoven, mon numéro un, Leonard Bernstein, Duke Ellington, John Lennon, Gershwin ou David Bowie. Tous des artistes éclectiques en fait. J’aime les gens qui sont accessibles tout en n’étant pas ordinaires. C’est que j’aspire à être: accessible, sophistiqué et authentique. La raison pour laquelle j’ai tant de mal avec le monde du rock vient du snobisme des artistes qui s’échinent à devenir inaccessibles…

Depuis "Sunday papers", il ne semble pas que vous ayez toujours de bonnes relations avec la presse?

Mais je n’ai aucun problème avec les journalistes!

Je me souviens pourtant vous avoir vu lancer une bière sur un cameraman dans un festival?

Oh really? J’étais sans doute bourré. Je suis sûr que j’avais une bonne raison pour cela (il rit)… peut-être le fait d’être saoul?

Composer des B.O de films, un genre très différent et que vous aimez pratiquer?

Euh…. Oui! On doit souvent laisser son ego au vestiaire dans ce genre de projet qui est supposé être basé sur la collaboration entre un réalisateur et un musicien… L’un des grands mythes du monde du cinéma (il rit). En fait, tout le monde se bat pour son bout de gras, y compris le compositeur.

Est-il plus facile d’être un artiste homosexuel aujourd’hui qu’il y a 35 ans?

Good lord! Naturellement, c’est en tout cas ce qu’ils me disent. Qu’est-ce qui vous fait penser que je suis gay?

Les paroles de vos chansons qui parlent souvent de ce sujet. Je supposais que vous aviez déménagé à New York à l’époque parce que la vie devait peut-être y être plus simple pour vous…

Sur ce dernier point vous avez raison, mais pas cela n’a rien à voir avec le fait d’être homosexuel ou pas… Je n’aime pas être identifié comme gay alors que je ne suis pas complètement hétéro non plus. J’ai choisi de ne pas en faire un "big deal". Je parle de sexe dans mes chansons et comme je l’ai dit plus tôt je suis intéressé par la façon dont les hommes et les femmes se comportent, leurs rapports ou leurs non-rapports. Mais je considère que la nature de ma sexualité ne concerne que moi et moi seul. En même temps je ne veux pas mentir sur ce point. Je ne souhaite pas être identifié comme homosexuel, je serais trop vite catégorisé. Or, les choses sont beaucoup plus complexes… Mais pour revenir à votre question, je dirais que si vous avez 16 ans aujourd’hui et êtes homosexuel, ce n’est plus vraiment un problème, bien que dans certains pays… ça dépend où vous vous trouvez en fait.

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