"Quand les fesses se détendent, on joue mieux!"

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Pour ses 30 ans, le Concert Spirituel enregistre un opéra baroque français aussi pétulant qu’imaginaire. Avec en couverture les trois héros de… "Ma sorcière bien-aimée". Hervé Niquet assume: "La tragédie lyrique française, c’est ce trio-là."

Il fallait une pointe d’audace, mais Hervé Niquet n’en a jamais manqué. Excentrique surdoué, le chef du Concert spirituel, l’un des meilleurs ensembles de musique baroque française, a repris une idée chère à Louis XIV: créer un opéra au départ de fragments empruntés à différents compositeurs des XVIIe et XVIIIe siècles. L’on y croise ainsi Rameau, Charpentier et Lully, mais aussi les moins connus Mondonville, Blamont, Francœur, Stuck… Le résultat est bluffant, porté par les très belles voix de Karine Deshayes, Katherine Watson et Reinoud Van Mechelen.

Avant de parler musique, un mot sur la couverture du disque?

Commercialement, puisque tout passe par là aujourd’hui, le projet n’était pas évident à vendre. J’ai eu l’idée du trio de "Ma sorcière bien aimée", feuilleton mythique des années 70. Ce n’est pas un clin d’œil, mais une réalité: la belle, la méchante et le bellâtre forment la trame de notre tragédie lyrique.

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Votre opéra imaginaire n’a rien d’artificiel. La recette?

Ce projet a été bâti avec Benoît Dratwicki et le Centre de musique baroque de Versailles, qui fête aussi ses 30 ans. Nous avons évidemment tenu compte des standards du genre en matière de livret. Mais au-delà de cela, je crois vraiment qu’il y a un fil conducteur dans chaque nation musicale. Depuis que Lully a installé le genre de la tragédie lyrique – seul un étranger pouvait d’ailleurs définir la musique française –, tous les compositeurs s’en sont servis, jusqu’à Dusapin. Tous se sont nourris du sentiment français, avec son désordre apparent mais sa rigueur sur le fond. Ces auteurs d’opéra ont tous la même structure mentale.

Mais encore?

Ils avaient l’art du show, tout simplement pace que si le public s’ennuie, il se barre. Ces œuvres lyriques savaient donc mêler beaux décors, bonnes histoires, grands chanteurs et jolis ballets. Les comédies de Broadway ont retenu notre leçon.

Cet opéra créé avec notamment de fort belles pièces inédites, c’est la preuve que le baroque n’a toujours pas dit son dernier mot?

Évidemment! Si l’on fait la somme des grands motets français, des opéras et de la musique de chambre, on n’a pas déchiffré 5% de la musique française. Il suffit de consulter à la Bibliothèque de France les collections de Louis XIV et de Louis XV pour s’en apercevoir…

L'opéra des opéras

Qu’est-ce qui a changé au Concert spirituel en 30 ans?

Rien du tout. Ce n’est pas parce que l’on maîtrise mieux aujourd’hui les instruments anciens que l’on peut gagner du temps en travail et en répétition. Notre survie et notre couleur, on les doit toujours à la même exigence d’une préparation lente et documentée.

On vous dit très exigeant, mais aussi très drôle avec vos troupes…

C’est physiologique! Si vous travaillez tendu, le son perd ses notes fondamentales. Faire rire les musiciens, c’est de la pédagogie. Quand les fesses se détendent, on joue mieux! Cela dit, l’humour, comme je l’ai découvert en travaillant avec les comiques Shirley et Dino, est la chose la plus difficile qui soit. Cela exige une précision chronométrique, contrairement à la tragédie.

Un mot sur vos redingotes de scène, plutôt originales?

On fait du théâtre, non? Je déteste le smoking. C’est une invention anglaise, un habit que l’on mettait par-dessus pour ne pas se salir en allant fumer dans des pièces réservées aux messieurs… Sinistre et peu pratique!

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Vous quitterez en juin, après de longues années, la direction du Vlaams Radio Koor et le rôle de premier chef invité au Brussels Philharmonic. Un bilan "franco-belge"?

La France est un joyeux bordel, désorganisé, mais dont on sort vainqueur si on a le goût de l’instantané. En Belgique, il y a une grande honnêteté intellectuelle, du savoir-faire et de la collégialité: on défend la partition corps et âme pour la notoriété du chœur et de l’orchestre! Nos disques avec ces ensembles ont raflé bien des prix…

Vous ne dormez jamais?

Beaucoup trop peu… Cela dit, je suis un feignant. Ce qui implique d’être organisé pour rentabiliser chaque minute. Mais aussi pour se recharger en ne faisant rien. Comme en ce moment, devant la cheminée, avec mon schnauzer sur les genoux et une tasse de thé japonais…

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