Roméo Elvis, Fiona Apple et le tandem Lonquich-Alstaedt: vos sorties CD de la semaine

Pop, rock ou classique, nos critiques musicaux déconfinent à tout-va et vous présentent leur sélection. Et un peu de musique, ça ne peut pas faire de mal... Bonne écoute!

Pop

♥ ♥ ♥

«Maison». Roméo Elvis

>Universal Music

En attendant un nouvel album prévu pour l’automne, Roméo Elvis livre un EP de quatre titres intitulé "Maison" conçu notamment avec Todiefor et Le Motel. On pourrait croire qu’il a été créé entièrement durant le confinement mais, en fait, non. Pourtant, il y est bien question de Bruxelles, dès le premier titre "Défoncé". C’est sûr, Roméo en a fumé de la bonne pour concocter ce morceau plus rap que pop. D’ailleurs, c’est l’intention qui sous-tend cette galette.

Pour rassurer ceux qui trouvaient "Chocolat", l’album sorti l’an passé, trop pop, voire trop facile, le Bruxellois a mis la gomme sur la musique. Et sur le confinement, l’artiste a rajouté un interlude interrompu par un appel avec Michel Drucker (l’idole de Roméo depuis qu’il est petit), une private joke pour ses fans. Un présentateur que l’on peut d’ailleurs entendre à la fin du disque ce qui amusera les mamies. La belle pochette due à l’artiste français Nairone Defives rappelle les illustrations d’Ever Meulen. (J. L.)

Roméo Elvis, "Défoncé".

 

Rock

♥ ♥ ♥ ♥

«Fetch The Bolt Cutters». Fiona Apple

>Sony Music

©doc

Fiona Apple n'est pas une pomme. 24 ans que cette Américaine réunit une tribu de fans fidèles – de Quentin Tarantino à Barak Obama (pour Trump, on est moins sûr) – autour de son pop-rock alternatif original et très très personnel, pourtant à peine connu en Europe. Même si on l'a comparée à Tori Amos, sans doute pour sa personnalité affirmée, son chant lui n'a rien de haut perché: Fiona joue à plaisir de sa voix puissante ("I Want You To Love Me") grave, presque râpeuse, mais pas de rappeur. Percutant et  percussif, y compris son jeu au piano influencé par le jazz,  l'ensemble paraît quelque peu… percuté ("Shameika").

Plus encore sur "Fetch The Bolt Cutters" qui donne son titre à l’album, et où la chanteuse finit par convoquer ses chiens! Mais rythmes et aboiements ne signifient pas musique assourdissante: si ce disque se base souvent certes sur une rythmique, elle est étonnement dépouillée, notamment sur "Under The Table" et son féminisme ironique, voire en colère ("For Her"). Cette perfectionniste qui se fait percussionniste, peaufine à l'envi ses compositions: elle a d'ailleurs mis huit ans pour accoucher d'un successeur à "The Idler Wheel". Bardée  de ses 13 nouvelles chansons contrastées ("Ladies" est par exemple un exercice de soul dénudée), Fiona répond  une fois de plus présente à l’Apple. (B. R.)

Fiona Apple – I want you to love me (Bioluminescence)

 

Classique

♥ ♥ ♥ ♥

«Complete works for fortepiano and cello».
Nicolas Alstaedt/Alexander Lonquich

>2CD Alpha

Le pianiste Alexander Lonquich et le violoncelliste Nicolas Alstaedt ont cédé à leur tour à l’appel des cinq magnifiques sonates pour violoncelle de Beethoven. Lequel perçut le premier la force d’un dialogue à parts égales entre les transparences aériennes du pianoforte et la virilité démonstrative du violoncelle, libéré de son rôle de continuo. On laissera les versions historiques parler d’elles-mêmes – Casals/Serkin, Rostro/Richter, voire Fournier/Kempf, plus intimiste. On ne peut cependant s’empêcher de comparer avec la récente lecture Capuçon/Braley, parfaite mais très classique, pour affirmer que les racines germaniques du tandem Alstaedt/Lonquich lui donnent une longueur d’avance.

Un a priori contestable, assurément. Mais ces deux-là, remarquables solistes par ailleurs, sertissent chaque phrase avec un tel équilibre entre nuances et éloquence, entre humilité et éclat,  qu’ils parlent Beethoven dans le texte original. C’est d’autant plus vrai que les instruments – un Graf de 1826 et un Guadagini de 1749! – imposent à ce tableau de maître leurs couleurs d’époque, avec une autorité impressionnante. En prime, deux autres joyaux: les "Variations sur un thème de Judas Maccabaeus", de Haendel, et "La Flûte enchantée", de Mozart. (St. R.)

BEETHOVEN // Complete Works for Fortepiano and Violoncello by Nicolas Altstaedt & Alexander Lonquich

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